Alors que nous sommes toutes et tous obnubilés par l'élection présidentielle qui se rapproche à grands pas, une partie non-négligeable de la population a en tête une toute autre préoccupation. Eh oui, c'est pas le tout d'aller voter, il faut aussi maigrir avant l'été. Nous ne connaissons pas l'identité de celui qui nous gouvernera mais notre maillot de bain, lui, on le connaît bien, et on sait qu'on devra le ressortir dans deux mois. Scrutin contre popotin, élection contre nutrition, sondage contre remodelage… bref, c'est la démocratie contre le régime.

En attendant d'aller nous enfermer dans un isoloir, il est temps d'affronter le miroir. Épreuve redoutable, machine à remonter le temps sans pitié qui résume de manière cruelle les kilos de bouffe que nous avons ingurgités au cours de ces derniers mois. Tenez, par exemple, ce bourrelet, là, c'était la bûche à Noël. Les deux centimètres de trop de tour de cuisse, c'était les trois parts de galette des Rois. Tout ça pour avoir la fève, est-ce que ça en valait vraiment la peine ? Rétrospectivement, non. Ce petit ventre rebondi : souvenir de la Chandeleur. Tournez-vous un peu pour voir ? On dirait que tous les chocolats que vous avez mangés à Pâques ont trouvé refuge dans votre confortable séant. Vous ignoriez que votre cul pouvait être une arche de Noé. Le bilan est impitoyable et la sentence est irrévocable : il va falloir maigrir. Et plus vite que ça. Top chrono, c’est parti.

Parfois on a envie de se laisser un peu de temps avant de commencer son régime mais on est vite rattrapé par la réalité qui nous exhorte à perdre du poids. Cette réalité, ce sont les magazines féminins qui, dès que le premier rayon de soleil printanier a percé, affichent tous la même une : un fond coloré (de préférence vif ou pastel), une top model anorexique souriante passablement dénudée (de préférence mineure et ukrainienne) et des titres plus racoleurs les uns que les autres. "Objectif maillot : perdez un os". "Programme anti-kilos : passez à l'attaque avec un coach militaire". "Efficace et engagée, découvrez la diète minimaliste : la grève de la faim". "Son d'avoine mon amour : les miracles du régime Dukon". Pas besoin d'acheter lesdits magazines, ce rappel à l'ordre en couverture est amplement suffisant.

Les régimes se fondent sur deux principes élémentaires : la bouffe et le sport. Et, alors que l'être humain a plutôt tendance à vouloir manger toujours plus et faire le moins de sport possible, les régimes vont à l'encontre de ce mode de vie pourtant bien agréable. Il va falloir manger moins et bouger plus pour perdre plus. Les régimes vont donc dans le sens inverse de notre nature et c'est pour ça que c'est si difficile de commencer.

Se mettre au sport, voilà la première difficulté. Et d'abord, quoi comme sport ? Donner 1200 euros au Club Med Gym pour sécher une semaine sur deux le cours de step ? Pas rentable. Aller faire des longueurs à la piscine le dimanche matin ? On préfère faire la grasse mat'. Se mettre au jogging ? C'est mauvais pour notre asthme. Faire du squash ? Du yoga ? Du Vélib' ? Il faut bien avouer que c'est difficile de trouver le sport qui nous convient. Et il y a une chose encore plus difficile à trouver : c'est la motivation. Surtout quand on doit faire sa série de 20 abdos le soir avant de se coucher.

Autre épreuve tout aussi douloureuse, si ce n'est plus : les restrictions alimentaires. En d'autres termes, abandonner les douceurs de la vie et se forcer à manger exclusivement des choses pauvres en calories. Le cauchemar commence dans les rayons de Monoprix, quand les packs de Kinder Bueno format familial nous font de l'œil et quand le pot de tarama aux œufs de truite est en promo. Non, non, laissez-moi, avons-nous envie de crier, je ne tomberai pas dans votre piège. Et effectivement, on tient bon. Filets de poisson, fromage blanc à 0%, kilos de légumes, céréales riches en fibres, litres de Contrex... Notre caddie ressemble à un potager bio alors que notre caissière avait plutôt l'habitude de scanner des biscuits apéro.

Le cauchemar continue au quotidien. Comment trouver la force de se lever le matin quand on sait qu'on ne trouvera ni Nutella, ni céréales Nesquick sur la table ? Comment avoir envie de déjeuner avec une amie qui prend un indécent steak-frites alors qu'on doit se contenter d'une salade sans vinaigrette ? Comment retrouver son âme d'enfant en prenant un goûter à 16h30 si on a devant nous une pomme alors qu'on rêve d'un croissant ? Comment ne pas passer pour une personne rabat-joie au dîner quand on annonce qu'on ne prendra pas de dessert après notre filet de lieu vapeur / haricots verts? Comment réussir à vivre comme ça ? Non seulement on mange mal mais en plus on en devient de mauvaise humeur. La totale.

Faire un régime quand on vit seul, c'est pas simple car on a personne pour nous soutenir. Mais quand on y pense, c'est mieux que d'être en couple et de subir la torture que nous fait endurer la personne qui vit avec nous. Qui se gave sous nos yeux de crocodiles Haribo quand on regarde un DVD. Qui se relève la nuit pour aller se faire une tartine de Kiri ou engloutir une Danette. Qui cuisine des féculents à tous les repas et qui arrose le tout de Coca même pas Light. Qui mange comme quatre, ne prend pas un gramme et se fout ouvertement de nous quand, dans la salle de bains, on s'étale consciencieusement des tonnes de crème raffermissante tout en pinçant notre peau d'orange, l’air soucieux.

Finalement, les régimes c'est toujours une expérience traumatisante dont on n'attend qu'une chose : la fin. Si tant est qu'il y en ait une. Mais quoi qu'il en soit, il est important de rappeler les principes de notre belle république et de ne céder à aucune dictature. Même celle du corps.

RgimesNatWood