Heureux vacanciers aoutiens, passez votre chemin, ce billet n'est pas pour vous. Vous pouvez rester et lire, hein, je ne vais pas vous en empêcher ! Sachez juste que ça ne vous parlera pas trop. 

Amis juilletistes, rentrés trop tôt de vacances, revenus au travail juste quand tous vos autres collègues viennent de prendre le large, soyez les bienvenus ! Je n'ai pas de remède miracle contre le mal qui vous ronge mais au moins, je suis là et je partage votre peine. C'est toujours bon à prendre, non ?

Le mois d'août à Paris est un mal extrêmement sournois qui frappe toute personne parisienne passant tout ou partie du mois dans la capitale. Déprimant, interminable, c'est une sorte de purgatoire à l'enfer qu'est la rentrée de septembre. Mais pourquoi ? La preuve par cinq :

Les transports en commun
On serait tenté de croire que, comme ce sont les vacances et que tout le monde est parti, on va pouvoir se la couler douce dans des rames vides. Mais que dalle ! En août, les transports ne désemplissent pas pour la simple et bonne raison que les voyageurs habituels (étudiants et travailleurs) sont remplacés par des stocks tout frais de voyageurs inhabituels (touristes nationaux et internationaux). Différence notoire entre la première et la deuxième catégorie de voyageurs : l'accent, la langue... et les bagages ! Eh oui, un attaché case, ça prend moins de place qu'une valise ou un gros sac.

En plus, comme on a de la chance, la RATP a mis en place ses horaires d'été. Vous savez, ce truc génial qui fait que, quand on rate une rame, faut attendre la suivante dix minutes. Et encore, je ne parle que de métro. Avec le RER, c'est encore pire. Et je ne parle pas des bus...

Et, tant qu'à faire, autant que ça soit bien pourri jusqu'au bout, il n'y a même plus de magazines gratuits qui traînent et qu'on pourrait lire en cas d'ennui (ou de panne de batterie d'iPhone). Allez, courage, plus que deux stations !

Les commerces
Pourquoi les commerçants et les restaurateurs n'auraient-ils pas le droit, eux aussi, de prendre un peu de repos ? Hein ? Ce pauvre Giuppi qui travaille sans relâche à la Villa Medicis de Napoli aimerait bien souffler et aller retrouver ses cousins en Italie, vous ne croyez pas ? Alors oui, le restaurant sera fermé jusqu'au 5 septembre pour congés. Voilà ce qu'on lit sur la porte de notre QG alors qu'on avait prévu un bon petit dîner avec quelques amis (restés à Paris par miracle). Et le petit resto thaï rue François Miron ? En vacances. Réouverture en septembre. Merci de votre compréhension. Non mais c'est quoi cette ville-fantôme ?

Note : ceci n'est pas valable pour les grands distributeurs comme Auchan et Carrefour qui, tels de vaillants soldats, ne lâchent rien et restent ouverts même le 15 août. Si vous voulez vous enfoncer un peu plus au fond du trou, vous pouvez aller y faire un tour, toutes les affaires pour la rentrée des classes sont déjà installées. 

La famille et les amis en vacances
Qu'est-ce qu'on se sent seul !!

La météo
Deux cas de figure. Soit il fait chaud et on a juste envie de mourir. Le casse-tête pour trouver une tenue pas trop chaude mais décente (le port de la jupe à fleurs ou du micro top est risqué), l'angoisse de l'aisselle transpirante du voisin dans le métro, le choc thermique quand on sort de son bureau climatisé, l'insupportable mélange de la pollution et de la chaleur écrasante, l'envie terrible d'être au frais dans une piscine alors qu'on est en train de décéder à petit feu dans son salon sans balcon... On aurait presque envie qu'il pleuve, tiens.

Sauf que quand il pleut, c'est encore pire. On a l'impression d'être en novembre. A la mer, on peut quand même aller se promener, c'est même plutôt romantique une balade sous la pluie sur le sable... Ben ouais mais à Paris, le bitume mouillé ça n'a rien d'excitant et c'est même parfait pour glisser si on est en vélo. Quand il pleut, Paris a l'air encore plus gris et est juste égayé par les capes de pluie jaune flashy des touristes qui ne se découragent pas. Joie.

Au bureau
En août, l'activité ralentit. Et du coup, on s'ennuie un peu. Beaucoup, même. Après avoir vérifié cinq fois que notre téléphone n'avait pas sonné, posté trois statuts différents sur Facebook (et commenté toutes les photos de nos amis en vacances), regardé des vidéos inintéressantes sur Youtube (on a juste suivi les recommandations à droite tellement on savait pas quoi faire d'autre), passé des coups de fil perso pour s'occuper un peu, on a l'impression de tourner en rond. Reconnaissons-le sans honte ni gêne : en août, au bureau, on se fait chier.

Normal, tout le monde est en vacances. Du coup, on ne reçoit plus d'e-mails. Enfin, si. On reçoit beaucoup d'Out of office. Ces messages automatiques nous indiquent que la personne est absente et qu’elle reviendra au bureau à la fin de l’été. On a donc un gentil Merci pour votre message mais je ne suis pas là qui sent à peine l'ironie. Puis la personne indique son statut d’accès à ses e-mails.

Apprenons à décrypter ces statuts :
- J’aurai accès à mes e-mails (je n’ai pas de vie et je bosse même sur ma serviette de plage)
- J’aurai un accès sporadique à mes e-mails (je regarderai peut-être mes e-mails de temps à autre mais ce n’est pas une raison pour m’emmerder)
- Je n’aurai pas du tout accès à mes e-mails (vacances ça veut bien dire ce que ça veut dire alors faites pas chier).  
Puis vient la liste des gens à contacter à la place. Et enfin, si la personne est vraiment impliquée (ou très stressée, voire les deux), elle laisse son numéro de téléphone portable en cas d'urgence.

Voilà comment on se retrouve à devoir appeler des gens qu'on ne connaît pas, à leur expliquer qui on est et de quoi on a besoin tout en songeant amèrement à ce collègue qui se prélasse en Grèce. Parfois, il arrive même que la personne que l’on doit contacter en cas d’absence de notre collègue soit, elle aussi, en vacances, et on peut ainsi se retrouver avec des cascades d’e-mails d’absence. Ces choses-là sont épuisantes, cela va sans dire. 

Finalement, le seul bon point pour le Parisien resté dans la capitale au mois d'août, c'est que le périphérique est fluide, voire vide. Mais qu'on se rassure, ça ne durera pas.