Je vous ai déjà parlé des sites de rencontres, cette espèce de Thoiry sur la toile plein de dangereux prédateurs. Mais heureusement, on peut encore faire des rencontres IRL (ça veut dire « In Real Life », vous avez pas révisé vos acronymes ou quoi ?) dans la vraie vie, dans une vraie rue, à une vraie soirée, avec des vrais gens. Le souci, c’est que le virtuel finit toujours par nous rattraper d’une manière ou d’une autre. Voyons comment.

Prenons un exemple des plus anodins. Une de vos amies se marie et, pour l’occasion, vous avez chaussé vos escarpins les plus vulgaires hauts, votre robe la plus indécente jolie et vous vous êtes maquillée à la truelle avec soin. Après tout, c’est un mariage, vous allez pas y aller en jean. C’est donc élégamment vêtue que vous arrivez dans la cour de la mairie pour saluer l’assemblée. Il y a bien sûr des gens que vous ne connaissez pas mais ce grand brun là-bas attire beaucoup votre attention. Pour la peine, vous n’allez pas lui dire bonjour, vous décidez que ce sera à lui de venir vous parler en premier. À croire que les talons hauts ça vous rend un peu diva. Vos battements de cils à la Daisy finissent par faire leur effet et vous terminez la soirée avec votre bel Apollon, très contente d’avoir ferré une telle prise.

A priori, c’est le début d’une relation des plus normales. Vous allez échanger vos numéros de téléphone, vous envoyer des textos, vous revoir, prendre un verre, vous bécoter sur les bancs publics aller au cinéma, au restaurant… bref, toutes les choses classiques que l’on fait quand on est en couple. Mais non. Parce qu’entre temps, vous allez aussi vouloir connaître son adresse e-mail pour lui donner les photos du mariage. Et puis vous allez lui envoyer une friend request sur Facebook. Et lui va devenir un de vos followers sur Twitter. Et il va vous ajouter à ses contacts sur Foursquare. Sans le vouloir, vous aurez enfermé votre relation réelle dans une relation virtuelle sans moyen de revenir en arrière. Et c’est là que tout va commencer à se gâter.

Quand vous n’aurez pas de nouvelles de lui, vous foncerez sur Foursquare pour savoir où il est et si ce verre qu’il devait prendre avec un pote n’était pas une façade. Et évidemment, pas de check-in datant de moins de trois heures. C’est louche, forcément. Parano puissance 1.

Vous lui ferez une scène quand vous verrez qu’il adresse un tweet à une jolie twitta. Vous chercherez qui est cette fille, depuis combien de temps il la suit, si elle est influente, si elle a un blog. Vous vous effondrerez en constatant qu’elle a dix followers de plus que vous et qu’elle a un avatar carrément plus sexy que le votre. Fatalement, votre mec ne peut QUE tomber amoureux d’elle. Parano puissance 2.

Vous pèterez un câble quand vous verrez qu’une nana aura publié un innocent petit mot sur son mur Facebook. Bizarrement, alors qu’elle aura écrit : « Hey salut, c’est cool de te retrouver, t’as pas changé depuis le collège ! », vous lirez : « Hey salut, ça te dit qu’on se voie, j’ai toujours rêvé de te pécho depuis le collège ». Parano puissance 3.

Quand vous serez connectés sur Linkedin, vous regarderez systématiquement s’il a de nouveaux contacts et votre cœur s’arrêtera à chaque fois qu’il aura une nouvelle collègue dans sa liste. L’adultère au bureau, les réunions inventées et les étreintes volées dans l’ascenseur, si ça se trouve, c’est son nouveau dada. De là à aller fouiner dans son Outlook, il n’y a qu’un pas. Parano puissance 4.

Au milieu de cette psychose virtuelle, de cette chasse aux preuves inexistantes et de ce carnaval de faux soupçons, vous oublierez complètement qu’en dehors, il y a vous deux. Votre couple, votre histoire. Ces moments où vous êtes ensemble à discuter, à vous faire des câlins, à vous regarder avec vos yeux de petit chat… Finalement, ce serait tellement plus simple sans accès à Internet et sans iMessages qui permettent de voir à quel moment le texto est distribué puis lu. Tous ces empêcheurs de tourner en rond qui détournent votre attention et vous rendent encore plus tarée et possessive qu’une méchante de Walt Disney.

Alors vous repenserez à l’époque bénie de vos premières amours, quand vous écriviez des lettres à l’élu de votre cœur avec votre plus beau stylo à plume Parker en aspergeant le papier de parfum Eau Jeune, quand vous faisiez une marque de vos lèvres avec du gloss Debby sur l’enveloppe, quand vous attendiez des heures devant l’affreux téléphone beige du salon, quand vous saviez que vous n’alliez pas avoir de nouvelles pendant plusieurs jours, quand vous lui achetiez un cadeau tout pourri pour la Saint-Valentin avec l’argent de vos baby-sittings…

Revenez donc à l’essentiel ! Lâchez votre iPhone et filez le retrouver. Car, vous le savez, la plus belle des manières de lui dire que vous l’aimez, elle ne s’écrit pas sur un écran… mais dans vos yeux.