A l'origine, j'avais prévu de vous parler de l'automne aujourd’hui. Mais je me rends bien compte que ce n'est pas du tout d'actualité et que si je commence à disserter sur le ciel gris et les feuilles qui tombent, ça ne va pas vraiment vous parler, vous qui êtes présentement en train de lutter pour que le ventilateur rafraîchisse un peu l'atmosphère étouffante de votre open space.

Mais que se passe-t-il donc ? Nous sommes au mois d'octobre, officiellement en automne, mais on se croirait au mois d’août, officieusement en été. Joe Dassin connaissait bien ce phénomène communément appelé l'été indien. Et nous, plutôt que le phénomène, on connaît surtout la chanson, cette ballade lancinante qu’on a honte d’aimer mais qui nous fait toujours un peu d’effet, surtout quand on entend les premières notes de saxo (vous aussi, avouez). Et je ne sais pas si c’est moi qui suis particulièrement inculte, mais c'est grâce à Joe Dassin que je sais qui était Marie Laurencin. Comme quoi, on en apprend tous les jours.

L’été indien, donc. Selon Joe Dassin : « c’était l’automne, un automne où il faisait beau. Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique. Là-bas on l’appelle l’été indien. Mais c’était tout simplement le nôtre. »

Loin de moi l’idée de vouloir offusquer qui que ce soit, mais permettez-moi de remettre en doute cette définition. Pour la première partie, je suis d’accord : oui, c’est l’automne, et oui, il fait beau. Jusqu’ici, tout va bien. Par contre ça n’existe pas que dans le Nord de l’Amérique puisque la France est concernée par le phénomène. Après, oui, c’est peut-être tout simplement le nôtre (ou le vôtre), je ne dis pas non à un peu de romantisme, étant moi-même très fleur bleue. Mais quel est le rapport ? J’aimerais bien qu’on m’explique.

Allons un peu plus loin dans l’étude du concept, si vous le voulez bien.

L'été indien, c'est l'été qui fait des heures supp' pendant que l'automne attend en coulisses avant de se pointer (et de semer le désespoir partout autour de lui).

L’été indien, c’est aller dans un magasin de fringues et rire devant le rayons de doudounes (et acheter un short).

L’été indien, c’est avoir envie de déjeuner dehors tous les midis (et exploser son budget terrasse).

L’été indien, c’est la vengeance des tongs qui ont droit à une dernière danse (mais seulement le week-end, ne les mettez pas pour aller travailler, malheureux !).

L’été indien, c’est découvrir qu’on peut bronzer ailleurs qu’à la plage : dans son bureau en ouvrant la fenêtre, dans la rue, sur le quai du RER C qui a dix minutes de retard...

L’été indien, c’est la deuxième vie des Mister Freeze et des pubs pour les Cornetto Enigma.

L’été indien, c’est aller au cinéma, pas pour échapper à l’ennui, mais pour échapper à la chaleur.

L’été indien, c’est comme si c’était l’été et les vacances mais en fait on se met un doigt dans l’œil parce qu’on est quand même obligés d’aller bosser (alors qu'on rêve de se vautrer dans un transat autour d'une pisicne découverte).

Spécial femmes : l'été indien, c'est continuer à devoir s'épiler les jambes.

Spécial hommes : l'été indien, c'est continuer à porter des chemisettes.

Note : vu l'été de merde qu'on a eu, on pourrait dire qu’on a eu un printemps indien cet été mais je ne suis pas sûre que les météorologues seront d'accord… Enfin, que cela ne nous empêche pas de profiter de cette embellie inattendue ! Car l'été indien est la seule saison où l'on s'aimera encore, lorsque l'amour sera mort...