En général, quand on part en vacances, c'est qu'on a envie de se reposer. Oublier le stress du quotidien, déconnecter de la réalité, ne plus penser à rien pour une ou deux semaines (éventuellement trois pour ceux qui ont beaucoup de RTTs accumulées). Dans ce genre de cas, on préfère se barrer le plus loin possible et prendre l'avion pour un pays étranger.

Une fois l'autorisation du boss acquise, la valise faite, la crème solaire achetée, le moral est au beau fixe et on s'imagine qu'on est fin prêt pour la plage abandonnée, les coquillages et les crustacés. Mais à tort. On a souvent tendance à oublier qu'avant de rejoindre la grande bleue, il faut passer par la case aéroport. Sans passer par la case départ et sans recevoir 200 euros.

L'aéroport, c'est un peu le truc super chiant qui nous empêche de nous réjouir trop rapidement. L'étape insoutenable et pourtant indispensable qu'on aimerait tellement pouvoir zapper.

Déjà, l'aéroport, il faut y aller. Parce que c'est loin. Très loin. Et quand on a pas de voiture, autant dire que ça devient plutôt compliqué. Y aller en transports en commun, c'est glauque. Prendre un taxi, ça coûte un bras (plus un rein pour la valise). Supplier un parent ou un ami heureux détenteur d'un véhicule, c'est minable. Mais il faut bien faire un choix. On va pas non plus faire du stop, on a vu Faites entrer l'accusé l'autre soir, donc on s'abstiendra, merci bien.

Une fois la question du transport résolue, se pose la délicate problématique de l'heure à laquelle il faut partir. Un avion qui décolle à 9 heures on se dit que c'est bien, ça nous laisse le temps de dormir un peu... Mais que dalle ! Quand on sait qu'il faut arriver deux heures à l'avance, qu'on habite à trente kilomètres et qu'en plus, il risque d'y avoir des bouchons sur la route, on se retrouve à mettre le réveil à 5 heures du matin. Pour la grasse matinée, on repassera.

Voilà. On est à l'aéroport. D'accord. Mais on doit aller où au fait ? La palme du terminal le plus dangereux pour qui n'a ni le sens pratique, ni le sens de l'orientation, revient au Terminal 2 de Roissy. Cet endroit est tellement immense et tortueux qu'on pourrait sans problème y organiser des courses d'orientation. Avec boussoles et tout. Limite ils devraient distribuer des plans à l'entrée. Donc, une fois qu'on a trouvé sur le tableau des départs à quel comptoir il faut se présenter, on n'a plus qu'à s'y rendre avec sa valise et une bonne dose de patience.

Après une queue plus ou moins longue et un contrôle de passeport plus ou moins sévère, une hôtesse plus ou moins aimable et plus ou moins bienveillante nous demande si on a des bagages à mettre en soute. C'est là qu'arrive le moment horrible où on a peur que notre valise bourrée à ras-bord (et sur laquelle on a du s'asseoir pour pouvoir la fermer) pèse plus de 20 kilos. On regrette immédiatement d'avoir pris ce tube de crème format familial alors qu'on est loin d'être une famille. Enfin si, on est une famille. Monoparentale et sans enfants. Bon, la valise fait 19,8 kilos, ça passe mais c'est ric-rac, on pourra pas rapporter trop de souvenirs.  L'hôtesse attache mille étiquettes à notre valise qui file alors sur un tapis roulant.

Une fois que la valise a disparu et qu'on ne la voit plus, une fois qu'on a fait une prière pour la retrouver à l'arrivée, on revient à notre hôtesse qui nous remet notre carte d'embarquement. Elle nous montre sur le ticket à quelle heure l'embarquement commence (généralement, une heure avant le décollage), à quelle place on sera assis... Et puis il y a ce truc que je ne comprendrai JAMAIS et que TOUTES les hôtesses font sans exception : elle prend un stylo et entoure le numéro de porte d'embarquement. Mais pourquoi ? Pas besoin d'entourer, on sait lire ! Et puis pourquoi ne pas choisir d'entourer notre numéro de siège plutôt ?

À ce moment de notre parcours, on a environ deux heures à tuer avant que l'avion ne décolle. Et sur la liste des distractions possibles, les choix sont plutôt restreints. On peut aller acheter des cigarettes au Duty Free, aller lire des magazines people sans les acheter au Relais H, aller prendre un café à 10 euros au petit bistrot, aller comparer les prix des cosmétiques par rapport à ceux pratiqués chez Sephora... On peut aussi s'asseoir et regarder les foules de tous horizons qui se pressent : les touristes de Japan Airlines, de Maalev, d'Air Astral, d'Iberia... Les gens qui militent pour la diversité feraient bien d'aller plus souvent à Roissy.

Un quart d'heure avant le début de l'embarquement, on se dirige vers la barrière de sécurité. Ce moment humiliant où notre bagage à main est passé aux rayons X et où on doit marcher pieds nus ou en chaussettes car il faut enlever nos chaussures. Comme par hasard, ça sonne toujours quand on passe sous le portique et on a le droit à une fouille corporelle en règle par un agent de sécurité. La honte, tout le monde nous regarde. Comme si on avait des explosifs dans le soutif. Une fois que la séance des caresses violentes est passée et qu'on croit être tiré d'affaire, un autre agent nous interpelle pour nous signaler que notre sac contient des objets interdits en cabine. Du Labello, un briquet, un tube de crème pour les mains, une pince à épiler, une bouteille d'eau. Dans ce genre de cas, le personnel est sans pitié : tout reste à l'aéroport. Pour les cosmétiques, on a droit à une deuxième chance qui se présente sous la forme d'une petite pochette de plastique transparente dans laquelle nos produits auront la vie sauve et pourront nous suivre dans l'appareil. Ouf.

Une fois en salle d'embarquement, à part regarder les gens et essayer de deviner à côté de qui on sera assis, il n'y a rien à faire. On s'estime heureux quand l'avion est à l'heure mais on l'est beaucoup moins quand on se rend compte que, pour accéder à l'appareil, il faut prendre un mini bus qui nous fait faire le tour du tarmac et met dix ans avant d'ouvrir ses portes. Il n'y a pas à dire, c'est quand même plus pratique quand l'avion est tout près de la porte d'embarquement et qu'on a juste à passer dans le petit tube gris décoré de pubs HSBC.

Ça y est, on est assis. Notre voisin n'est pas trop gros, il ne sent pas trop mauvais, tant mieux, on est content. Et on est surtout content que toutes ces formalités épuisantes d'aéroport soient terminées. Enfin.

Mais bon, ne crions pas victoire trop vite... parce qu'on se tapera la même galère au retour !

aéroport by Nat Wood