Call Me Noya

10 mai 2012

Les lingettes

Vous ne le savez pas mais nous sommes colonisés. Eh oui, même si on vit en démocratie, qu'on a le droit de vote, les 35 heures, les RTT et un système politique qui s'appelle la République, il faut savoir que nous sommes gouvernés par quelqu'un d'autre que François Hollande. Une souveraine autoritaire qui a pris le pouvoir dans nos vies, un tyran sans merci qui a su se rendre indispensable, une stratège redoutable qui cache sous son nom innocent une pugnacité à toute épreuve : la lingette.
 
A priori, une lingette est un morceau de tissu, généralement petit (d'où la terminaison en "ette"), imbibé d'un liquide qui a pour fonction de nettoyer. Une lingette c'est doux, c'est mignon et ça sent bon mais il faut voir avec quelle ingéniosité elle s'est incrustée dans nos vies jusqu'à devenir indispensable dans toutes les pièces de la maison et dans tous les sacs à main. Je vous propose un petit historique de la lingette afin de mieux comprendre comment elle a su tactiquement gagner du terrain au fil du temps pour finalement parvenir à nous envahir.
 
Première période : l'infiltration
Au début, la lingette se faisait toute petite. Elle savait qu'elle avait un avenir glorieux devant elle mais elle ne voulait pas précipiter les choses et avait décidé d'opter pour une stratégie d'entrée plutôt discrète. Alors elle avait gagné deux secteurs assez ciblés : l'univers du bébé et celui des crustacés. Sous la forme de Câlinettes et de rince-doigts, elle s'était fait une place de choix. Armée d'un doux parfum de fleur d'un côté et de citron/citron vert de l'autre, elle est vite devenue indispensable pour les fesses de nourrissons et les amateurs de poisson. Et elle se montrait redoutablement efficace. Et quelle facilité d'utilisation ! On nettoie, on jette et on n'y pense plus. Une première bataille menée avec tact et gagnée haut la main.
 
Mais tout cela n'était qu'une première étape. Car de leur côté, les cerveaux réfléchissaient pour amorcer une deuxième phase, cette fois-ci bien plus percutante. Leur but : conquérir des secteurs plus larges et progresser de manière spectaculaire dans le panier de la ménagère. Les généraux de l'hygiène accompagnés de leurs lieutenants du marketing mirent donc en place un nouveau plan pour lancer une deuxième action : le débarquement était en marche.
 
Deuxième période : le débarquement
Car oui, nettoyer des arrière-trains et essuyer des mains, ça allait bien deux secondes, il fallait voir plus grand, s'étendre. Alors, la lingette sut convaincre les géants Swiffer et Nivea de s'engager à ses côtés. La révolution arriva dans les linaires de supermarché avec les lingettes dépoussiérantes et démaquillantes. Ce fut une opération massive. Campagnes de publicité sur tous les fronts, échantillons, rayons envahis par les produits, bons de réduction, témoignages d'utilisateurs ravis, tests d'efficacité... Le débarquement s'opéra de manière spectaculaire.
 
Toutes les femmes se ruèrent sur les lingettes démaquillantes et jetèrent lait, coton et lotion à la poubelle. Avec les lingettes, l'opération qui leur rendait leur vrai visage en fin de journée ne prenait plus que 5 minutes au lieu de 20. Même les conjoints étaient heureux. Pour les adolescentes qui se maquillaient en cachette, en un coup de lingette elles faisaient disparaître les traces de leur forfait sur le chemin du retour du collège, tendant à leurs parents une joue douce et immaculée pour un bisou sitôt rentrées à la maison.
 
La lingette Swiffer, quant à elle, a changé la face du monde pour qui possédait dans sa maison quantité de bibelots, figurines et cadres photos. On se souvient tous de la chanson du spot télé qui clamait que "faire la poussière c'est la galère et l'aspiro est bien trop gros [...] avec Swiffer, c'est plus rock'n roll". Swiffer, c'était l'adieu au ménage long et chiant, c'était une affaire réglée en quelques minutes, sans balai, sans plumeau, sans eau, sans seau, sans mal de dos. La solution offensive.
 
Ce fut une deuxième bataille brillamment gagnée : la lingette était dans tous les foyers. Mais ce n'était qu'un début. Le maréchal Persuasion-Dépendance prit la tête des opérations.
 
Troisième période : l'invasion
Aujourd'hui, on peut dire que la lingette à gagné la guerre puisqu'elle à réussi à se glisser partout. Nous avons tous été conquis par sa simplicité d'utilisation et son efficacité. Les Câlinettes et les rince-doigts existent toujours. Les lingettes démaquillantes et dépoussiérantes aussi. C'est juste que maintenant, toutes ces lingettes sont disponibles sous plusieurs marques différentes. Au rayon beauté, on trouve des lingettes déodorantes pour sentir bon en toutes circonstances et des lingettes pour l'hygiène intime. Généralement conditionnées en petits emballages individuels pour se glisser discrètement dans un sac. Au rayon entretien, on trouve des lingettes anti bactériennes pour la cuisine ou la salle de bains. Même Monsieur Propre prend la pose sur certains paquets. Au rayon fournitures scolaires, on trouve des lingettes pour nettoyer l'écran de son ordinateur ou les verres de ses lunettes, car qui a Vu verra. Au rayon des bébés, on trouve des lingettes hydratantes, nettoyantes, débarbouillantes, adoucissantes. 
 
C'est vrai, ça, c'est tellement pratique, comment faisait-on pour vivre avant sans elles? À chaque problème, à chaque moment de la vie ou de la journée, il existe une lingette appropriée. La lingette, arme de nettoyage massive ? Oui, certainement. Alors moi j'aimerais que quelqu'un invente les lingettes pour l'âme. Pour la débarrasser des soucis et des mauvais souvenirs. Une lingette qui nettoierait les idées noires, sécherait les larmes et effacerait tous mes malheurs.

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30 avril 2012

Les coups de foudre

Il y a beaucoup de choses qui peuvent potentiellement nous tomber dessus. Quand on est maladroit, on peut se prendre un livre qui vient de glisser d’une étagère. Quand on est Gaulois, on redoute que ce soit le ciel. Quand on s’appelle Newton, c’est une pomme. Et quand on a de la chance, c’est l’amour. Enfin bon, je dis l’amour mais attention, on sort pas les violons et les fleurs, je parle pas du grand amour. Vous savez ce que je pense de la théorie foireuse du Prince Charmant. Non, quand je dis l’amour, c’est plutôt le coup de foudre, ce truc inattendu qui vous vous tombe subitement dessus et qui vous chamboule votre journée.

Les coups de foudre, ça arrive tout le temps dans les films. Vous savez, dans les comédies romantiques, il se passe toujours un truc complètement improbable qui fait que deux personnes qui n’ont absolument rien à voir ensemble se rencontrent. Et à chaque fois, on regarde ça d’un œil sceptique, vautrée dans son canapé, en pestant que c’est pas à nous que ça arriverait. Et on a pas tort. Il n’y a jamais Bradley Cooper qui est prêt à nous renverser son café dessus pour nous enlever notre T-shirt, ça c’est certain. Ni Ryan Gosling qui nous attend au coin de la rue dans sa voiture, enclin à nous faire des appels de phares. Ah ça non. On regarde quand même le film jusqu’à la fin parce que c’est bon de rêver. Et aussi parce qu’on a un pot de Ben & Jerry’s et un paquet de mouchoirs à terminer. On éteint notre lecteur DVD en jurant de ne plus jamais regarder un seul des ces films-guimauve qui nous font croire en des choses impossibles.

Mais il faut savoir une chose : les coups de foudre, c’est le seul moment de la vraie vie qui ressemble à un film. Alors autant en profiter. Le souci, c’est qu’on ne sait jamais à quel moment ça arrive. Et donc, ça arrive potentiellement au moment où on est le moins prête possible.

Un exemple. Vous allez à la piscine pour décompresser entre deux réunions un jeudi midi. Evidemment, vous n’avez pas de maillot adapté et vous arborez, un peu honteuse, le deux-pièces turquoise de vos dernières vacances à la mer. Evidemment, vous avez bâclé votre épilation des aisselles. Evidemment, vous avez retrouvé au fin fond de vos affaires un horrible bonnet de bain rouge en caoutchouc qui ne vous va pas du tout. En plus, il est impossible à mettre. Peut-être que c’est juste vous qui avez trop de cheveux ? En tout cas c’est vraiment pas de bol, ce serait bien que quelqu’un arrive pour vous aider à le mettre parce que là, vous galérez grave.

Le quelqu’un en question arrive un instant plus tard et vous lui demandez tout de go avec vos yeux de cocker irlandais s’il peut vous aider à le mettre. En terminant la phrase, vous songez quand même à récupérer vos vrais yeux, ceux qui vous servent à voir, et vous vous rendez compte que vous avez face à vous une bombe atomique prête à être dégoupillée. Des cheveux bruns ras, des yeux denses, une peau légèrement hâlée, des muscles comme s’il en pleuvait, pas un milligramme de graisse… Vous vous arrêtez là, vous risqueriez de déraper. Et en plus il est gentil, il vous aide vraiment à mettre votre foutu bonnet. Inutile de dire que vous ne ressemblez à rien, ainsi coiffée. Si jamais il arrive à vous trouver belle comme ça, c’est qu’il voit aussi bien qu’une personne qui a huit grammes d’alcool dans le sang en pleine nuit.

Mais voilà, vous avez eu un coup de foudre. Un vrai. Vous avez fait vos longueurs à peu près calmement mais chaque fois que vous l’avez croisé, vous avez avalé de l’eau par le nez. Ou bien vous avez foutu sans faire exprès un coup de pied à votre voisin de couloir. Vous avez voulu lui sourire mais au lieu de ça vous avez bu la tasse. Plus glamour, c’était pas possible. À un moment, il s’est arrêté à côté de vous (pendant que vous étiez en train de régurgiter votre gorgée de javel) pour vous demander si votre bonnet tenait bien. Vous ne vous rappelez plus de ce que vous lui avez répondu mais c’était sans doute une phrase très conne. En fait, vous ne vous rappelez plus de rien.

C’est un des effets du coup de foudre : on oublie tout. On oublie qu’il y a du monde autour, on oublie de réfléchir, on oublie qu’on doit retourner au travail dans 30 minutes sous peine de se faire lapider par son collègue financier, on oublie comment on s’appelle, où on habite. On perd la mémoire. Le coup de foudre, c’est un Alzheimer passager. Et on devient débile surtout. Très, même. Le coup de foudre, c'est la mort fulgurante des neurones. On sourit bêtement, on trouve tout très beau et très bien. On ne se soucie même pas de notre bas de maillot de bain qui nous rentre dans les fesses alors qu’il prend sa douche à côté de nous. On a même pas honte de lui proposer du gel douche pour entamer une conversation. On reste dix ans sous le jet d’eau chaude à lui dire des banalités et à boire ses paroles comme une coupe de Dom Pérignon. Parce qu’on est ailleurs. On pense même pas à envisager qu’il est peut-être gay ou déjà pris. Non. On flotte. On plane loin de la réalité.

Alors oui, il y a aura bien un moment où vous allez rentrer au bureau après lui avoir dit au-revoir en remettant vos ballerines, après lui avoir dit votre prénom et demandé le sien. Il y aura bien un moment où vous allez redescendre de votre petit nuage. L’état de grâce du coup de foudre n’aura duré qu’un temps. Mais voyez le bon côté des choses : vous aurez quand même nagé un kilomètre. Alors même si cet embryon d’histoire n’aboutit pas, au moins vous aurez fait une B.A pour votre corps. Et vous retournerez sans faute à la piscine jeudi prochain.

C’est votre régime qui va être content.

foudreNatWood

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18 avril 2012

Les régimes

Alors que nous sommes toutes et tous obnubilés par l'élection présidentielle qui se rapproche à grands pas, une partie non-négligeable de la population a en tête une toute autre préoccupation. Eh oui, c'est pas le tout d'aller voter, il faut aussi maigrir avant l'été. Nous ne connaissons pas l'identité de celui qui nous gouvernera mais notre maillot de bain, lui, on le connaît bien, et on sait qu'on devra le ressortir dans deux mois. Scrutin contre popotin, élection contre nutrition, sondage contre remodelage… bref, c'est la démocratie contre le régime.

En attendant d'aller nous enfermer dans un isoloir, il est temps d'affronter le miroir. Épreuve redoutable, machine à remonter le temps sans pitié qui résume de manière cruelle les kilos de bouffe que nous avons ingurgités au cours de ces derniers mois. Tenez, par exemple, ce bourrelet, là, c'était la bûche à Noël. Les deux centimètres de trop de tour de cuisse, c'était les trois parts de galette des Rois. Tout ça pour avoir la fève, est-ce que ça en valait vraiment la peine ? Rétrospectivement, non. Ce petit ventre rebondi : souvenir de la Chandeleur. Tournez-vous un peu pour voir ? On dirait que tous les chocolats que vous avez mangés à Pâques ont trouvé refuge dans votre confortable séant. Vous ignoriez que votre cul pouvait être une arche de Noé. Le bilan est impitoyable et la sentence est irrévocable : il va falloir maigrir. Et plus vite que ça. Top chrono, c’est parti.

Parfois on a envie de se laisser un peu de temps avant de commencer son régime mais on est vite rattrapé par la réalité qui nous exhorte à perdre du poids. Cette réalité, ce sont les magazines féminins qui, dès que le premier rayon de soleil printanier a percé, affichent tous la même une : un fond coloré (de préférence vif ou pastel), une top model anorexique souriante passablement dénudée (de préférence mineure et ukrainienne) et des titres plus racoleurs les uns que les autres. "Objectif maillot : perdez un os". "Programme anti-kilos : passez à l'attaque avec un coach militaire". "Efficace et engagée, découvrez la diète minimaliste : la grève de la faim". "Son d'avoine mon amour : les miracles du régime Dukon". Pas besoin d'acheter lesdits magazines, ce rappel à l'ordre en couverture est amplement suffisant.

Les régimes se fondent sur deux principes élémentaires : la bouffe et le sport. Et, alors que l'être humain a plutôt tendance à vouloir manger toujours plus et faire le moins de sport possible, les régimes vont à l'encontre de ce mode de vie pourtant bien agréable. Il va falloir manger moins et bouger plus pour perdre plus. Les régimes vont donc dans le sens inverse de notre nature et c'est pour ça que c'est si difficile de commencer.

Se mettre au sport, voilà la première difficulté. Et d'abord, quoi comme sport ? Donner 1200 euros au Club Med Gym pour sécher une semaine sur deux le cours de step ? Pas rentable. Aller faire des longueurs à la piscine le dimanche matin ? On préfère faire la grasse mat'. Se mettre au jogging ? C'est mauvais pour notre asthme. Faire du squash ? Du yoga ? Du Vélib' ? Il faut bien avouer que c'est difficile de trouver le sport qui nous convient. Et il y a une chose encore plus difficile à trouver : c'est la motivation. Surtout quand on doit faire sa série de 20 abdos le soir avant de se coucher.

Autre épreuve tout aussi douloureuse, si ce n'est plus : les restrictions alimentaires. En d'autres termes, abandonner les douceurs de la vie et se forcer à manger exclusivement des choses pauvres en calories. Le cauchemar commence dans les rayons de Monoprix, quand les packs de Kinder Bueno format familial nous font de l'œil et quand le pot de tarama aux œufs de truite est en promo. Non, non, laissez-moi, avons-nous envie de crier, je ne tomberai pas dans votre piège. Et effectivement, on tient bon. Filets de poisson, fromage blanc à 0%, kilos de légumes, céréales riches en fibres, litres de Contrex... Notre caddie ressemble à un potager bio alors que notre caissière avait plutôt l'habitude de scanner des biscuits apéro.

Le cauchemar continue au quotidien. Comment trouver la force de se lever le matin quand on sait qu'on ne trouvera ni Nutella, ni céréales Nesquick sur la table ? Comment avoir envie de déjeuner avec une amie qui prend un indécent steak-frites alors qu'on doit se contenter d'une salade sans vinaigrette ? Comment retrouver son âme d'enfant en prenant un goûter à 16h30 si on a devant nous une pomme alors qu'on rêve d'un croissant ? Comment ne pas passer pour une personne rabat-joie au dîner quand on annonce qu'on ne prendra pas de dessert après notre filet de lieu vapeur / haricots verts? Comment réussir à vivre comme ça ? Non seulement on mange mal mais en plus on en devient de mauvaise humeur. La totale.

Faire un régime quand on vit seul, c'est pas simple car on a personne pour nous soutenir. Mais quand on y pense, c'est mieux que d'être en couple et de subir la torture que nous fait endurer la personne qui vit avec nous. Qui se gave sous nos yeux de crocodiles Haribo quand on regarde un DVD. Qui se relève la nuit pour aller se faire une tartine de Kiri ou engloutir une Danette. Qui cuisine des féculents à tous les repas et qui arrose le tout de Coca même pas Light. Qui mange comme quatre, ne prend pas un gramme et se fout ouvertement de nous quand, dans la salle de bains, on s'étale consciencieusement des tonnes de crème raffermissante tout en pinçant notre peau d'orange, l’air soucieux.

Finalement, les régimes c'est toujours une expérience traumatisante dont on n'attend qu'une chose : la fin. Si tant est qu'il y en ait une. Mais quoi qu'il en soit, il est important de rappeler les principes de notre belle république et de ne céder à aucune dictature. Même celle du corps.

RgimesNatWood

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06 avril 2012

Le blog a un an

Joyeux anniversaire Noya !

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Merci à vous pour votre fidélité et à ma chère Coral pour ses belles illustrations

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01 avril 2012

Les acronymes

La vie est compliquée. Beaucoup trop, même. Nous autres, pauvres humains, nous n’aspirons pourtant qu’à mener une existence simple et sans difficultés. Pour se simplifier la vie et aller plus vite, on se brosse les dents en même temps qu’on s’habille et on se fout du dentifrice plein la chemise, on passe les coups de fil barbants sur le trajet du boulot, on avale un sandwich pendant qu’on termine un tableau Excel, on va aux caisses automatiques chez Carrefour pour pas faire la queue …

Sauf que parfois, on est moins inspirés. Prenez les acronymes, par exemple. À la base, c’est la même démarche de simplification. Concrètement, on prend la première lettre de chacun des mots qui composent un nom un peu long et hop, on a une abréviation qui est censée faciliter la vie de tout le monde. On ne dit pas « Train Grande Vitesse » mais « TGV ». On ne dit pas « Électricité de France » mais « EDF ». C’est pratique, ça va plus vite et ça parle à tout le monde. En théorie.

Parce qu’en pratique, c’est pas exactement la même chose. Surtout au boulot. Surtout quand on commence un nouveau boulot. Vous vous souvenez, quand vous vous êtes fait recruter, votre première réunion ? Vous aviez envie de demander un décodeur à votre boss.

- Votre boss : On va commencer par faire un CRD de la dernière FBR
- Vous : [perplexe]
- Votre collègue : OK, mais moi je voudrais aussi qu’on parle de notre WIP parce que là on commence à être en retard avec nos DDL et que ça risque d’avoir des conséquences sur notre VM.
- Vous : [perdu]
- Votre boss : Pas de problème, d’ailleurs est-ce qu'on a eu des nouvelles de notre PM ? Je voudrais bien savoir où on en est pour notre enquête de CRM.
- Vous : [au bout du rouleau]
- Votre collègue : C’est bon, tu arrives à suivre ?
- Vous : Oui, pas de problème, c’est très clair !*

Même du serbo-croate, vous auriez mieux compris. Le souci avec les acronymes, c’est qu’ils sont tantôt en anglais, tantôt en français. Donc, dès qu’on en entend un, c’est presque un jeu (auquel on joue tout seul) d'en deviner le sens. Et sans se planter, bien sûr. Dans toutes les situations, il est toujours utile de bien maîtriser l’anglais en entreprise.

Une fois qu’on a commencé à se familiariser avec les acronymes, on se sent un peu mieux intégré à l’entreprise. Mais le souci vient du monde extérieur. Notre famille et nos amis ne nous comprennent plus quand on leur parle de notre travail, ils nous font répéter tous les deux mots et butent sur tous les sigles que nous utilisons alors que bon, c’est quand même pas compliqué de deviner que « FYI » ça veut dire « for your information », non ? Ben si.

Et puis il y a le choc des cultures. Un acronyme peut parfois avoir des significations différentes d’une entreprise à l’autre. Pour votre pote qui travaille à la FNAC (Fédération Nationale d’Achat des Cadres), « TDG » ça veut dire « Tête De Gondole » alors que pour vous qui bossez chez GDF (Gaz de France), ça fait référence à « Transport et Distribution de Gaz ». Et si jamais vous connaissez des gens en Suisse, pardon, en CH (Confédération Helvétique), ils vous diront que ça veut dire « Tribune De Genève ». De quoi devenir dingue.

Le seul truc marrant avec les acronymes, c’est qu’on peut les détourner. Ainsi, l’ANPE peut devenir « Avec Nous Peu d’Espoir », le PSG « Pas Sûr de Gagner », et la RATP « Rentre Avec Tes Pieds », entre autres. Il en existe une multitude, cyniques et désopilants. Une sorte d’exercice de style du quotidien.

Et en parlant de quotidien, vous avez sûrement remarqué que même dans la vie courante on utilise des acronymes. Le phénomène aura réussi à déborder du cadre professionnel. Vous ne me croyez pas ? On en reparlera ce soir alors, quand vous serez en pleine DDDS !


*  L’explication des acronymes utilisés, parce que quand même j’allais pas vous laisser comme ça ! « CRD » veut dire « compte rendu détaillé », « FBR » veut dire « financial business review », « WIP » veut dire « work in progress », « DDL » veut dire « délais de livraison », « VM » veut dire « variable margin », « PM » veut dire « project manager » et « CRM » veut dire « customer relationship management ».

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24 mars 2012

Le décalage horaire

Deux fois par an, il y a un truc super chiant auquel on ne peut jamais échapper. Non messieurs, je ne parle pas des soldes. Je parle du décalage horaire. Ou plus précisément du passage à l'heure d'hiver et à l'heure d'été. C'est vrai que ces deux appellations sont jolies. Pour l'heure d'hiver, on visualise bien un gros fauteuil, un plaid épais et une bonne tasse de chocolat chaud. Et pour l'heure d'été, on s'imagine bien en train de faire la sieste dans un champ. Beaucoup de poésie, en somme.

Sauf qu'en réalité, c'est loin d'être aussi idyllique. C'est plutôt super mal fait. À la base, c'est juste une histoire d'économie d'énergie. La raison : profiter plus longtemps de la lumière naturelle. Sur le papier, on se dit que c'est une idée qui n'est pas bête. Alors pour ça, en hiver on recule d'une heure et en été on avance d'une heure.

Déjà, le truc qui est louche dans cette histoire, c'est que le changement s'effectue toujours à 3 heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche. Comme si on avait que ça à faire de se lever en plein milieu de la nuit pour aller changer d'heure et aller se recoucher après, l'esprit serein et les yeux explosés. Non, on fait ça le lendemain en se réveillant.

En hiver, on est toujours heureux parce que - attention, expression à la con - "on gagne une heure de sommeil". Sérieusement, vous avez déjà une seule fois échappé à cette phrase ? Personnellement, non. À croire qu'on est tous en grave manque de sommeil et que cette heure de bonus qu'on nous accorde tous les ans est une bénédiction divine. Faut pas déconner non plus. Et le pire, c'est qu'on ressent même pas ça de la manière qu'on voudrait. Au lieu de nous sentir reposé, au contraire on a l'impression que les journées se traînent et durent des plombes. Et cette nuit qui tombe à 17 heures, quelle angoisse ! Du coup, on est encore plus fatigué et on aurait limité préféré perdre une heure.

Au moment où arrive le passage à l'heure d'été, c'est l'inverse. On sait que, quand on se réveillera le dimanche matin, on se prendra une heure de décalage horaire en moins direct. Alors oui, c'est vrai que ce n'est qu'une heure, 60 petites minutes... ça n'a l'air de rien mais ça chamboule une journée d'une de ces manières ! Encore plus décalqué qu'après un vol Paris/Tokyo, on a le sentiment qu'on a pas vu le dimanche passer. Et la DDDS n'en est que plus terrible.  Bon, c'est vrai qu'il fait jour plus longtemps. Du coup, même si on quitte le boulot à 20h30 le lundi suivant, il ne fait pas encore totalement nuit noire. Ça c'est sympa. Mais ce qui est moins sympa, c'est la semaine nécessaire pour se remettre de cette heure perdue. Et puis vous avez remarqué, pendant cette période, on ne sait que parler de ça.

On est fatigué ? C'est à cause du passage à l'heure d'été. On a du mal à travailler, on a du mal à s'endormir, on a du mal à se réveiller, on a mal au crâne ? On a envie de massacrer nos collègues ? On est irritable ? Susceptible ? Cherchez pas, tout ça c'est à cause de cette maudite heure en moins. On est tellement fragile, un rien nous affecte.

Mais tout ça finalement, c'est un peu comme les mises à jour de Facebook : au début on a du mal, ça nous énerve et on perd nos repères mais on finit toujours pas s'y habituer et ne plus remarquer de différence. Non, le VRAI souci, c'est qu'il faut changer l'heure PARTOUT. À une certaine époque, c'était pas grand chose. La montre, la pendule du salon et on retournait vaquer à ses activités tranquillement. En trois secondes c'était réglé. Alors qu'aujourd'hui, c'est loin d'être aussi simple.

Déjà, qui ne possède qu'une seule montre ? Plus on en a, plus on va s'amuser. Ensuite il y a l'horloge au salon, celle de la salle de bains, le micro-ondes et le four à la cuisine, le téléphone fixe, l'iPod, le réveil. Mais les technologies évoluent et il y a de plus en plus d'appareils intelligents qui passent à l'heure d'été tout seuls, sans qu'on leur demande. Et quand on ne le sait pas et qu'on fait le réglage manuellement, on se retrouve bien bête avec non pas une mais bien deux heures de décalage. Bravo. Et parfois, ça fait disjoncter notre iPhone qui oublie de nous réveiller le lendemain matin. Un vrai bonheur !

Enfin, tout ça c'est quand on n'oublie pas. Car oui, il nous arrive parfois d'avoir des absences... et de faire l'impasse. Et comme par hasard, ça tombe juste le jour de l'anniversaire de notre petit neveu et on est pas du tout embarrassé en arrivant avec une heure de retard au déjeuner. Surtout quand on a une famille alsacienne qui ne plaisante pas avec la ponctualité et qui nous demande comment on a bien pu faire pour ne pas y penser quand on sait que "ça fait une semaine qu'ils en parlent aux infos".

Le passage à l'heure d'été c'est demain, ne l'oubliez pas ! Alors bon courage pour les réglages et que notre heure de sommeil perdue repose en paix. Si ça peut vous rassurer, dans six mois on la récupèrera !

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29 février 2012

Les années bissextiles

C'est une drôle d'idée, non, un jour qui n'arrive qu'une fois tous les quatre ans ? J'aurais bien aimé vous en parler, vous dire pourquoi ça existe, comment ça marche, pourquoi quatre ans et pas cinq, pourquoi en février... Mais je n'ai pas eu le temps. 

Alors je vous propose qu'on se retrouve dans quatre ans pour en parler. D'ici là, j'aurai eu le temps de faire mes recherches je pense ! Le rendez-vous est pris. 

J'en profite aussi pour adresser tous mes voeux aux personnes qui sont nées ce jour et qui ont la chance de vieillir quatre fois moins vite que le commun des mortels... mais qui ont la malchance de ne pouvoir le fêter qu'une fois sur quatre. Oui, je sais que c'est frustrant, je le sais bien. 

Joyeux 29 février à tous !

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24 février 2012

Les César

Hier, un ami à moi a déjeuné près du théâtre du Châtelet et m’a confié son étonnement face à un nombre surprenant de camions, de caméras et de matériel technique devant le prestigieux bâtiment. Il avait complètement zappé le fait que ce soir, c’est la 37ème Cérémonie des César. CQFD

Voilà une anecdote qui résume assez bien ce que sont les César : tout le monde s’en fout.

Moi je trouve ça dommage parce que c’est important quand même. La France est un pays qui produit beaucoup de films tous les ans et c’est logique de dire bravo aux gens qui ont réussi à faire quelque chose de pas trop mal. Pour moi, c’est un rendez-vous que je ne rate jamais et que je suis fidèlement. Même si je n’ai pas de télé. Alors tous les ans, je prépare une stratégie pour déterminer chez qui je vais bien pouvoir aller passer la soirée. Pour rien au monde, je ne raterais ce grand moment de cinéma.

Mais pourquoi suis-je la seule à aimer cette cérémonie ? Pourquoi tout le monde s’en tape ?

Déjà, parce que c’est pas glamour. C’est vrai, ça. Quand on compare avec la cérémonie des Oscars aux Etats-Unis, autant dire que les acteurs français font figure de Playmobil dans un évier. Et ce n’est pas une question de culture, non non, détrompez-vous. En France aussi, on sait faire du glamour. Regardez Cannes. Vous avez déjà vu autant de robes longues et de Louboutin au mètre carré ? Combien de kilomètres de cils étirés au mascara, combien de kilos de Terracotta pour dorer les joues des mannequins L’Oréal actrices présentes sur la Croisette ? Les César, ça n’a rien à voir. Sans aller jusqu’à dire que c’est austère, avouons que ça vend quand même beaucoup moins de rêve. Même si les actrices font des efforts, ça manque pas mal de paillettes. Un comble pour la patrie des plus prestigieux couturiers qu’est la France.

Après, il faut bien dire ce qui est, les César c’est chiant. Ils ont beau chercher à nous concocter une soirée sympathique avec des surprises et des Maîtres de Cérémonie qui ont « humour » écrit en gras sur leur CV, on a encore jamais vu personne s’étrangler de rire devant sa télé. Même si Valérie Lemercier, Gad Elmaleh et Antoine de Caunes prennent leur rôle très à cœur et font de leur mieux. Et en parlant d’Antoine de Caunes, ce soir il jouera sa partition pour la huitième fois de sa carrière. Ça montre à quel point ça tourne en vase clos.

Je ne parlerai pas des discours ennuyeux auxquels on échappe rarement. Le souci, c’est que leur irruption est imprévisible. On imagine mal les très sérieux membres de l’Académie en train de faire leur choix se dire « Ah non, on peut césariser Pascale Ferran, vous vous rappelez la dernière fois pour Lady Chatterley comme elle nous a plombés pendant un quart d’heure avec son discours sur la crise du cinéma d’auteur français ? ». C’est vrai qu’à Cannes il y a aussi des dérapages de temps en temps. Je pense à Sophie Marceau qui était complètement partie en vrille. Mais ce n’était pas pareil. Et puis on avait vu ses seins en plus. Et comme la cérémonie est retransmise en direct, si quelqu’un a envie de nous saouler avec son discours, personne ne l’interrompra. Quel dommage. On aura plus qu’à aller faire la vaisselle à la cuisine en attendant que cet ennuyeux moment passe.

Et finalement, le pire, c’est que ce ne sont jamais ceux qu’on voudrait qui repartent avec le précieux trophée. Je ne sais pas comment ils font mais, chaque année, on est toujours déçus. Généralement, ce sont toujours les films de derrière les fagots qui raflent des moissons de récompenses. Et les films qu’on a adorés, eux, se retrouvent avec des César qui ne nous évoquent rien type meilleur son, meilleur montage… mais honnêtement, on s’en fout nous, on voulait du meilleur acteur, meilleur film ! Ce sentiment d’injustice est présent tous les ans. C'est lassant, à force.

Et puis ça s’éternise.

Et puis après on a les boules de pas pouvoir aller dîner avec les stars au Fouquet’s.

Et c'est agaçant tous ces gens qui remercient leur producteur avec des trémolos dans la voix alors qu'ils savaient TRES BIEN qu'ils allaient gagner.

Et puis après on se sent moche avec notre robe de chambre et nos pantoufles Gros Minet.

Et avec tout ça on a mangé trop de pizza.

Mais malgré tout, la cérémonie se taille la part du lion dans les audiences. Parce que parmi tous ceux qui disent « Oh ben non, je regarderai certainement pas », il y a toujours une bonne majorité qui se branche quand même sur Canal + en loocedé. Uniquement pour le plaisir de regarder la chaîne cryptée en clair ? Pas sûr…

Bonne soirée devant votre télé ! 

Posté par Noya_Noya à 19:00 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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14 février 2012

Les sites de rencontres

Aujourd’hui, c’est la Saint Valentin. Vous savez, cette fête commerciale trop rose, trop rouge et trop chocolatée qui a uniquement pour but de rappeler aux célibataires qu’ils sont de pauvres êtres abandonnés.

Avant, quand on était une âme désespérée esseulée, on attendait que nos parents nous présentent quelqu’un. On pouvait tomber amoureux dans la rue, comme dans Coup de Foudre à Notting Hill (sauf qu’on a toujours pas vu passer Hugh Grant), au bureau ou en boîte de nuit. Ensuite, il y a eu les rencontres par minitel. Les petites annonces dans les magazines. Les coups arrangés par les gens qui nous voulaient du bien. Maintenant, il y a les sites de rencontres.

Les sites de rencontres, autrement dit, les zoos sur Internet. Le principe est le même : vous payez votre ticket ou pas, vous entrez  et vous avez le choix entre vous extasier devant les oiseaux exotiques, avoir peur devant les fauves imposants, craquer devant les ours polaires, rire devant les hyènes et frissonner devant les reptiles.

Les sites de rencontres, ce sont des animaux qui ne sont pas en cage mais qui ne vous attaqueront pas car vous êtes bien en sécurité derrière l’écran de votre ordinateur. Donc pas de risque face à un bison un peu trop agressif, un gorille en rut ou un rhinocéros prêt à charger. La différence, c’est que votre promenade est intéressée. Vous vous baladez et vous regardez ce qu’il y a mais ce n’est pas juste pour vous distraire, c’est parce que vous recherchez un partenaire. Que ce soit pour partager une gamelle de foin ou pour vous reproduire, vous êtes en quête d’un spécimen et déployez à cet effet tous vos atouts. Oui, vous faites la roue comme un paon, c’est à peu près ça.

Pour cela, on vous demande de vous décrire. Taille, poids, couleur des yeux, des cheveux, style vestimentaire, âge, activités favorites du week-end, petites qualités et gros défauts… On vous propose de mettre une photo et c’est la croix et la bannière de choisir. Il y a toujours un truc qui cloche : soit vous êtes en maillot de bain et c’est l’exposition universelle, soit il y a votre ex à côté et il faut rogner la photo, soit on comprend que vous avez pris la photo à bout de bras dans votre salle de bains et ça craint, soit c’est la photo de votre badge d’entreprise… Rien que ça, c’est décourageant et vous avez parfois une furieuse envie de tout envoyer valser et de mettre une photo de tulipe.

Evidemment, vous avez envie d’appâter le galant alors vous faites comme en entretien d’embauche : vous enjolivez la réalité. Vous êtes une tête de mule dans la vie ? Sur le site vous êtes quelqu’un de « passionné et qui va au bout des choses ». Vous êtes une chieuse ? Vous devenez exigeante. Vous habitez chez vos parents ? L’indépendance est votre principale aspiration. Toutes les ruses sont permises pour pavaner dans votre cage virtuelle et attirer les mâles des alentours.

Une fois que votre profil est bien alimenté, vous n’avez plus qu’à remplir les critères pour définir l’animal qui sera le plus à même de partager un arbre perché avec vous. Le problème, c’est que ce sont les animaux en question qui sont parfois un peu perchés. Vous avez beau préciser dans votre recherche que vous êtes en quête d’un cygne délicat de 28 à 34 ans vivant dans Paris intra-muros, ayant un BAC + 5 et gagnant plus de 50 000 euros par an (comment ça vous en demandez trop ?), il y aura toujours un babouin de 47 ans résidant dans les Yvelines qui trouvera le moyen de vous aborder en vous proposant d’une manière un peu trop abrupte d’aller manger une banane de préférence la sienne.

Après bien sûr, ça varie en fonction du zoo où vous vous trouvez. Vous pouvez être dans un zoo spécial reproduction occasionnelle (Adopte un mec), un zoo communautaire (Feujworld, Inchallah.com), un zoo où il faut montrer patte blanche (Attractive World), un zoo spécial infidélités affichées (Gleeden) ou un zoo grand public (Meetic)… Mais finalement, c’est toujours le même manège : on se repère, on se flaire, on se parle et, si on semble se convenir, si le « feeling » passe bien (l’expression que tous les animaux ont au bec), on se donne rendez-vous au-delà des grillages du web pour passer de l’autre côté de l’écran et aller se renifler le derrière boire un Mojito dans un bar.

La suite ? Tout dépendra de vous. Mais faites en sorte que ça reste une histoire naturelle…

Plan cou

Posté par Noya_Noya à 00:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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31 janvier 2012

Le Nutella

Le marketing va trop vite pour moi. À peine avons-nous englouti notre dernière part de galette des Rois la trente-sixième du mois, à peine nous sommes-nous débarrassés des miettes de pâte feuilletée à la commissure de nos lèvres qu’on nous parle déjà de Chandeleur. Un soir, on rentre du travail et on trouve dans notre boîte aux lettres un catalogue Carrefour rempli de promotions pour les crêpières Tefal (anti adhésives), pour la farine Francine (anti grumeaux) et pour le Nutella (anti minceur).

Ah, le Nutella… Sérieusement, est-ce qu’on pourrait vivre sans lui ?

Oui, on pourrait. Mais ce serait quand même vachement moins bien, reconnaissons-le. Les tartines feraient la gueule et se lasseraient de leur relation monogame avec le beurre, les crêpes auraient de furieuses envie de divorce avec leur unique partenaire la confiture et les gaufres finiraient par larguer leur mari le sucre glace. Un sacré bazar gastro-conjugal. Et que dire des petites cuillères ? Elles s’ennuieraient ferme, obligées de se plonger tantôt dans un yaourt, tantôt dans une compote. Alors qu’une immersion dans un pot de Nutella maxi format tout juste acheté chez Monoprix, il n’y a rien de plus voluptueux pour toute petite cuillère qui se respecte. Mais c’est toujours un voyage dont on ne peut pas par avance connaître la durée... Il faut bien avouer que le Nutella et la petite cuillère ensemble, c’est un peu les Liaisons Dangereuses. Mais qu’est-ce que c’est bon !

"Bon", voilà le mot qui convient. Après, les publicitaires de chez Ferrero vont y associer d’autres adjectifs. Genre "sain". Genre le Nutella, c’est une cascade de lait avec des noisettes qui viennent se jeter dedans, doucement caressées par du cacao en poudre qui pleut par-dessus en nuage fin et délicat. Pas de présence visuelle de l’huile végétale partiellement hydrogénée ni de la lécithine de soja ou des émulsifiants, pas assez télégéniques. On les a coupés au montage, on les a envoyés chez Dukan. Non, ce qu’on veut, c’est montrer au monde entier que le Nutella est un produit réalisé à partir d’ingrédients frais, simples et naturels. Que c’est un aliment qui trouve harmonieusement sa place dans la pyramide des éléments essentiels à notre vitalité et notre bien-être et qui va rendre les enfants beaux, intelligents et obéissants.

Sauf qu’en réalité, le Nutella est loin d’être notre ami, diététiquement parlant s’entend. Je ne vais pas rentrer dans des détails peu reluisants, dans des tableaux de pourcentages inquiétants et dans des ratios protéines/lipides inquiétants... pas besoin de vous faire un dessin pour que vous compreniez que le Nutella est un ami qui veut ne veut que du mal à votre ligne de sirène. Le Nutella, il est toujours sur la blacklist des bonnes résolutions, c'est l'ennemi public numéro 1 des abdos fermes et des fesses haut perchées. Mais ça, nous le savons tous… et toutes. Alors pourquoi ? Pourquoi cet attachement, pourquoi ce nom qui caracole en tête de notre liste de courses, pourquoi ce pot invariablement présent même quand le placard et le frigo sont vides, pourquoi cette attraction, pourquoi cette addiction ?

Tout simplement parce que le Nutella, sous ses airs de tueur en série, est en réalité une précieuse ressource qui sait s’adapter à toutes les situations, même les plus extrêmes. Même quand tout le monde nous laisse tomber, il est toujours là, fidèle au poste. On se sent seul devant un DVD ? Il est là. Un chagrin d’amour et notre mère est sur répondeur ? Le Nutella sait y remédier. Une mauvaise journée au bureau ? Le réconfort en rentrant à la maison est au bout de la cuillère. Une dispute avec notre meilleure copine ? Un coup de cafard ? Une angoisse ? Des doutes ? Des craintes ? Une mauvaise passe ? Le moral au fond du trou ? Trop de chansons d'amour dans la tête ? Dans tous ces cas, le Nutella ne flanche jamais et sait, mieux que personne, nous réconforter.

Impossible pour lui de se défiler, d'annuler un rendez-vous ou de filtrer nos appels, il est présent. Il sait nous consoler, quelle que soit l’heure et quel que soit l’endroit. Et le Nutella ne nous juge jamais. C'est un modèle de tolérance. Il ne nous engueule pas si on a recours à lui à une heure du matin, assis sur le carrelage froid de la cuisine. Il reste toujours fidèle à lui-même, fondant, doux et crémeux. Et son goût, toujours le même depuis qu’on a trois ans et demi, ne perd jamais une once de ses qualités nutritives. Le Nutella, finalement, c'est un peu notre meilleur ami en pot.

Posté par Noya_Noya à 16:00 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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