Noya

20 mai 2016

Les licornes

Avez-vous remarqué à quel point les licornes sont partout ? Peut-être comme pour compenser le fait qu'on n'en croise pas de vraies à tous les coins de rue, ces adorables créatures nous envahissent de plus en plus : en sérigraphie sur les fringues, en veilleuses, en pantoufles, en peluches, sur la vaisselle, les brosses à dents... À vrai dire, aucun objet ne peut échapper à la licorne mania (sauf le sex toy peut-être) (mais cela ne nous regarde pas). Les licornes squattent gaiement nos vies et nos intérieurs pour une simple et bonne raison : on les adore. On en est fous. On voudrait tous en avoir une. Oui mais pourquoi ? Trois pistes de réflexion.

Parce que les licornes sont magiques
Et forcément, dès qu'un truc est magique, ça nous plaît et on le veut. Voler dans les airs, devenir invisible, se télétransporter, faire apparaître un festin en claquant des doigts, être habillée et coiffée comme Elsa dans la Reine des Neiges juste en faisant un mouvement du bras... Avouons-le sans honte, on kifferait savoir faire de la magie, ça nous rendrait le quotidien vachement plus simple. Et la licorne est la créature magique par excellence. D'une couleur pure, plus blanche qu'un pull lavé avec Ariel Ultra, elle pue moins le poisson que la sirène, elle est plus délicate que le centaure, plus modérée que le Minotaure, plus élégante que les trolls. Elle est belle, elle est grande, elle est douce, elle pourrait nous emmener au boulot sur son dos en deux coups de sabots, ça nous changerait des embouteillages ou du métro. Peut-être même qu'elle vole ? Bref, la licorne a la classe. Et en plus, elle ne fait pas caca comme n'importe quel poney, ce sont des arcs-en-ciel qui sortent de son séant (ou alors des paillettes, je ne sais plus). Avec la licorne, on met de la magie dans nos vies et ça, c'est pas du luxe par les temps de merde qui courent.

Parce que les licornes n'existent pas
Alors, forcément, on a envie d'y croire. Que voulez-vous, c'est une réaction 100% humaine : moins on sait que c'est vrai, plus on est persuadé que ça l'est. C'est comme le Prince Charmant, les vidéos de bouffe Tasty qu'on mate sur Facebook qui nous font croire qu'on peut réussir un millefeuille en une minute, notre patron qui nous fait croire qu'on va avoir une super promotion au boulot, les crèmes antirides, les yaourts 0%, les loyers pas élevés, les belles paroles et les promesses. On sait pertinemment qu'on se fait des films mais on garde quand même les yeux fermés bien fort en espérant que, quand on les rouvrira, le rêve sera devenu réalité. Et puis si ça se trouve, on va bien réussir à inventer une licorne, non ? La génétique et les technologies modernes font des progrès, elles pourraient faire des miracles si elles voulaient, suffit juste de s'y mettre. Ça rendrait les balades au zoo carrément plus intéressantes. Instagram exploserait et les chevaux seraient ravis. Les juments, elles, n'auront plus qu'à aller sur Tinder.

Parce que les licornes sont magiques et qu'elles n'existent pas... et qu'on le sait
Quel intérêt de posséder une chose qui existe vraiment ? Si les licornes existaient, la vérité c'est qu'on se ferait bien chier à devoir leur donner à manger tous les jours, à trouver un endroit pour qu'elles dorment, à les sortir trois fois par jour comme un banal labrador. Même pas sûr qu'on se prendrait pas un coup de corne à l'occasion. Si on allait sur adopteunelicorne.com et qu'on passait à la caisse, on serait une semaine plus tard au SAV pour se faire rembourser. Parce que c'est trop gros, trop encombrant, pas facile à apprivoiser, pas conforme à la photo sur le papier. On le sait bien : on n'aime que ce qu'on ne peut pas avoir. On arrête de désirer les choses sitôt qu'on les a entre les mains, c'est ainsi. Alors que la figurine licorne en plastoc qui reste sagement sur notre bureau à côté de notre ordi, elle ne bouge pas. On dit pour rire qu'elle va se transformer en vrai équidé de conte de fées et nous conduire dans un monde inconnu. Mais c'est tout, ça s'arrête là. En vrai, on va se lever sans l'aide de personne et nos jambes vont nous conduire dans un monde connu (le boulot, par exemple. Ou le supermarché, car le frigo est vide).

Alors voilà. Les licornes sont magiques et n'existent pas, et c'est pour ça qu'on les aime. Parce qu'elles saupoudrent une douce saveur d'imaginaire dans nos existences sans pour autant nous faire croire qu'elles sont réelles et qu'elles changeront le monde. Les licornes ne nous mentent pas, elles agrémentent juste un peu le décor chaque jour. On ne sera jamais déçu par une licorne car elle ne nous laissera pas cette occasion. Elle restera loin du vrai monde. Et en attendant, on a notre petit émoji sur WhatsApp pour se rappeler qu'on a le droit de rêver. Mais pas trop non plus.

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18 janvier 2016

La détox

Voilà une notion tout à fait singulière, le genre de phénomène qui débarque un jour sans que personne ne sache ce que c'est, qui s'installe sans que personne ne s'en rende compte et qui devient omniprésent sans que personne n'ait rien demandé. La detox, quand la mode a commencé à pointer le bout de sa feuille de menthe, on n'en avait jamais entendu parler. Desintox on savait, on lisait Voici assez régulièrement pour savoir de quoi il s'agissait. Intox aussi, toujours en lisant Voici. Mais detox ? Inconnu au bataillon.

Evidemment, les permiers à nous en parler étaient les fayots du premier rang en matière de branchitude et de nouvelles tendances émergentes en provenance des Etats-Unis. Comprendre : les magazines féminins type Elle et les versions dérivées sur le Net. Car oui, à l'époque, les blogueuses mode, beauté et lifestyle étaient encore terrées chez elles, condamnées à écrire des articles non-sponsorisés. 

Un jour, donc, un jour normal où l'on avait commencé la journée avec une bonne grosse tartine de Nutella (vous m'excuserez, je n'aime pas le beurre), on est tombée sur un article qui nous parlait de la detox. Detox comme détoxication, ce phénomène révolutionnaire qui permettait de devenir super bonnasse nettoyer son pauvre petit organisme fragilisé par notre mode de vie de personne soumise en permanence aux diktats de la société de consommation. Car oui, c'est bien joli de tester toutes les nouvelles cantines à la mode qui proposent des frites maison et d'enchaîner les apéros mais c'est mal pour notre corps qui se retrouve du coup victime d'excès (de mauvaises choses), de carences (de bonnes choses) et qui, de fait, kiffe moyennement la vibes. La detox était une nouvelle manière de faire un grand nettoyage de printemps de l'intérieur et, par conséquent, d'être en harmonie avec soi-même en affichant un corps sain (l'esprit sain n'étant pas compris dans le programme).

Parce qu'il faut bien savoir une chose : si on est fatigué, malade, de mauvaise humeur, si on a une peau de merde, des cheveux plats, des règles douloureuses, le ventre gonflé des flatulences chroniques et un sommeil agité, c'est normal : c'est parce que notre organisme est dégueu. Et la réponse toute simple à nos innombrables troubles, eh bien c'est la detox, chers amis. Débarrassez-vous des mauvaises toxines qui encrassent vos artères et vos organes, vous verrez comme vous irez mieux après.

Concrètement, on nous a dit : commencez par faire une monodiète. Comprendre : bouffez le même aliment et rien que cet aliment pendant trois jours, ça va purifier vos intestins. Alors évidemment, il ne s'agissait pas de choisir une monodiète à base de frites ou de croissants aux amandes. On nous parlait de raisin, de soupe aux choux, de pamplemousse. T'as faim ? Mange une pomme. Et si t'as encore faim, tu peux prendre encore une pomme. Mais ne te gave pas trop, au dîner y'a des pommes. Trois jours comme ça. Trois jours pendant que les autres mangent des naans au fromage chez l'Indien. Ah oui, et puis il faut boire. Beaucoup. Et de l'eau exclusivement, pas du Coca ou du nectar multivitaminé 45 fruits. De l'eau et des pommes, donc. L'alimentation d'un hamster, si on résume. Il manquait plus qu'on nous prescrive de faire de la roue.

Après, on nous a dit de nous metttre aux jus de légumes. Gros changement puisque la variété était de nouveau au menu. Mais bon, toujours pas de frites. Alors que pour nous, un jus était forcément orange, rose, jaune, ou de toute autre couleur faisant partie de la palette des couchers de soleil, on a découvert l'émergence des jus vert, violet, beige, kaki, marron ou de toute autre couleur faisant partie de la palette des trucs qu'on trouve à nos pieds en forêt après la pluie. C'est ainsi qu'on a commencé à boire des mixtures à base de brocoli, céleri, épinard, chou, salsifi et herbes aromatiques (fallait tout de même que ça ait un peu de goût, à défaut de mettre du Ketchup). Et on avait encore le droit de boire de l'eau. Rien n'est trop beau.

Pendant tout ce temps, les sucres lents, les protéines, les glucides, on pouvait tout simplement se brosser avec. Et, chose absurde, puisqu'on devait éliminer, il fallait également faire du sport. Autant dire qu'on perdait de l'énergie sans jamais en récupérer. La logique dans toute sa splendeur. C'était Dukan qui se marrait bien avec ses kilos de viande.

Un jour, on a eu le droit de recommencer à manger pour de vrai. Mais attention, toujours pas de frites. Par contre du pain de seigle, du surimi, du blanc de dinde, de l'oeuf (mais sans le jaune), du poisson, des haricots, de la soupe (mais sans les croûtons), des bâtonnets de crudités, des fruits (dans le cas où on aurait pas déjà cané d'une indigestion de pommes - voir plus haut). Et il fallait toujours boire. Des jus, des smoothies, des infusions miracles, des thés magiques. Et puis on pouvait aussi se préparer sa propre detox water. La detox water. Traduction : tu crois que tu vas maigrir mais en fait tu passes juste ta vie aux toilettes. C'est sympa à faire, on découpe des fruits, des légumes, on les met dans une belle bouteille en verre, on met de l'eau, ça passe la nuit au frais et le lendemain on se délecte d'une eau délicieusement aromatisée tout au long de la journée. 

Finalement, la detox, c'est une mode qui dure le temps qu'une autre la remplace mais force est de constater qu'elle a pas l'air de vouloir bouger. La detox c'est des hashtags populaires sur Instagram, des photos qui donnent de l'inspiration pour la vie mais de la motivation pour trois jours maxi... Et une envie de frites qui, décidément, ne voudra jamais passer.

 

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14 novembre 2014

Le Vélib'

Avant, pour se déplacer dans Paris, on avait la RATP, nos pieds, la voiture ou le scooter. Mais ça, c’était avant. Depuis 2007, tout le monde peut faire du vélo à Paris (et en banlieue aussi maintenant) grâce à l’apparition des Vélib’, mot-valise qui réunit vélo et liberté. Le principe étant de prendre une bicyclette n’importe où et de la remettre n’importe où moyennement une petite somme d’argent ou, mieux, un abonnement. Avantage : on n’est pas encombré et on ne risque pas de se faire voler la bête. Et puis les bornes Vélib’, c’est comme les poux sur la tête d’un enfant à l’école fin septembre : y’en a partout à perte de vue, même dans les recoins les moins fréquentés. L’idée est sympa et originale, il faut le reconnaître. Et puis c’est super pratique ce système, on est drôlement cons de ne pas y avoir pensé avant, tiens. Oui mais voilà, de la théorie à la pratique, comme pour tout dans la vie, il y a un sacré fossé.

Déjà, il faut qu’il y ait un vélo disponible à la borne. Pas de vélo, t’as plus qu’à prendre le métro. La situation idéale c’est bien sûr quand la borne est pleine. La situation acceptable, c’est quand il y a au moins la moitié des Vélib’ qui sont là. La situation qu’on estime miraculeuse mais qui est en réalité un traquenard sans nom, c’est quand il reste un seul vélo. Il est là, tout seul, tout calme, on se dit que c’est un signe du ciel et qu’il n’attendait que nous. On se précipite, on le sort de son sabot, on l’enfourche, on est au top. Et puis on se rend compte que les pneus sont à plat. Ou que le guidon est cassé. Ou qu’il n’y a pas de selle. Ou que la chaîne est bloquée. Voire tout ça en même temps. Il faut le savoir, un Vélib’ tout seul, c’est suspect comme un type barbu et mystérieux dans Columbo.

Une fois qu’on a trouvé un Vélib’ en bon état, il est temps de se mettre en route. Faire du vélo, de toute manière, c’est comme faire du vélo : ça ne s’oublie jamais. Mais les premiers mètres sont un peu galère et hésitants, il faut l’avouer. Et là on n’est pas tranquille sur une petite route à la campagne comme dans la chanson, on est EN VILLE. Autour, tout le monde est susceptible de nous rentrer dedans. Et puis on sent bien qu’on n’est pas avec Paulette à chasser les papillons parce que ça pue le pot d’échappement. On a des courants d’air sous la jupe. On a failli percuter une poussette qui n’avait absolument rien à faire sur la piste cyclable. On a brûlé un feu rouge et on s’est fait insulter. On a manqué de se gaufrer (environ 37 fois). On a les yeux qui piquent. Et puis ce vélo pèse une tonne, c’est pas possible ! Bref, tout va bien, on kiffe la liberté.

En vrai, on n’a qu’une hâte : rentrer à la maison et déposer ce fichu vélo à la borne juste en bas. Sauf que, fatalité de la vie, quand on arrive à la borne pour remettre le Vélib’ dans sa bornette, il y a de fortes chances pour qu’on ne trouve pas de place. C’est le paradoxe de la borne pleine : autant on l’aime au départ, autant on la redoute à l’arrivée. Car s’il n’y a pas de place pour se garer, il va falloir pédaler jusqu’à la prochaine. Et ce n’est même pas sûr qu’il y ait de la place là-bas, auquel cas il faudra aller encore plus loin. Il y en a qui sont morts pour moins que ça. Du coup, on trouve parfois des Vélib’ abandonnés dans la rue, désespérément attachés à un poteau tels des chiens errants. C’est moche.

En règle générale, le Vélib’ est très utilisé pour les retours de soirée arrosés, il a d’ailleurs été promu moyen de locomotion officiel des gens bourrés, étrange paradoxe. On note également des pics d’utilisation en cas de grève de la RATP qui donnent lieu à des scènes d’une violence insoutenable où des gens réservent leur Vélib’ en y attachant leur propre antivol. Tous fadas, ces Lutéciens. Le Vélib’ est très prisé des parisiens branchés qui l’utilisent pour aller travailler, des individus à tendance écolo, des filles qui doivent se mettre au sport et des bobos qui vont boire des pintes de bière dans le 19ème arrondissement parce que tu te rends compte à quel point c’est pas cher là-bas. Et de vous. Et de moi. En fait, on a tous la tête dans le guidon, qu’on le veuille ou non.

22 septembre 2014

La petite robe noire

Au début je voulais être blogueuse mode mais il y avait déjà trop de filles qui étaient sur le marché. Et comme elles étaient plus grandes et plus blondes que moi, je suis devenue blogueuse humeurs. De celles qui doivent faire passer leur quotidien pour une folle aventure et enjoliver chaque moment de leur vie même quand il s’agit d’une visite chez le proctologue. Mais c’est dommage parce que j’aime bien les fringues. Pas celles qu’on voit dans les pages de pub du Elle qui coûtent un rein et qui se démodent en une saison. Non, moi j’aime ce qu’on appelle les basiques : le T-hirt blanc, le jeans Levi’s et sa petite étiquette rouge judicieusement positionnée, les UGGs, les Louboutin… Et surtout les petites robes noires.

La petite robe noire - abrégée en PRN pour vous qui maîtrisez l’art subtil de l’acronyme - est la meilleure copine de toutes les filles de la planète, même moi qui ne suis ni grande ni blonde. Elle se faufile dans la rue, au bureau, au pub irlandais, vous accompagne en soirée, peut aller à un dîner de famille ou à un réveillon de Nouvel An. Elle se marie facilement avec tout, aussi bien avec des chaussures plates qu’avec des escarpins. Pareil pour le haut, on a le droit de la porter avec un blouson en jeans d’adolescente ou une veste de tailleur de femme active. Tout lui va. Elle ne dit jamais non, que vous la portiez jambes nues ou avec des collants. Et elle ne vous fera pas remarquer que vous avez pris un peu de bide. Pas comme votre mère.

Le gros avantage de la PRN, c’est qu’on en trouve toujours une, où qu’on se trouve et quelle que soit la période de l’année. Comme elle est noire, vous pouvez la porter même aux enterrements elle ne se démode jamais. Voilà qui est pratique. Et que vous soyez chez H&M ou Chanel, il y aura toujours un modèle pour vous. Après, c’est votre banquier qui décide. Autre avantage : elle va à tout le monde, il suffit juste de prendre la bonne taille. Du côté des matières, la déclinaison est infinie : du coton simple au lycra souple en passant par la dentelle aguicheuse, tout est possible et dépend de vos envies. Attention néanmoins au fashion faux pas. Pas question de se pointer à un entretien de boulot avec une PRN en voile super transparente. Ce n’est pas comme ça que vous l’aurez, votre augmentation. 

Un dernier conseil pour la route : ne soyez pas trop sentimentale. Il se peut qu’un jour, vous trouviez une nouvelle PRN alors que vous en avez déjà une qui ne vous quitte jamais. Vous serez chamboulée. Triste pour l’ancienne. Peinée par la place de choix qu’elle occupait avant et qu’elle n’aura plus jamais. C’est normal, il ne faut pas vous en inquiéter. Vous en aimerez encore plusieurs autres avec le temps. Car sachez-le : les PRN sont un peu comme vos amoureux : vous passerez quelques jours, mois ou années avec une seule en pensant naïvement que personne ne pourra jamais vous rendre aussi belle et vous aller aussi bien mais au bout d’un certain temps, la passion s’éteindra et vous remarquerez un modèle encore plus beau pour qui vous laisserez tout tomber. Ce sera l’amour fou pour un temps indéterminé, vous la mettrez tout le temps, même pour regarder la télé, même le dimanche avec vos pantoufles. Et puis vous en croiserez une plus jolie que les lavages en machine n'auront pas encore détendue et ternie. Et ainsi de suite indéfiniment, jusqu’à ce que mort (des stocks) s’ensuive. Une petite différence, toutefois : Ikea - et accessoirement, une certaine éthique - vous permettent d’avoir beaucoup plus de robes que d’amants dans votre placard. Alors quand viendra l’heure de faire un choix… Réfléchissez bien ! 

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04 septembre 2014

Le burger

Attention, on a dit "burger", pas "hamburger". Et cette petite syllabe en moins fait toute la différence. On ne parle pas de saloperie nourriture de chez Mac Do, on parle de gastronomie bobo. Fans de Ronald et de menus Maxi Best Of, passez votre chemin. Ou restez si vous voulez, j'accepte tout le monde.

Si aujourd'hui je veux parler de burger, c'est parce que c'est devenu un incontournable, un véritable phénomène de société culinaire. D'ailleurs, n'entendez-vous pas dans les conversations "J'ai super faim, on pourrait aller se faire un beurgueur" ? Alors que le mot hamburger évoquait jusqu'à il n'y a pas si longtemps un sandwich industriel calorique et peu onéreux souvent accompagné de frites et arrosé de Coca, les choses ont bien changé aujourd'hui. Le burger n'est plus cette chose molle et insipide qui fait culpabiliser, c'est devenu la star des brasseries, le chouchou des nouveaux restos et un véritable dieu auquel de nombreux établissements vouent un culte.

Allez dans n'importe quel bistrot parisien, n'importe quel troquet et regardez le menu. Au milieu du traditionnel steak tartare et de l'irremplaçable pavé de saumon à l'aneth, juste avant la tarte Tatin ou le moelleux au chocolat et sa boule de glace vanille, un petit nouveau a fait son apparition : le burger maison. Et faites le test en emmenant vos collègues lors de votre prochaine pause-déjeuner : tout le monde commandera un burger. Avec des haricots pour mesdames, parce que quand même ça fait beaucoup de calories si on prend des frites. Eh oui, le burger est venu, a vu et a vaincu. Il a su imposer sa présence et n'est pas près de retourner à la case fast food.

Mais quelle différence entre le sandwich estampillé malbouffe et celui qu'on vous sert en terrasse à Saint-Germain des Prés accompagné d'un petit verre de rouge (sic) ? Un pain maison, plutôt dodu, pas forcément parsemé de sésame. Un steak bien plus épais que ce qu'on connaît. Et surtout, des ingrédients qui changent : pas de Toastinette mais un Cheddar anglais 35 mois d'affinage ou une fourme d'Ambert. Pas de salade Iceberg qui croque sous la dent mais une roquette de chez le primeur bio du marché d'à côté, une batavia ou une chicorée bien poivrée. Les oignons sont confits, les tomates sont séchées et parfumées d'une huile d'olive à l'origan, la rondelle de cornichon a été marinée dans une préparation à l'estragon, la moutarde est AOC, la mayonnaise est maison... On peut aussi avoir des variantes avec du bacon, de l'avocat, du Tofu, du homard, de la truffe, des champignons, du foie gras de la cervelle d'agneau. Aucun rapport, donc.

Côté accompagnements, on a le choix entre des vraies frites assaisonnées à la fleur de sel de Guérande, du coleslaw ou même de la salade pour se donner un semblant de bonne conscience. Quand l'assiette d'ogre arrive à table, plus personne ne parle. Et en moins de quinze minutes, l'affaire est pliée. C'était hyper bon, rassasiant et pas chimique du tout. Et c'est bien normal. Vous auriez eu les boules d'avoir payé 20€ pour un truc dégueu, non ? Mais sortons un peu du bistrot si vous le voulez bien.

De Big Fernand à Paris New York en passant par Le Fil Rouge Café, de plus en plus de restaurants déclinant le burger sous toutes ses formes fleurissent pour le plus grand bonheur de nos papilles gustatives et de nos jeans bientôt trop petits. On pourrait croire que c'est un marché de niche et que tout miser sur le burger serait une erreur mais pas du tout. Toutes ces enseignes connaissent un succès fou et font des petits un peu partout.

Pourquoi cet engouement ? C'est simple : les portions microscopiques aux prix astronomiques nous ont lassés. Sortir du restaurant avec un creux dans l'estomac, c'est frustrant. Et puis on n'a qu'une vie, à la fin. Autant en profiter. Et pour cela, rien ne vaut un plat bien régressif, réconfortant, gros et gras avec plein de sauce partout. Et si ça peut faire plaisir à la personne en face de nous qui est un peu maniaque, on a toujours la possibilité de manger avec des couverts. Même si, avouons-le, c'est un peu étrange. 

Et après ? Attendons-nous à la prochaine tendance culinaire chic et choc qui va révolutionner les cartes des restaurants : le poulet frit sous toutes ses formes, version élégante et moderne des nuggets. Vous êtes prévenus.

 

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24 août 2014

Squat illégal

- Monsieur !
- On dit "jeune homme"
- Pardon
- Il n'y a pas de mal
- Jeune homme, que faites-vous ici ?
- Rien, je...
- Vous savez que vous n'avez pas le droit ?
- Mais pourquoi ? 
- Vous n'avez rien à faire ici !
- Mais je ne fais rien de mal, pourtant...
- Vous payez un loyer ?
- Euh, non
- Des charges ?
- Non plus
- La propriétaire des lieux sait-elle que vous êtes ici ?
- Je...
- La propriétaire, c'est moi. Et je vous ai déjà demandé plusieurs fois de partir, il me semble
- Je suis désolé mais je ne vous ai jamais entendu me dire ça...
- Ne soyez pas insolent. Vous savez que vous ne devriez pas être ici
- Ce n'est pas de ma faute !
- Vraiment ?
- Oui ! Je n'ai pas choisi d'être là !
- Vous dites ?
- Je n'y suis pour rien !
- Alors nous sommes bien d'accord, vous et moi, que vous devez partir ?
- Oui
- Très bien, dans ce cas je vous le demande une dernière fois : sortez de ma tête !

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05 juillet 2014

La visite

17:04 et il n'est toujours pas là. Je m'impatiente, il m'avait pourtant assuré qu'il serait à l'heure pour notre rendez-vous. Je lui ai donné mon adresse, les deux codes, l'étage... Alors où est-il ? 

Je regarde mon iPhone, aucune nouvelle de lui. Même pas un petit coup de fil pour me prévenir d'un éventuel retard. L'inquiétude prend le pas sur l'impatience. Si ça se trouve, il m'a oubliée. Tout simplement. Dire que j'avais rangé l'appartement de fond en comble exprès pour lui. 

Je suis en train de me résigner mentalement et d'accepter son absence quand j'entends soudainement trois petits coups frappés à ma porte. C'est lui ! Je suis sûre que c'est lui ! Je me recoiffe nerveusement d'une main et vérifie dans le miroir que je ressemble à quelque chose. Je ne voudrais pas l'effrayer. 

J'ouvre la porte et je le vois qui se tient debout devant moi. Mon D.ieu qu'il est grand. Et quelle douceur dans ses yeux. Il me sourit. Je rougis. Il s'excuse de son retard, je fais comme si je ne m'en étais pas rendu compte. Je suis tellement contente qu'il soit là que j'oublie tout. Rassurée et sereine, je referme la porte derrière lui. 

Il enlève sa veste. Je remarque une alliance. Il est marié ? Bon, qu'à cela ne tienne. De toute manière il est chez moi, c'est trop tard maintenant. Je lui propose poliment un rafraîchissement, il fait tellement chaud... Mais il refuse en me disant qu'il vaut mieux que l'on passe tout de suite aux choses sérieuses. J'acquiesce et lui demande ce qu'il veut faire. Il me dit que le mieux est que nous allions dans ma chambre et que je m'allonge sur mon lit. 

Je m'exécute. Un peu nerveuse, je m'étends. Tout va bien se passer, pas de panique. Malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de stresser. Après tout, c'est la première fois que je le vois. Ça fait bizarre. Alors que mon cœur palpite dans ma poitrine, je le sens s'assoir sur mon lit et soulever mon pantalon. Ma fréquence cardiaque augmente dangereusement. Lentement, très lentement, je sens ses mains le long de mes jambes... Je n'entends même pas ce qu'il me dit. Je le fais répéter, un peu ébahie : il me demande si j'ai de la crème ou, mieux, de l'huile de massage. Je ne m'attendais pas à ça. Ma peau est brûlante. 

Je sors de sous mon lit un flacon d'huile pour bébé Johnson & Johnson, celle qui sent bon et qui détend bien. Je le lui donne, un peu gênée. D'un geste sûr, il ôte le bouchon et en verse dans la paume de sa main avant de commencer à me masser. 

Mollet, cheville, tendons... Comme ça fait du bien ! Je sens mes muscles se détendre et mes articulations s'assouplir sous ses doigts. Décidément, mon kiné à domicile est vraiment top.

12 juin 2014

L'hôpital

Un hôpital c’est un peu comme un centre des impôts : moins on y va, mieux on se porte. Seulement voilà, il arrive des moments dans la vie où on n’a pas vraiment le choix. Le hasard, la malchance et l’imprudence s’associent en une dangereuse alliance et on se retrouve en petits morceaux aux urgences de Saint-Antoine.

Les urgences, comme leur nom l’indique, c’est l’endroit où les pompiers nous emmènent quand ça urge. Et, selon l’infaillible loi de Murphy, il y a toujours du monde. La première chose qu’on nous fait une fois qu’on a attendu un temps passablement long, c’est un interrogatoire : circonstances de l’accident, numéro de carte Vitale, qui est la personne à prévenir (généralement elle est juste à côté de nous en train de nous tenir la main), antécédents, groupe sanguin, allergies et tout un tas d’autres choses auxquelles on n’est parfois pas en mesure de répondre. Une fois tous ces renseignements recueillis, arrive le moment où une infirmière nous dit LA phrase que l’on va entendre trente fois par jour : « Attention, je pique ». Non, elle ne s’apprête pas à nous faire sentir la repousse de trois semaines de poils sur ses jambes, elle va juste nous piquer avec une aiguille. Pour nous prélever du sang, nous injecter des antalgiques et nous mettre une perfusion pleine de calmants et de nutriments. A partir de ce moment, avec la perfusion, on redevient un bébé avec un cordon ombilical. Puis on a droit à des radios, des scanners et plein d’examens, le tout à bord d’un brancard tout confort et sous une chemise de nuit que Cristina Cordula ne trouverait absolument pas moderne, ma chérie.

Après avoir vu un professeur qui a établi un diagnostic plutôt inquiétant, on passe des urgences à la réanimation. La réanimation, c’est la section surveillance rapprochée, un lieu où on est sous contrôle 24 heures sur 24. On a des électrodes collées sur tout le corps reliées à une grosse machine derrière nous, un appareil qui prend automatiquement notre tension toutes les 20 minutes, une pompe à morphine qu’on peut presser à l’envi en cas de douleur, une sonnette pour appeler les infirmiers quand la morphine ne suffit plus et même une sonde. En réanimation, il n’y a pas une seconde de silence. Ça fait bip bip de partout et on a des visites minimum toutes les deux heures : pour une prise de sang, pour la fréquence cardiaque, pour gérer une crise de tachycardie et autres vérifications de routine. Même à deux heures du matin. Du coup, c’est le bordel dans nos cycles de sommeil.

Après avoir vu un médecin qui a jugé que notre état s’améliorait, on quitte la réanimation pour rejoindre une chambre d’hospitalisation classique. Et là, on déchante. Après s’être fait bichonner et avoir été le centre d’attention de tout le personnel, on se retrouve simple patient parmi une multitude d’autres malades. La chute est rude. Alors qu’un infirmier en réa mettait exactement 15 secondes chrono pour arriver après notre coup de sonnette, ici l’aide soignante est là au moins 10 minutes plus tard. Autant dire que notre saignement de nez a le temps de recouvrir le bas de notre visage et le haut de notre superbe chemise de nuit Hôpitaux de Paris. On n’a plus d’électrodes, plus de prises de sang trois fois par jour, plus de pompe à morphine mais il nous reste encore notre précieuse perfusion. Et on peut demander de la morphine à notre infirmière préférée. On s'ennuie alors on lit et on dort beaucoup. Peu à peu, on se remet à manger normalement sans vomir, on arrive à se tenir en position assise. Et la montagne de chocolats et bonbons sur notre table de nuit grossit au fur et à mesure des visites de nos proches sans qu'on n'y touche.

A l’hôpital, il faut faire attention aux couleurs des vêtements des gens qui vont et viennent dans notre chambre pour comprendre qui est qui. En blanc, ce sont les aides soignants. En vert, ce sont les infirmiers. En bleu, ce sont les internes. Et en bleu marine, ce sont les médecins, les vrais, les durs, ceux qui passent leur journée au bloc et viennent nous rendre des visites éclair le soir à 21 heures, juste le temps de nous demander si nos intestins sont toujours pleins (bon appétit) et de soulever notre chemise de nuit pour nous palper le ventre alors qu’on est pudique comme pas deux. De toute manière la pudeur, à un moment, il faut oublier. Quand on est hospitalisé, faible et dépendant, notre corps ne nous appartient plus. Que ce soit pendant la toilette, les examens ou les déplacements du lit au brancard, en 15 jours tout le personnel de l’hôpital a vu notre séant. Au début, on tente maladroitement de se couvrir avec un drap mais, au bout de quelques jours, on renonce devant l'absurdité de la chose car on finit toujours à poil. Et puis on se rend compte que tout le monde s'en fout. 

Sauf qu’un jour, on nous laisse sortir et là, il va bien falloir remettre des vêtements. On rentre gentiment en ambulance pour une longue période de convalescence avec, sous le bras, trois kilos de prescriptions pour des médicaments et des examens à venir. Donc l’hôpital, même quand on le quitte, on sait qu’on y reviendra très bientôt et que ce n'est pas demain qu'on va pouvoir se remettre debout sur ses deux jambes.

La prochaine fois, c'est promis, on fera plus attention quand on traversera la route.

10 mai 2014

Le rouge à lèvres

Il arrive un jour dans la vie d’une fille où on décide qu’on a passé l’âge de porter du gloss. Les bons souvenirs du collège, OK, mais quand ça colle aux cheveux et que ça met du gras partout, il faut arrêter les dégâts. Le retour sur investissement n’est clairement pas intéressant. On décide donc de passer au rouge à lèvres, le vrai, celui qui se voit bien, pas le stick teinté de chez Yves Rocher à la cerise.

La première fois qu’on en met, c’est chez Sephora. On est devant un miroir presque aussi petit qu’un carreau de chocolat, on a des cernes jusque sous le menton et les vendeuses sont très occupées à discuter entre elles. Autant dire que toutes les conditions sont réunies pour un essayage idéal. Qu’à cela ne tienne, notre bon de réduction de 20% n’est valable que jusqu’à ce soir. Après avoir repéré LA couleur dans le présentoir de testeurs et essuyé consciencieusement le bâton de rouge sur un mouchoir, on se lance, la main tremblante. On repense à notre mère qui en met tous les jours, aussi facilement à la salle de bains qu’en voiture. On essaye d’imiter son geste aisé et sûr.

Après 3 laborieuses minutes de coloriage acrobatique, on prend un peu de recul et on contemple dans le miroir cette fille en face de nous avec sa bouche de vamp. Mon Dieu que c’est rouge. On n’oserait jamais sortir comme ça, nous ! Pourtant il faut avouer que c’est joli. Oui mais c’est super voyant. On ne sait pas si on aime ou si on n’aime pas alors, pour se donner bonne conscience, on fait un test auprès des vendeuses, des caissières, et même du vigile. « Vous aimez ? », « Vous trouvez que ça me va bien ? », « Ce n’est pas trop foncé ? ». Tout le monde répond de bonne grâce surtout le vigile qui en profite pour nous inviter à aller boire un verre et trouve que ça nous va bien. Alors on achète.

Le lendemain matin, on se lève exprès pour en mettre. Histoire d’éviter une catastrophe, on prend bien soin de se brosser les dents AVANT de se maquiller. On s’applique comme on peut mais ça ne nous empêche pas de déborder et d’en mettre partout. 15 cotons-tiges plus tard, le tir est rectifié et on a la bouche digne d’une couverture de magazine. On a encore un peu de mal à se reconnaître mais bon, on va finir par s’y faire. Dans la rue, on sourit à tout le monde, même aux miroirs.

L’avantage du rouge à lèvres bien rouge, c’est que, par un subtil effet d’optique, nos dents ont l’air encore plus blanches qu’après un détartrage chez le dentiste. Le souci, c’est que toutes les choses qu’on fait habituellement sans danger deviennent potentiellement des traquenards pour nous et même pour les autres.

Faites une bise à quelqu’un et vous lui avez repeint les deux joues.

Faites-vous un smoky eye et on vous demande combien vous prenez.

Enlevez votre pull et vous voilà transformée en Joker de Batman.

Corolaire : Remettez votre pull et vous voilà transformée en Joker de Batman. Mais avec les commissures vers le bas.

Allez au restaurant et vous n’avez plus rien sur les lèvres au bout de 3 bouchées. En revanche, il y a du rouge à lèvres partout ailleurs : sur votre serviette, sur votre verre, sur votre fourchette. Même sur vos mains. 

Faites une sieste et les draps s’en souviennent.

Prenez-vous une averse et devenez le sosie de Tom Cruise dans Entretien avec un vampire.

Après quelques jours, on s’habitue à porter du rouge à lèvres. On le pose soigneusement, on fait attention à ce qu’on fait pour le garder le plus longtemps possible, parfois ça nous évite même de grignoter et ce n’est pas plus mal. On finit par tellement aimer en porter qu’on ne se reconnaît même plus quand on a les lèvres nues. Résultat, on en met tous les jours, même le dimanche, même quand on est en pyjama Hello Kitty et qu’on a encore la coupe de cheveux du saut du lit. Ça s’appelle l’accoutumance. Et ça risquait pas d'arriver avec un tube de gloss.

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01 mai 2014

Le devoir de mémoire

Des devoirs, on en a tous fait quand on était à l’école. C’était chiant, c’était long et en plus nos parents nous surveillaient pour vérifier qu’on les avait bien faits. Le lendemain, deuxième vérification par la maîtresse et son regard sévère. Arrive l’âge adulte et on se retrouve avec d’autres devoirs comme voter ou payer ses impôts. Mais il existe un autre type de devoir : le devoir de mémoire.

Se souvenir des moments heureux, c’est facile. Mais ça l’est beaucoup moins dès qu’il s’agit d'événements funestes, d’atrocités et d’actes barbares. Qu’ils aient eu lieu il y a quelques décennies, quelques années, quelques mois, quelques jours plus tôt, qu’il s’agisse de la Shoah, de la tuerie de Toulouse ou du meurtre d’Ilan Halimi, s’en rappeler c’est ne plus vouloir les revivre. Plus jamais.

Lundi dernier, nous avons rendu hommage aux 6 millions de Juifs qui ont péri pendant la Seconde Guerre mondiale, victimes des nazis et de leurs collaborateurs. Nous ne pouvons pas oublier cet épisode douloureux qui fait partie de l’Histoire de notre pays et de l'humanité.

Hier, le film 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi est sorti au cinéma.

À cette occasion, de nombreuses personnes sur la toile revendiquent ostensiblement leur volonté de ne pas aller voir ce film sous prétexte qu'il est trop violent, que ça ne sert à rien d’en rajouter une couche et qu’elles n’ont pas envie de ressentir ce genre d’émotions. Après tout, à quoi ça sert, hein ? Il y a tellement d’autres films à aller voir.

Refuser d'aller voir ce film, c’est pourtant refuser de se souvenir, refuser d’accepter l'inacceptable ou tout simplement refuser d’affronter la réalité en face. Kidnapping, rançon, chantage, torture et meurtre sont les ingrédients récurrents des films de fiction que nous allons parfois voir sur grand écran. On n’a aucun problème à payer sa place de cinéma et à acheter un seau de pop corn. Des enquêtes policières plus ou moins scabreuses, il y en a toutes les semaines sur le petit écran. Mais là, il s’agit d’une affaire bien réelle qui a eu lieu il n’y a même pas dix ans. Qui a eu lieu ici, en France, en banlieue parisienne, dans une cité, à quelques kilomètres de chez nous, de chez vous. Alors là c’est différent. On ne veut pas voir de sang et de larmes, on ne veut pas voir de torture, on ne veut pas voir la douleur d’une famille. On préfère regarder Plus belle la vie.

Pourquoi refuser de se remémorer ? Se voiler sciemment la face alors que les faits sont là, devant nous, représentés à l’écran par des acteurs de chair et de sang est trop dur à supporter, c’est ça ? On a peur de se confronter à ce qu’il s’est vraiment passé ? Fermer les yeux n’est pas une solution. S’enfouir ainsi la tête dans le sable en attendant que le film ne soit plus projeté est même un manquement à son devoir citoyen. Oui, il faut le faire. Oui, c’est important. Parce qu’on ne peut plus accepter que ce genre d’horreur se reproduise encore. Ce meurtre est l’affaire de tous et ne doit jamais tomber dans l’oubli. 

Nous n’avons pas de parents ou de maîtresse d’école derrière nous pour nous obliger à nous acquitter de ce devoir de mémoire et pourtant nous devons aller au cinéma. Qu’on le veuille ou non. Qu’on soit mère ou non. Qu’on soit Juif ou non. Ce film est une expérience forte et difficile que nous devons vivre afin de ne pas oublier. Car le cinéma sert aussi à ça.

Nous n’avons pas de parents ou de maîtresse d’école derrière nous mais aujourd’hui nous avons autre chose : nous avons une conscience.

Posté par Noya_Noya à 10:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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