"T'étais où ?" vous demande la personne avec qui vous vivez un soir où vous rentrez un peu tard.
"Je suis passé chez Monop', j'avais deux-trois bricoles à acheter". 
Qui n'a jamais prononcé cette phrase ? Qui n'a jamais vécu cette situation ?


Oui, c'est vrai, vous étiez chez Monoprix. Vous voilà en train de vous justifier. A la base, c'était juste pour acheter du coton car il ne vous en restait plus. Juste un paquet de coton, j'en ai pour 5 minutes, c'était votre louable intention en entrant dans le magasin. Vous vous êtes quand même autorisé un crochet par d'autres rayons... Tiens, il sent bon ce gel douche au monoï... Oh, il est trop joli ce petit T.shirt... 50 point S'Miles crédités sur mon compte si j'achète un paquet de Choco Trésor, pas mal... Han, mais c'est quoi cette nouvelle crème ? 0,30 euros de réduction en plus, ça ne se refuse pas... Ah, j'ai plus de chaussettes, celles-ci sont très bien... Plus de Bressaola non plus, allez hop, je prends deux paquets... Et voilà comment vous vous êtes retrouvé avec deux sacs bourrés à craquer, comment vous avez failli oublier les Demak'Up, et comment vous êtes soudain accusé d'infidélité. Oui, ça fait beaucoup.

Mais comment en êtes-vous arrivé là ? Comment expliquer cette incroyable attraction que l'enseigne exerce sur nous alors même qu'on sait qu'on paye plus cher qu'ailleurs et qu'il y a toujours du monde aux caisses ? Penchons-nous sur le sujet et essayons de comprendre ce phénomène.

Premier argument : la proximité. Bah oui, quel que soit l'endroit où l'on est, il y a toujours un Monoprix pas loin. Pas loin de chez soi, pas loin des potes chez qui on va, pas loin du boulot, pas loin du ciné... Bref, ils sont partout ! Qu'il s'agisse d'un Monoprix classique ou d'un Daily Monop (le petit frère hype qui nous a presque fait oublier la disparition de Marks & Spencer), on sait qu'il y en aura toujours un sur notre chemin. Alors oui, ça donne une bonne raison d'y aller. Parce qu'on pourrait bien aller chez Carrefour, c'est certain. Mais... comment dire, c'est un peu loin. Et qu'on a franchement pas envie de passer de l'autre côté du périph. Pas ce soir. Une autre fois, peut-être...

Ensuite, Monoprix c'est bien parce qu'on trouve toujours ce qu'on cherche. Et même parfois plus. Quand on y va, on est absolument certain qu'on va trouver le yaourt Danone 0% aux fruits mixés dont on a vu la pub le matin même. Le nouveau déodorant Bourjois qui limite la repousse des poils. Les petits sablés Michel & Augustin au piment d'Espelette. Un doudou pour le bébé de notre copine chez qui on va dîner. Le sentiment est d'autant plus appréciable quand on a plusieurs fois fait la désagréable expérience du rayon vide un mardi soir au Auchan Bel Est à Bagnolet. Au moins, chez Monop', les linéaires sont toujours bien remplis. Et ça, c'est quand même un détail de poids quand on va faire ses courses.

Autre avantage : ça ferme tard. Alors oui, les hypermarchés de banlieue aussi ferment tard, c'est vrai. Mais entre une demi-heure de bus et cinq minutes de marche, le choix est vite fait, non ? Avouez... n'est-ce pas un réel plaisir de pouvoir déambuler allègrement dans des allées désertes à 21h30, le coeur léger et le panier plein ? C'est vraiment pratique pour les victimes du travail gens qui bossent tard et qui n'ont pas d'autre créneau pour aller faire leurs emplettes. Comme moi. Et comme vous aussi, non ?

Ils donnent encore des sacs plastiques à la caisse (oui, c'est vrai que ce n'est pas très écolo, mais en attendant, on met quoi dans la poubelle, hein ?).

Quoi d'autre ? Les produits Monoprix ont la classe. La preuve : vous vous voyez débarquer chez des amis avec des chips Leader Price ? Bon, c'est vrai que vous l'avez déjà fait mais c'est pardonné, vous aviez 17 ans et peu d'argent de poche. On parle de maintenant. Maintenant que vous avez un vrai salaire. Honnêtement... vous le feriez ? Non, pas trop, ça fait pas super. Mais arriver avec des produits estampillés Monoprix, aucun problème. Moins chers que les produits de marques, ils sont en général super bons - voire meilleurs - (la rouille à la sétoise à 1,77 euros est une tuerie), souvent originaux et d'excellente qualité (surtout les produits Monoprix Gourmet). 

Cerise sur le gâteau, l'équipe Marketing a frappé un grand coup depuis 2010 en relookant une bonne partie des produits distributeur. Le crédo ? Des couleurs gaies, un conditionnement simple mais efficace et une petite phrase humoristique sur l'emballage. Exemple : sur la bouteille de shampooing à l'huile de riz et au beurre de mangue - saluons au passage cette admirable composition digne de The Body Shop - on peut lire la phrase "Une vraie nounou pour vos cheveux". Sympa, rigolo et léger, du coup on achète et on repose le flacon L'Oréal. Il n'en faut pas plus ! Bon, ça cafouille parfois, notamment avec la phrase sur les paquets de verveine "L'infusion qui vous fait oublier qu'on ne vous a pas augmenté cette année" qui avait fait scandale chez les employés de l'enseigne. Mais personne n'est parfait. Et ça fait du buzz !

Un dernier mot sur les pubs qui jouent la carte de l'humour, du décalé et de la fraîcheur avec toujours un bon jeu de mot bien senti et une phrase percutante, le tout sur un fond vif et multicolore et écrit en bien gros pour qu'on puisse lire, même de loin. Le marketing, ça a son importance, et ce n'est pas Steve Jobs qui dira le contraire.

Alors voilà comment une marque qui avait pourtant vraiment mauvaise réputation il y a quelques années  - avez-vous chanté, étant enfant Au Monoprix, les biftecks sont pourris (et les garçons aussi) ? - est devenue aujourd'hui une enseigne branchée, plébiscitée par les bobos parisiens, les jeunes cadres dynamiques pressés, les personnes âgées moins pressées, les mamans exigeantes et les enfants gourmands. Communication, packaging, qualité, proximité et nouveautés... et le tour est joué !

Monop' forever !