Aujourd’hui, c’est la Saint Valentin. Vous savez, cette fête commerciale trop rose, trop rouge et trop chocolatée qui a uniquement pour but de rappeler aux célibataires qu’ils sont de pauvres êtres abandonnés.

Avant, quand on était une âme désespérée esseulée, on attendait que nos parents nous présentent quelqu’un. On pouvait tomber amoureux dans la rue, comme dans Coup de Foudre à Notting Hill (sauf qu’on a toujours pas vu passer Hugh Grant), au bureau ou en boîte de nuit. Ensuite, il y a eu les rencontres par minitel. Les petites annonces dans les magazines. Les coups arrangés par les gens qui nous voulaient du bien. Maintenant, il y a les sites de rencontres.

Les sites de rencontres, autrement dit, les zoos sur Internet. Le principe est le même : vous payez votre ticket ou pas, vous entrez  et vous avez le choix entre vous extasier devant les oiseaux exotiques, avoir peur devant les fauves imposants, craquer devant les ours polaires, rire devant les hyènes et frissonner devant les reptiles.

Les sites de rencontres, ce sont des animaux qui ne sont pas en cage mais qui ne vous attaqueront pas car vous êtes bien en sécurité derrière l’écran de votre ordinateur. Donc pas de risque face à un bison un peu trop agressif, un gorille en rut ou un rhinocéros prêt à charger. La différence, c’est que votre promenade est intéressée. Vous vous baladez et vous regardez ce qu’il y a mais ce n’est pas juste pour vous distraire, c’est parce que vous recherchez un partenaire. Que ce soit pour partager une gamelle de foin ou pour vous reproduire, vous êtes en quête d’un spécimen et déployez à cet effet tous vos atouts. Oui, vous faites la roue comme un paon, c’est à peu près ça.

Pour cela, on vous demande de vous décrire. Taille, poids, couleur des yeux, des cheveux, style vestimentaire, âge, activités favorites du week-end, petites qualités et gros défauts… On vous propose de mettre une photo et c’est la croix et la bannière de choisir. Il y a toujours un truc qui cloche : soit vous êtes en maillot de bain et c’est l’exposition universelle, soit il y a votre ex à côté et il faut rogner la photo, soit on comprend que vous avez pris la photo à bout de bras dans votre salle de bains et ça craint, soit c’est la photo de votre badge d’entreprise… Rien que ça, c’est décourageant et vous avez parfois une furieuse envie de tout envoyer valser et de mettre une photo de tulipe.

Evidemment, vous avez envie d’appâter le galant alors vous faites comme en entretien d’embauche : vous enjolivez la réalité. Vous êtes une tête de mule dans la vie ? Sur le site vous êtes quelqu’un de « passionné et qui va au bout des choses ». Vous êtes une chieuse ? Vous devenez exigeante. Vous habitez chez vos parents ? L’indépendance est votre principale aspiration. Toutes les ruses sont permises pour pavaner dans votre cage virtuelle et attirer les mâles des alentours.

Une fois que votre profil est bien alimenté, vous n’avez plus qu’à remplir les critères pour définir l’animal qui sera le plus à même de partager un arbre perché avec vous. Le problème, c’est que ce sont les animaux en question qui sont parfois un peu perchés. Vous avez beau préciser dans votre recherche que vous êtes en quête d’un cygne délicat de 28 à 34 ans vivant dans Paris intra-muros, ayant un BAC + 5 et gagnant plus de 50 000 euros par an (comment ça vous en demandez trop ?), il y aura toujours un babouin de 47 ans résidant dans les Yvelines qui trouvera le moyen de vous aborder en vous proposant d’une manière un peu trop abrupte d’aller manger une banane de préférence la sienne.

Après bien sûr, ça varie en fonction du zoo où vous vous trouvez. Vous pouvez être dans un zoo spécial reproduction occasionnelle (Adopte un mec), un zoo communautaire (Feujworld, Inchallah.com), un zoo où il faut montrer patte blanche (Attractive World), un zoo spécial infidélités affichées (Gleeden) ou un zoo grand public (Meetic)… Mais finalement, c’est toujours le même manège : on se repère, on se flaire, on se parle et, si on semble se convenir, si le « feeling » passe bien (l’expression que tous les animaux ont au bec), on se donne rendez-vous au-delà des grillages du web pour passer de l’autre côté de l’écran et aller se renifler le derrière boire un Mojito dans un bar.

La suite ? Tout dépendra de vous. Mais faites en sorte que ça reste une histoire naturelle…

Plan cou