Avez-vous remarqué à quel point les expressions terminant par "du dimanche" sont négatives ? Sportif du dimanche, conducteur du dimanche... Comme si les choses qu'on faisait le dimanche, on les faisait mal. Tant d'acharnement sur ce pauvre jour, c'est franchement pas juste. Déjà que c'est le dernier de la semaine, qu'il se traîne lamentablement après un samedi fier comme un bar tabac, alors si en plus on l'accable de la sorte !

Et puis il faut quand même se rendre compte d'une chose : le dimanche est le seul jour de la semaine qui ne se termine pas par "di". Pourquoi ? Les six autres se ressemblent tous, ils sont bien contents tous ensemble et regardent le dimanche en se moquant de sa terminaison singulière. Pauvre dimanche ! Isolé et exclu, c'est un peu un Caliméro hebdomadaire.

Enfin, il faut bien dire ce qui est, le dimanche n'est pas spécialement le jour où on kiffe le plus la vibes. Il commence généralement assez tard le matin (avec ou sans gueule de bois), il continue avec des animations pas franchement follichonnes (avec ou sans déjeuner chez la belle-famille), se poursuit avec des activités parfois chiantes (avec ou sans la sainte trinité dominicale ménage/rangement/lessive) et se finit invariablement avec une sensation de blues intense. Ce phénomène a été clairement identifié, étudié et défini par de très sérieuses équipes de chercheurs, il s'agit de la DDDS : la Déprime Du Dimanche Soir.

Qui n'a jamais vécu ça ? Cette désagréable sensation de fin, un peu comme si la récréation était finie. En fait c'est juste le week-end qui est fini. Ces deux petits jours et demi que l'on apprécie plus que tout au monde, cette parenthèse au bout de la semaine où l'homme d'affaires laisse son PC professionnel éteint, où l'écolier range son cartable. Ces deux jours et demi où on n'a pas d'heure où se coucher, où on fait (presque) ce qu'on veut de sa journée, où on n'a pas à supporter ses collègues et leurs blagues lourdes. Le week-end, c'est un peu le sas de décompression de la semaine. On fout à la porte le stress, l'angoisse, les dossiers urgents et les présentations PowerPoint à boucler. Allez zou, tout le monde dégage, on se retrouvera lundi matin au bureau. D'ici là, fichez-moi la paix.

Sans vouloir citer Marc Lévy, et si c'était vrai... Si seulement on pouvait se replonger dans cette ambiance morose le lundi matin ! Le problème c'est que, dès le dimanche soir, ça sonne à la porte et tous les affreux qu'on avait virés il n'y a pas si longtemps sont déjà là, avec la tente Quechua et le sac de couchage (et les Tupperware pour s'inviter à dîner avec vous et vous pourrir votre repas). Les enflures. Impossible de passer un dimanche soir tranquille, vous êtes déjà replongé dans la reprise du lundi alors que vous n'y êtes pas encore et que vous pourriez pourtant profiter d'une bonne petite soirée, comme une sorte de dernière chance.

Mais non, ça ne marche pas ! Et ce n'est pas faute d'avoir essayé... Retarder l'instant, faire mentalement l'autruche et se persuader qu'on ne va pas au travail demain. Finalement, il manque un jour entre le samedi et le dimanche... Et comme nous, pauvres humains, n'avons pas la faculté de créer un jour supplémentaire, il existe quelques feintes pour adoucir le méchant phénomène :

- prendre une RTT le lundi (peut-être un peu dur à reproduire toutes les semaines)
- prendre une semaine de vacances (encore mieux, mais encore plus dur à reproduire toutes les semaines)
- commander des sushis (méthode souvent utilisée et actuellement en cours d'application)

Et vous verrez, les sushis du dimanche se transformeront rarement en soucis du dimanche. Non, les soucis attendront lundi.