Avec le retour des beaux jours, le besoin d'être mince et bronzé devient plus fort qu'une envie de roquefort. Bon, bien sûr qu'il y a une part de pression sociale (voir ici pour rappel) mais il y a aussi cette envie irrépressible d'oublier l'hiver et de ne pas avoir honte le jour où on s'exposera en petite tenue à la face du monde au mois d'août prochain sur la plage des Sables d'Olonne ou du Cap d'Agde (surtout au Cap d'Agde, remarquez). Pas question de ressembler à une orque de la péninsule Valdes et de risquer de vous faire railler par les enfants qui demanderont avec innocence à leur mère pourquoi la chair de votre ventre remue quand vous marchez.

Bon, pour les régimes, on a le choix. Faites un tour au Relai H du coin et observez les unes des magazines féminins : il n'y a que ça au programme. Pour le bronzage, la solution idéale pour qui n'a pas de terrasse ou de jardin est la piscine de plein air.
Note : c'est vrai qu'il y a aussi les parcs et les jardins publics mais le port du maillot dans ces endroits est peu recommandé, croyez-en ma triste expérience.

Donc, la piscine découverte. Un endroit couvert le reste de l'année et auquel vous n'accordez aucune attention car qu'y a-t-il de plus traumatisant que d'aller faire des longueurs en plein hiver ? Le bassin qui est un bouillon de microbes, les boulets qui nagent trop lentement, les douches qui ne marchent pas ou qui sont glacées, les cabines exiguës, les sèche-mains en guise de sèche-cheveux et, bien souvent, un bon rhume à la sortie. La piscine l'hiver, c'est un peu un gros cauchemar. Mais là, c'est le printemps, bientôt l'été, et pour la peine, la piscine vous propose un striptease : allez hop, on fait sauter le toit et on expose son bassin à l'air libre. Waouh, le rêve.

Vous voilà donc un samedi matin, réveillé pas trop tard et avec l'envie de dire adieu à votre peau blanche comme un lavabo en faïence. Rien de prévu aujourd'hui, vous décidez donc d'aller à la piscine. Vous prenez votre crème solaire, votre maillot le plus joli, le dernier Guillaume Musso (Christiane vous a dit qu'il était captivant) et votre bonnet de bain. Votre bonnet de bain ? Comme si vous alliez nager, espèce d'hypocrite. Mais ce n'est pas à moi de vous faire la leçon. Si vous y pensez, prenez votre shampooing, vous en profiterez pour vous laver les cheveux sur place, c'est toujours ça d'économisé en eau chaude.

Vous voilà donc devant la piscine. Il n'y a pas encore de queue car il est à peine 13 heures. Mais attendez un peu et vous verrez, ce sera bientôt noir de monde au guichet. Surprise, le prix de l'entrée a doublé. Comme c'est mesquin ! Et le pire, c'est que le temps est limité ! Vous ne pouvez rester que deux heures. Si vous restez plus, vous payez le prix d'une place par heure supplémentaire passée. A titre d'exemple (et parce que ça ne fait pas de mal de dénoncer certaines escroqueries), à la piscine parisienne Josephine Baker, vous payez 5 € l'entrée pour deux heures. Si vous débordez de deux heures, vous aurez 10 € de supplément dans la gueule. Bam. 15 € pour quelques heures de piscine, autant aller à l'Aquaboulevard. Moralité : soyez vigilant.

Mais bon, pour le moment, l'heure n'est pas aux calculs d'apothicaire mais à la détente sous le soleil exactement. Vous avez mis plein de traces d'huile solaire sur les pages de votre livre (comme c'est dommage), l'inclinaison de votre transat est optimale, pas un nuage dans le ciel, vous n'êtes pas allé faire une seule brasse, l'odeur du monoï et de l'Ambre Solaire fait flotter dans l'air un doux parfum de vacances, vous fermez les yeux et c'est comme si vous étiez au bord de la mer... bref, vous êtes au top de votre vie. Sauf qu'il y a du monde qui commence à arriver... et là vous pouvez dire adieu à votre tranquillité.

Mais qui sont les gens qui fréquentent les piscines en plein air le week-end ? Les familles plus ou moins nombreuses avec le papa absent qui lit un journal et la maman occupée à crémer les enfants, les surveiller dans l'eau, les appeler pour le goûter, les re-crémer, attraper les chapeaux qui s'envolent. La pauvre, elle a même pas le temps de lire son Elle. Les bandes de copines qui parlent fort de leurs histoires de mecs. Elles se font tourner leurs téléphones, han et là t'as vu ce que je lui ai répondu ? Oh la la, et lui alors, il a dit quoi ? Raconte ! Elles ne vont pas nager non plus, elles sont juste venues pour étrenner leur nouveau maillot Etam et se badigeonner de graisse à traire. Pas beaucoup d'hommes seuls. Soit ils sont là avec leur chérie qui les a forcés à venir et qui insiste pour qu'ils daignent mettre un peu d'indice 30 sur le bout du nez. Et enlève ton T.shirt, Loulou, sinon tu vas avoir la marque. Soit ils sont là avec un pote, planqués sous une casquette et des lunettes pour mater les quelques pétasses qui font du topless. Quelques jeunes femmes seules, juste accompagnées d'un spray Nivea et d'un iPod. Quelques racailles venues choper un ou deux 06. Des dames qui ont le syndrome Demi Moore et qui, malgré leur âge avancé, viennent bronzer leur épiderme déjà cramé par les séances d'UV. Maillot de bain indécent (parfois sans le haut, souvent rouge, toujours échancré) cheveux secs comme de la paille, grosses lunettes siglées et quincaillerie à tous les étages (boucles d'oreilles, colliers, bracelets, bagues, piercing au nombril et chaîne de cheville). Un peu de lecture ? Oh oui, elles ont Voici ou Gala, naturellement. Les maîtres nageurs surveillent tout ce petit monde derrière leurs lunettes de soleil, draguant de temps à autre une sirène chlorée.

Il est quand même assez incroyable de constater une chose : alors que la moyenne des Français (et surtout des Françaises) complexent à mort sur leurs petits et gros défauts, on dirait que toute gêne s'envole une fois à la piscine. Bas de maillot ultra mince laissant apparaitre cellulite installée, varices violacées et veines bleutées, haut de maillot absent laissant apparaitre une poitrine flétrie et tombante, bras relevés et jambes écartées laissant apparaitre des locataires capillaires indésirables... Mais ça ne dérange personne, tout le monde s'en fout. Eh oui, à la piscine, le problème c'est que tout le monde est en maillot de bain, mais que le maillot de bain, ça ne va pas à tout le monde.

Autre paradoxe : tout le monde met de l'huile ou, le cas échéant, de la crème avec un indice de protection extrêmement bas. Et pourtant, tous les individus ne peuvent pas se targuer d'avoir un taux de mélanine suffisant pour être protégés des UV. Certains sont même aussi blancs que des draps lavés avec Ariel + et feraient mieux de carburer à l'écran total. Mais savent-ils que chair claire + exposition avant 16h + huile = gros coup de soleil assuré ? Peut-être. Mais pourquoi se soucier de son capital santé après tout ? On en reparlera au prochain mélanome...

Finalement, la piscine en plein air le week-end, c'est un vrai tableau moderne : ça bronze plus que ça nage, ça parle ou ça fait la sieste, ça lit, ça joue, c'est bruyant... Mais essayez de venir un jour de semaine et vous verrez la différence. Le public n'est plus le même. Les cougars sont toujours là, c'est la seule donnée inchangée dans l'équation (pardonnez-moi d'employer des termes matheux, c'est le soleil qui tape trop fort). Sinon, il y a des étudiants qui n'ont pas cours, des chômeurs qui n'ont pas d'horaires, des couples qui n'ont pas envie de rester se faire chier chez eux, des touristes qui ont déjà vu la Tour Eiffel, des gens seuls qui avaient la flemme d'attendre qu'un ami potentiel veuille enfin les accompagner, des petites vieilles qui jouent aux cartes... Une chose est certaine : c'est plus calme. Et ça fait du bien de profiter de ces vacances improvisées.

Profitez-en, vous retournez au turbin demain...