Dans une année civile, il y a 365 jours (oui je sais, 366 une fois tous les 4 ans, commencez pas à chipoter). 364 normaux et un moins normal puisque c’est notre anniversaire. Mais c’est jamais la même chose d’une année à l’autre. Chaque âge est différent. En fait, il y a plusieurs types d’âges :

Les âges dont on se souvient plus
Genre quand on a eu un an. En fait, on a eu un an mais c'est notre famille qui a fait la fête. Même topo à deux et trois ans. Tous les gens qui s'agitent, qui mangent NOTRE gâteau et qui nous couvrent de cadeaux tout en nous mitraillant de photos. C'est sympa Tonton, mais j'en profiterai pas de ta salopette Marèse, dans un mois elle sera trop grande pour moi et Maman l'aura déjà donnée à Emmaüs rangée dans un carton. Ah cool, des peluches. C'est vrai que j'en ai pas déjà assez. Et puis je m'en fous, j'ai un doudou alors vous feriez mieux de m'acheter mille fois le même au cas où je perdrais le mien. Finalement, mon anniversaire, c'est juste un prétexte dont mon père va profiter pour s'acheter une nouvelle paire de pompes, ça sera l'occasion pour ma grand-mère d'enterrer la hache de guerre avec la grande cousine. Moi je suis au milieu, soi-disant la vedette mais je sais même pas ce qui se passe. Je ne suis qu'un alibi pour que ma famille s'empiffre et boive. Laissez-moi aller faire la sieste, j'ai sommeil, je regarderai l'album photo quand je serai en âge d'être nostalgique, merci.

Les âges auxquels on repense
Genre quand on avait 8 ans, un peu plus ou un peu moins. Quand on savait parler, quand on était en âge de dire qu'on voulait pas porter ces sandales-là parce qu'elles découvraient les orteils ou qu'on aimait pas le beurre. Cette période bénie où on se posait pas mille questions quand on engloutissait un paquet entier d'oursons en guimauve et des fraises Tagada aux 10 ans de notre copine Emilie, où nos fringues s’achetaient, se lavaient et se rangeaient toutes seules, où on ignorait le sens des termes "déclaration d'impôts", "plan social d'entreprise", "ça va pas être possible", "je comprends pas, c’est la première fois que ça m’arrive", "c'est compliqué". Quand on pouvait jouer à chat, à chat perché et à chat bisous sans se poser de questions sur les conséquences que ça pouvait entraîner. Quand on perdait nos dents mais que ça repoussait. Quand les garçons étaient moches et bêtes. Quand on faisait des cabanes sous notre couette et  du toboggan au Dragon à la Villette. Quand notre seule crainte était d'avoir une mauvaise note à l'école. Ces âges où la vie était belle sans qu'on s'en rende compte.

Les âges auxquels on préfère pas repenser
Genre quand on était ado. Qu'on se décolorait les cheveux en blond alors qu'on avait une tignasse noir corbeau et qu'on se mettait des épingles à nourrice dans les oreilles. Quand on était en rébellion permanente contre tout le monde, nous y compris. Quand on chantait devant notre miroir avec une brosse à cheveux en guise de micro (mais ça, on le fait encore un peu en fait), quand on séchait les cours et qu'on tirait des lattes sur les clopes de nos potes, juste pour faire comme eux. Quand on voulait se suicider dès qu'on se prenait un râteau. Quand on tombait amoureuse trois fois par jour, quand perdre sa virginité était une course contre la montre et quand Jeune & Jolie était la seule et unique Bible. Cette période ingrate où les hormones transformaient notre corps en champ de bataille, avec du sébum à tous les étages. Sauf dans la tête, là on avait juste un petit pois. L'argent de poche qui manquait autant que l'indépendance, la vie rêvée qu'on s'inventait au cinéma avec du pop corn coincé dans les incisives, l'appareil dentaire qui nous faisait angoisser quand on devait embrasser un garçon. La découverte du Malibu/orange mélangé dans une bouteille de Cristaline, les complexes plus gros que nos fesses, le sac à dos Eastpak customisé et le rap à fond dans les oreilles. La tempête avant le calme.

Les âges dits "importants"
Genre 18 ans, la majorité (sic). 20 ans, le plus bel âge (re-sic). 25 ans, le quart de siècle (re-re-sic). Tout ça ne nous a pas empêché de nous prendre une claque par notre mère parce qu'on dépensait l'argent de la bourse dans des sacs à main. L'indépendance, c'est ça, ouais. Oui, on a changé de dizaine, mais c'est toujours nous quand même, hein. On avait même pas le droit de découcher pour aller chez notre mec le week-end. Il fallait rendre des comptes en permanence. Apprendre à mentir. Mais oui j'ai rendez-vous avec Camille. Et puis finalement, le moment où on a quitté le domicile parental. Apprendre à vivre sans personne et à déprimer le dimanche soir en compagnie d'un plan cul pot de Nutella compatissant (on a passé l'âge de faire des câlins à une peluche). Passer de la fac à l'école, de l'école au stage, du stage au CDD, du CDD au CDI. Devenir adulte. Aller faire des courses et appeler un plombier quand on a une fuite d'eau à la cuisine. Supporter sans broncher le regard malsain du proprio qui nous reluque. Affronter les années qui se suivent et les gens qui nous répètent sans cesse que ça passe décidément bien vite, je me rappelle encore quand tu sautais dans les flaques avec tes bottes en caoutchouc. On devrait arrêter de vivre dans le passé, l'avenir c'est maintenant. Même si on en a pas franchement envie.

Les âges qui servent à rien
Genre 29 ans. Quand on a eu 28 ans l'année d'avant, les gens nous avaient à peu près foutu la paix, ils avaient pas dit grand chose. Ils se réservaient. Mais voilà. Maintenant qu'on a 29 ans, tout le monde va nous tanner parce que l'année prochaine, on sera officiellement membre du club des trentenaires. Il reste un an, les mecs, vous excitez pas comme ça ! Rien à faire, ils n'auront que ça à la bouche. Et ce sera sans doute pareil à 39 ans et 49 ans. Les âges qui servent à rien vu qu'ils sont juste là pour préparer la dizaine à venir. 29 ans, c'est la salade de carottes râpées dégueulasse avant le gros plat principal à 6000 calories, c'est un pont entre deux rives complètement déglingué qu'on traverse avec la peur au ventre. C'est vrai, ça, ça fait quoi d'avoir 30 ans ? Est-ce que ça fait mal ? Est-ce que j’aurai toujours mon syndrome de Peter Pan ? Je le saurai dans un an. En attendant, je vais essayer de vivre cette année convenablement en mettant plein de nouvelles choses dedans. 29 : l'avènement du neuf.