A bientôt 28 ans, à l'âge où la plupart de mes amies sont en couple, mariées, en cours de reproduction ou déjà mamans, je ne peux, pour ma part, cocher aucune de ces propositions. Moi je suis embarquée dans un bateau qui tangue un peu trop et qui n'arrivera sans doute pas à bon port. Ainsi va la vie.

Pourtant, je suis jalouse dès que je croise une femme enceinte, je bave devant les albums photos de mariage sur Facebook, je suis gaga devant les vêtements pour bébé, j'ai fait du baby-sitting toute mon adolescence... En fait, j'ai toujours cru que j'étais faite pour avoir des enfants. Les élever, les chérir. Après tout, que peut-il y avoir de plus beau qu'un être créé par l'homme que j'aime et moi-même ? Voilà la pensée qui m'habitait. J'y croyais dur comme fer. Un enfant, c'est une bénédiction. La plus belle chose qui puisse arriver à une femme. J'ai même une amie qui m'a dit -en me voyant jouer avec son fils - que j'étais prête. Ouais, prête.

Et puis je suis partie en vacances. Et tout a changé.

Pendant une semaine, j'ai vu des couples plus jeunes que moi avec un ou deux enfants en très bas âge. Le mari blasé, qui s'en occupe à peine parce qu'il préfère voir ce qu'il se passe du côté de son BlackBerry (ses emails du boulot ? les textos de la stagiaire avec qui il trompe sa femme ? un site porno ? ou de poker en ligne ?). Et à côté, la femme, trop jeune pour être mère. La grossesse a prématurément empâté sa taille, elle engueule sa fille sans conviction, lui met vaguement de la crème solaire et l'accompagne à contre-cœur jouer dans l'eau. Ah merde, elle a oublié les brassards. Elle a 25 ans, il n'est pourtant pas si loin le temps où son activité principale consistait à s'enduire le corps d'huile Johnson & Johnson pour bronzer plus vite. Mais elle a troqué sa vie de jeune fille contre celle de maman. Un peu trop rapidement peut-être. Sans savoir où elle mettait les pieds. Et elle est un peu dépassée par la situation.

J'ai vu des soupirs de lassitude, entendu des plaintes, assisté à des engueulades. J'ai même été témoin de scènes de fessées, de claques et autres moments de non-droit, sans doute liés à un débordement interne. Je sais que c'est facile de faire un raccourci comme je suis en train de le faire, je sais que ces couples doivent passer des moments merveilleux avec leur progéniture, que leur famille est la plus belle chose qui soit, qu'ils sont heureux, qu'ils s'aiment... Mais plus ça allait, moins l'envie de materner m'enchantait.

Et aujourd'hui, je sais que je ne suis pas prête. Du tout. C'est dur à avaler mais je me suis auto-convaincue tout ce temps avec une idée fausse. Je ne suis pas faite pour ça. Point barre.

Et puis j'ai lu cette phrase, qui a achevé de me convaincre. Moi, la sushivore, qui suis née entre une tranche de saumon et une feuille d'algue. Moi qui ai besoin de ma dose de Planet Sushi comme un fumeur de crack a besoin de son caillou, sa pipe et son briquet. Moi qui me fais des perfusions de sauce soja. J'ai lu ceci et ma théorie de non-reproduction s'est confirmée :
Pour la femme enceinte, le poisson cru est fortement déconseillé, voire proscrit.

CQFD