Vous avez forcément acheté un T-shirt blanc à un moment donné de votre existence. C'est obligé. Parce que le T-shirt blanc, c’est la base d’une tenue. Je ne suis pas bloggeuse mode mais ça, je le sais, les magazines féminins n'arrêtent pas de le dire, entre les conseils pour garder un homme et les idées de repas pour perdre du poids.

Le T-shirt blanc, ça passe partout, ça va avec tout. Même avec rien. Les marketeux raffolent de son côté virginal et adorent le caser dans les pubs pour le lait ou les yaourts à boire. De préférence sur une fille avec des jambes de deux mètres pas de seins et des cheveux longs qui forment dans son dos des zébrures trop sensuelles. Et puis c’est jamais tendancieux. L’image pure de la nana saine par excellence.

Le T-shirt blanc, c’est le meilleur pote de votre garde-robe. Il est ami avec toutes vos fringues : aussi bien avec un jean brut ou délavé, avec un pantalon de tailleur ou un baggy, avec une jupe longue ou courte, avec une veste en tweed ou un blouson en jean, un trench ou un hoody. Il sait même se la jouer discret sous une chemise transparente. Le T-shirt blanc, c’est l’ami Ricoré de la mode, aussi à l’aise à Roland Garros qu’aux Solidays.

Quand vous l’avez vu, vous avez eu un coup de foudre. C’est arrivé chez Petit Bateau, American Vintage, Tati H&M ou aux Galeries Lafayette. Vous avez craqué pour son col parfait, ni trop profond, ni trop haut (vous ne vouliez passer ni pour une pute ni pour une nonne), ses jolies petites manches, son prix raisonnable. Vous vous êtes approchée de lui, un peu intimidée, le cœur battant, comme quand vous aviez 13 ans. Vous l’avez touché et c’était doux. Vous l'avez décroché du portant. Vous l’avez essayé et vous n’avez plus voulu l’enlever. La vendeuse a pris des ciseaux pour couper l’étiquette dans votre dos, vous êtes sortie du magasin avec, vous avez dormi avec, vous avez rechigné à l’enlever le lendemain matin mais il fallait bien que vous preniez votre douche. Et vous l'avez remis à peine séchée. Une chose est sûre : vous ne l’avez plus quitté. C’est devenu votre fétiche. Rien que d’y repenser, vous vous sentez toute nostalgique…

Le souci avec le T-shirt blanc, c’est qu’il ne reste immaculé que quelques jours, voire quelques semaines. Si jamais vous avez réussi à garder un T-shirt de la même couleur que le jour de votre achat, c’est que vous ne l’avez jamais porté, ne soyez pas de mauvaise foi. Au commencement, il était blanc. Beau, éclatant, attirant, pas une tache, rien. Vous étiez dingue de lui. Avec les lavages, il a commencé à perdre de sa superbe. Les traces de déodorant sous les bras, le blanc qui devient peu à peu beige. Puis gris. Vous avez commencé à le regarder avec moins d’amour dans les yeux, vous l’avez même laissé traîner par terre un soir en rentrant au lieu de le plier soigneusement. Vous aviez beau ne le laver qu’à la main, qu’avec des couleurs similaires, rien à faire. Il devenait chaque fois un peu moins attirant. Et c’est ainsi qu’un jour, vous l’avez trouvé moche en le regardant. Vieux, terne et immettable. La passion était terminée, tout était fini.

La suite est plutôt triste. Dans le meilleur des cas, vous le gardez pour le mettre en hiver sous un pull que vous n’enlèverez jamais (ça fera juste une épaisseur supplémentaire). Mais c'est uniquement parce que vous êtes très sentimentale. Dans le pire des cas, il devient un chiffon. Et finit invariablement à la poubelle, plein de traces de Pliz ou d’Ajax vitres. Sinistre fin pour votre ex seconde peau avec qui vous aviez passé des moments inoubliables. Il n’y a qu’à regarder les photos où vous le portez : vous êtes resplendissante de bonheur. Il vous rendait heureuse, vous donnait bonne mine, faisait ressortir à merveille votre beau bronzage. Quel gâchis.

Finalement, réussir à garder un T-shirt blanc, c’est comme garder intacts les sentiments du début d’une histoire d’amour : impossible.

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