Nous voilà au mois de décembre. Le temps passe vite, non ? Dans la rue, on est déjà en Laponie. Tous les magasins décorent leurs vitrines comme s’ils devaient faire en quelques semaines le chiffre d’affaires d’une année entière. Nos boîtes aux lettres débordent de conneries catalogues de jouets, même si on n’a pas d’enfants. Picard ne vend plus que des bestiaux farcis ou des trucs à base de marrons. Bref, ça sent les fêtes.

La tradition juive ne déroge pas à cette tradition de réjouissances et nous offre, elle aussi, une célébration en cette fin d’année : Hanoukah.

Hanoukah. Non, ce n’est pas un prénom féminin d’origine slave. Hanoukah et pas Anoushka. Oubliez tout de suite cette petite poupée russe qui venait de surgir dans votre esprit. Hanoukah, c’est la fête des Lumières et c’est un peu l’équivalent du Noël chrétien. Mais attention, juste pour l’aspect « fête de fin d’année », n’allez pas vous imaginer que je vais vous parler de sapin et de crèche.

A Hanoukah, on célèbre une victoire, une délivrance et un miracle. C’est encore obscur pour vous ? Alors tentons d’éclaircir un peu les choses.

En 333 avant l'ère courante (pour ne pas dire avant Jésus Christ), Israël fut conquise par Alexandre le Grand et tomba sous l'influence grecque. Bon, c'était pas génial mais c'était pas encore très grave. Manger du tarama et du tsatziki dans une pita en buvant un verre d’uzo, c’était pas la mort. 

En fait, les choses commencèrent à se gâter en 175 quand un nouveau roi gréco-syrien, Antiochus, prit le pouvoir. Déjà avec un nom pareil, ça commençait pas super bien. Le souci, c’était que ce type était un vrai tyran, pas exactement le genre de monarque que tout le monde adore. Comme il était hyper intolérant, il décida d'imposer l'unification de son royaume au moyen d'une religion et d'une culture unique : l'hellénisme. Autant dire que ça ne plaisait pas beaucoup aux Judéens qui voulaient respecter la Torah. Mais ils n'avaient pas trop le choix car Antiochus le monomaniaque avait instauré la terreur partout : il avait pillé et mis le feu dans Jérusalem, il avait profané le temple... Bref, un véritable massacre.

Il avait déclaré l'interdiction formelle de pratiquer le judaïsme. Les gens qui avaient des livres de la loi se les voyaient confisqués, déchirés et brûlés. Les femmes qui faisaient circoncire leur enfant étaient mises à mort. Leur bébé subissait le même traitement, et idem pour la personne qui avait opéré la circoncision. La boucherie, quoi. On pouvait plus rien faire sous peine de passer un sale quart d'heure (ou pire) et la menace était omniprésente.

Face à ça, certains Juifs se résignèrent et abandonnèrent lâchement leurs pratiques pour se conformer à la loi du monarque. Mais d'autres ne se laissèrent pas marcher sur les pieds. Pensant très fort à France Gall chantant fièrement "Résiste, prouve que tu existes", ils se réfugièrent en sûreté dans les montagnes et bâtirent un mouvement de résistance dont Jean Moulin aurait été hypra fier.

La résistance s'organisa autour de Judas Maccabée - Yéouda Makabi en V.O si vous préférez - car vous le savez, il faut toujours un leader dans ce genre d’affrontement. Sinon, aucune cohésion. Enfin, je ne vais pas non plus vous apprendre l’art de la tactique militaire. Il faut savoir que les Juifs étaient sensiblement moins nombreux et moins bien armés que leurs ennemis les Syriens mais Judas, avec la conviction la plus inébranlable, exhorta sa troupe au courage et dit à ses hommes de s'en remettre à D.ieu, d'avoir toute confiance en lui. Tout était une question de foi. Et il faut croire que ça a marché puisqu'en 165, après trois ans de guerre, les Syriens furent mis en déroute par l'armée de Judas et Jérusalem fut libérée.

Judas : 1 -  Antiochus : 0. Et vlan.

Judas alla tout de suite dans le temple profané et voulut rallumer la Menorah, ce grand chandelier qui devait normalement brûler jour et nuit mais qui était bien évidemment éteint. Pour pouvoir le rallumer, il fallait de l'huile pure mais le souci était que l’infâme Antiochus ne s’était pas gêné pour profaner toutes les fioles d'huile. Le salaud.

En fouillant le temple, les Juifs trouvèrent une petite fiole d'huile encore scellée et en furent heureux. Ils la rapportèrent à Judas. Le seul souci, c'était que cette fiole ne contenait assez d'huile que pour un jour. Et qu'il fallait huit jours pour préparer de l'huile sainte. Du coup, ça voulait dire que la Menorah ne serait pas allumée pendant sept jours et c'était bien chiant. Mais tant pis. Ils tentèrent le tout pour le tout, poussés par leur foi, et ils décidèrent quand même d'allumer la Menorah. Et par miracle, l'huile dura huit jours. Encore plus longtemps que le petit lapin rose qui joue du tambour alimenté par une pile Duracell.

C'est ainsi que la fête de Hanoukah fut instituée : pour célébrer ce miracle et la victoire de la foi sur les ténèbres et l'obscurantisme.

Maintenant que l’Histoire n’a plus de secret pour vous, il est temps de nous intéresser à la manière de célébrer cette fête des Lumières.

Au lieu d’acheter un sapin, de le décorer et d’appuyer tous les soirs sur l’interrupteur qui fait s’illuminer la guirlande électrique, pour Hanoukah nous avons un chandelier à huit branches : la Hanoukia. Huit branches pour huit bougies en souvenir du miracle des huit jours. Le premier soir, donc ce soir, on allume une bougie. Le deuxième soir, on en allume deux… et ainsi de suite jusqu’au dernier jour où la hanoukia est entièrement éclairée. Et bien sûr, il faut allumer les bougies avant que le jour ne tombe. Bien pratique si vous avez envie de sortir plus tôt du travail

Il est d’usage de placer la Hanoukia près d’une fenêtre. Pour ma part, je rajouterai qu’il est toujours utile de mettre du papier journal en-dessous, sauf si bien sûr on a envie que notre beau guéridon soit recouvert de cire fondue. Détail important : il est interdit d’utiliser la lueur des bougies à des fins domestiques. Oui, même si c’est pour lire un texte sacré. Alors n’espérez pas profiter de cette fête pour faire des économies (de bouts de chandelles). 

Côté cadeaux, il est d’usage d’offrir aux enfants un cadeau par jour. Ce n’est pas une grande préoccupation pour les célibataires mais j’imagine le gouffre financier casse-tête que cela doit être pour les familles nombreuses ! Enfin c’est quand même chouette d’être un enfant à Hanoukah : non seulement on reçoit huit cadeaux et, en plus, il est de coutume de manger des beignets. En effet, en souvenir de la fiole d’huile, on mange des trucs frits. Et les beignets, qui n’aime pas ça ?

Voilà, vous savez tout alors il ne me reste plus qu’à vous souhaitez de lumineuses fêtes de Hanoukah !