Bon ça y est, nous sommes maintenant en plein Pessa’h et je ne peux que commencer ce billet en vous disant officiellement Hag Sameah. Traduction instantanée (pour ceux qui n’ont pas fait Hébreu LV2) : Bonnes fêtes.

 

Je vous avais laissés à la presque fin de l’histoire de Pessa’h avec la sortie d’Egypte. Et là, vous vous étiez dit que le récit était terminé et qu’aujourd’hui on allait parler de bouffe. Finalement vous êtes un peu comme moi, vous ne pensez qu’à manger. Mais je ne vous jetterai pas la pierre (parce que ça reviendrait à m’auto-lapider). En réalité, on n’a pas tout à fait fini l’histoire. Mais je vous rassure, il ne reste pas grand-chose.

 

Donc, Pharaon a finalement donné le go au peuple hébreu pour un aller sans retour en Israël. Tarif de groupe, familles nombreuses, enfants en bas âge, personnes âgées, risque de canicule, gros excédents de bagages et tout. Autant vous dire qu’aucune compagnie de transport ne veut assurer le voyage donc tout le monde se motive pour y aller à pied.

 

Le souci (car oui, il y a toujours un souci, c’est pas le tout d’être libres, hein), c’est qu’il faut un peu se magner le train pour décamper de chez Pharaon. Faire ses bagages et tout mettre en vrac dans une grosse Desley c’est pas trop un problème mais il y a le pain qui est en train de cuire, là. On fait quoi du coup ? On va pas gâcher ? Eh bien, qu’à cela ne tienne, on l’embarque tel quel. Du pain non-levé. On se débrouillera avec ça une fois dans le désert. Allez hop, tu prends ton manteau, on s’en va. 

 

Et c’est donc pour cette raison que, pendant Pessa’h, nous ne mangeons pas de pain. Ni de pâtes, de céréales, de gâteaux, de pizzas… Bref, toutes ces choses à base de farine levée dont on adore se gaver sans limites. Toutes ces choses dont on se fout éperdument toute l’année mais qui, pendant ces huit jours, deviennent subitement une obsession. On se réveille en sueur après avoir rêvé de gaufres, on a des envies de meurtre quand on croise un personne avec une Baguépi tradition à la main, on vendrait sa mère pour un paquet de Granola… bienvenue dans la psychose de Pessa’h.

 

La psychose de Pessa’h inclut également une haine sans bornes du pain azyme. Sérieusement, vous connaissez un truc aussi mauvais que le pain azyme ? Personnellement, non. Le pain azyme, également appelé galette ou matsa, peut se présenter sous plusieurs formes : version fine, version épaisse ou version farine (de la galette écrasée, quoi). Mais bon, faut pas se laisser abuser par cette apparente diversité, le goût (ou plutôt l’absence de goût) ne change pas. Ça reste infect. Petite note trash : le pain azyme et les intestins ne s’aiment pas. Du tout. Et je ne dirai que ça car je ne tiens pas à me répandre sur ce sujet trop personnel que chacun vit à sa manière. Je terminerai le chapitre en précisant que le taux de haine vouée au pain azyme est proportionnel à la sensation de manque. Ça va de soi.

 

Face à ce manque, il faut préciser deux choses : la première, c’est que huit jours, c’est clairement pas la mort. Quand on sait que nos ancêtres ont galéré dans le désert pendant 40 ans (surtout après avoir traversé la mer Rouge à pied, en plus), on devrait quand même s’estimer heureux, non ? Huit jours, finalement, c’est que dalle. Personnellement, vous me dites que je dois prendre un abonnement exclusif pain azyme pour les prochaines 40 années de ma vie, je préfère en finir tout de suite et me pendre avec du fil dentaire, je vous le dis direct. Alors que bon, huit jours c’est quoi ? Rien. Ou presque. Enfin on s’en remet, quoi.

 

Deuxième chose : on manque de pain, certes, mais on ne manque pas beaucoup d’autres choses. Entre les pommes de terre, le riz, les légumes, aucune interdiction pour la viande, le poisson, le chocolat et l’alcool… on n’est franchement pas à plaindre, non ? Moi de toute manière, tant qu’on ne m’interdit pas de manger des sushis, je n’ai aucune revendication. Bon, c’est vrai qu’on kiffe pas spécialement la vibes quand on est au bureau et que les collègues reviennent de leur pause déjeuner avec une tarte Tatin pour le dessert, un flan ou un petit moelleux au chocolat. D’où l’utilité de ne pas bosser pendant Pessa’h. Mais bon, à part ça, on peut manger plein de choses ! Il n’y a qu’à voir les kilos de nourriture qu’on s’envoie gaiment les deux premiers soirs. Déjà, on a droit à la Sainte Trinité de l’apéro tunisien : boutargue, chips et pistaches. Rien que ça, n’est-ce pas déjà extraordinaire ? Un petit verre de citronnade pour accompagner le tout et on a déjà plus faim. Mais bon, notre tante et notre cousine ont cuisiné donc on va pas bouder les salades (carottes au cumin, pommes de terre/oeufs, navets, caviar d’aubergine et magbouba) le msoki (jardinière de légumes), le riz avec le poulet, le foie, les artichauts, le fenouil. On voudrait surtout pas qu'elles se vexent, elles ont passé trop de temps en cuisine ! Et puis disons les choses telles qu'elles sont, c’est tellement bon…

 

Ça y est, l’estomac affiche complet, il pensait même pas qu’il pouvait contenir autant (incroyable, il se dit la même chose tous les ans). Il a même embauché un vigile à l’entrée pour que plus personne ne rentre. Sauf que le vigile est faible, très faible. Et que, quand arrivent les douceurs, il se fait avoir et laisse tout ce beau monde entrer dans l’endroit pourtant déjà plein comme un concert d’André Rieu au Zénith en décembre. Allons-y Messieurs-Dames… Du thé à la menthe avec des pignons ? Passez. Des petits congolais ? Par ici, je vous en prie. Boules au miel ? Mais oui, entrez. Du bouskoutou ? Prenez l’entrée de service, c’est là. Du fondant chocolat/crème de marron ? Mais certainement, allez-y. Voilà. On vient officiellement d’atteindre le poids d’un baleineau à bosse du Pacifique Nord alors qu’on est supposés se priver.

 

Tout ça pour dire que finalement, Pessa’h c’est vraiment pas la mer (rouge) à boire…

Bonne délivrance !