Oui, je sais que j’ai déjà écrit quelque chose sur les sushis, c’est vrai. Je n’ai pas la mémoire si courte, rassurez-vous. Mais aujourd’hui, il ne s’agit pas des sushis du dimanche, ces mini bouées de sauvetage  culinaires qui arrivent toutes prêtes à la maison dans un sac en papier, tels de super héros volant au secours de notre dimanche pourri. Là, j’ai plutôt envie de parler du restaurant japonais.


Vous savez, le petit resto en bas de chez vous tenu par des Chinois ou des Coréens. Le petit resto qui s’appelle souvent Sakura ou Sushi Tokyo, avec une devanture sobre - si on fait abstraction des lanternes qui pendent - et le menu placardé sur la vitre. Le petit resto où vous êtes accueilli comme si vous étiez l’ambassadeur de la pub pour Ferrero Rocher. A peine la clochette de l’entrée a-t-elle retenti que tout le personnel est au taquet pour vous : grands sourires, "Bonsoir" dynamique et hochements de tête pleins de bienveillance. A la caisse, derrière le comptoir, en salle, tout le monde s’est arrêté pour vous saluer avec un profond respect. Rien que ça, ça fait plaisir et ça donne envie de s'enrouler dans une feuille de nori.


Généralement, on vous apporte rapidement le menu et des serviettes chaudes avec lesquelles vous vous brûlez plus que vous ne vous nettoyez les mains. Ah, qu’est-ce qu’elles sentent bon ces serviettes ! Elles débouchent bien le nez quand on est enrhumé en plus… Mais vous vous posez toujours la question : comment ils font pour les plier comme ça ? Vous avez beau essayer de les remettre du mieux que vous pouvez à chaque fois mais vous n’y arrivez jamais, c’en est désespérant.


Cet incident passé, vous pouvez vous concentrer sur le menu illustré de photos. Le menu qui est souvent un joyeux méli-mélo de chiffres et de lettres. Laurent Romejko doit s’y sentir comme chez lui. Alors… vous êtes plutôt d’humeur brochettes ou poisson cru ce soir ? Plutôt menu M14 ou menu Z32 ? Vous avez du mal à choisir ? Pas de problème, essayez le menu mixte ! Le N118 devrait faire l’affaire. Il y a des California Rolls au saumon + quatre brochettes. Oui, mais le menu F6 a l’air pas mal non plus, il y a un bol de riz en plus…


Vous êtes en plein dilemme cornélien quand le serveur, qui est adorable, vous apporte un petit cocktail maison en attendant. C’est bon, le cocktail maison : c’est de l’Oasis ou du jus multivitaminé servi dans une flûte à champagne. Et ça vous laisse le temps de faire votre choix. Finalement, vous allez prendre un menu C95 et vous demanderez à remplacer la brochette poulet par une bœuf-fromage. Parce qu’il n’y a rien de meilleur que les brochettes bœuf-fromage, personne ne peut le nier (et certainement pas moi).


Vous avez à peine commandé que vous avez déjà devant vous une soupe miso et un petit bol de crudités. Vous commencez toujours par la soupe mais comme elle est hyper chaude et que votre langue vient de brûler, vous vous rabattez sur le trio choux/carottes/concombre bien frais. Il y a déjà un assaisonnement à base d’huile de sésame mais ça ne vous empêche pas de rajouter une raisonnable rasade de sauce soja. D’ailleurs, vous vous êtes encore trompé et avez confondu la sauce salée avec la sauce sucrée. Pourtant d’habitude il y a toujours une petite étiquette rajoutée sur la bouteille pour vous guider. C’est pas grave. C’est bon quand même.


La salade et la soupe sont ensuite suivies du poisson cru, puis des brochettes. Et quand vous avez fini, que vous avez le ventre si plein que vous refusez un dessert décongelé, vous avez pourtant bonne conscience. Pourquoi ? Parce que tout le monde le dit : le japonais ça fait pas grossir. Bon, c’est vrai que le poisson cru c’est sain et que la soupe et les crudités c’est léger. Mais on ne peut pas en dire autant du demi-litre de sauce soja super salée dont vous avez arrosé le tout, ni des brochettes. Mais peu importe, vous avez bien mangé, vous avez le sentiment d’avoir fait du bien à votre corps et vous vous êtes fait plaisir. C’est le principal.


Parfois, vous avez droit à un petit godet de saké "offert par la maison" et des petits bonbons avec l’addition. Histoire de la faire passer plus facilement ? Pas du tout, les prix sont généralement très corrects. Vous sortez du resto, escorté par le personnel qui vous dit Merci, au-revoir ou Au-revoir, merci. Si vous êtes un habitué des lieux, c’est Merci, à bientôt ou A bientôt, merci. Mais dans tous les cas, le sourire du début est toujours là. Après un dernier coup d’œil au gros chat blanc à la patte levée à l’entrée, vous partez.


C’était sympa. Moins cher que les sushis livrés, beaucoup moins de temps à attendre et puis ça vous a fait sortir de chez vous au lieu de rester à zoner sur votre PC. Vous reviendrez.