Quand il s'agit de cohérence entre l'offre et la demande, il faut bien se rendre à l'évidence : la vie est super mal foutue. C'est toujours quand on veut un Kinder Bueno que la boulangère annonce avoir vendu le dernier au beau gosse qui vient de sortir. C'est toujours quand on cherche une place que le parking est plein. Et c'est toujours quand on meurt de froid qu'on ne trouve personne pour nous réchauffer. Le hasard, vous dites ?

En même temps, quand on est seul comme un rat mort célibataire, pendant la saison automne/hiver il ne faut pas s’attendre à de superbes parties de chasse. Autant pendant la saison printemps/été il est presque indécent d’avoir autant de gibier, autant on se retrouve dépourvu sitôt le mois d'octobre venu. Pas un seul petit câlin ou quelqu'un à qui on peut prendre la main. Et pas question d'aller crier famine chez notre voisin ou notre voisine. Mais pourquoi est-ce si compliqué de pécho en hiver ? Explorons quelques pistes de réflexion.

En hiver, il fait froid
Fatalement, on oublie les t-shirts col V jusqu'au nombril. Au lieu de ça, on est obligé de dégainer un attirail capable de transformer le plus affamé des carnivores en pieux végétarien. Une chapka ou un bonnet, une écharpe, des gants, une doudoune matelassée sans forme, un gros pull en laine qui gratte avec cinquante épaisseurs de T-shirts en-dessous, des collants sous notre jean et des UGG de frileuse aux pieds. Autant dire qu’on est loin de la combinaison gagnante maillot deux pièces, short en jean, Panama sur la tête et Ray Ban de frimeuse sur le nez. Comment peut-on suggérer à ce beau gosse de la boulangerie qu’on a des  abdos en béton armé et des courbes exquises si lesdites courbes sont soigneusement planquées sous une montagne de polyester, d'acrylique, et de coton ? En hiver, être sexy, c'est mission impossible. Et quand on a le malheur de laisser son col roulé à la maison, on a tôt fait de le regretter...

En hiver, on est malade
Conséquence logique de ce froid de canard, la crève nous pend au nez nous guette. Alors oui, quitte à tomber, on préférerait tomber amoureuse que malade mais en hiver, on attrape beaucoup plus facilement un rhume qu'un homme. Entre les yeux injectés de sang façon Donald (mais sans les cils de Daisy), le nez rouge, les lèvres gercées voire crevassées, les mains bleues et les reniflements incessants, autant appeler un chat un chat : on ressemble davantage à Laëtitia Casse-toi qu'à Laëtitia Casta. Et même les judicieux conseils des magazines féminins qui préconisent souvent un "maquillage léger" (un kilo de blush, un litre d'anticernes et dix couches de mascara pour "ouvrir le regard") ne passent jamais le premier éternuement. C'est un combat perdu d'avance, il faut le reconnaître : on ne peut décidément pas faire rimer "cortisone" avec "mignonne" ou "Advil" avec "sex apeal".

En hiver, on déprime
Et c'est bien normal, faudrait vraiment pas être net pour avoir le sourire dans des conditions pareilles. Le problème, c'est que les autre ressentent ces ondes négatives et que, du coup, on les attire pas des masses. En effet, en tirant la gueule, on balance des signaux pas très engageants type "Me parle pas ou je te défonce" ou encore "Le premier qui me sourit se prend un coup de sac dans le plexus solaire". Alors, fatalement, personne n'ose faire le moindre petit pas vers nous. Et il y a aussi l'effet boule de neige vicieuse. Explication : on se sent tellement seule qu'on se morfond, on se lamente, on s'apitoie sur notre pauvre sort d'âme abandonnée. Et de ce fait, on dégage des ondes négatives, des phéromones qui puent le désespoir sentimental et la loose amoureuse. Les hommes ne voient rien, c'est un fait, mais bizarrement, ces choses-là, ils les sentent. Alors même quand on est super belle et bien balancée, rien n'y fait. Personne ne voudra d'une nana qui est au bout du rouleau affectif.

En hiver, on grossit
C'est moche mais c'est la vérité. Et c'est bien connu, l'homme court derrière une taille 36 mais s'enfuit quand les deux chiffres sont inversés. Mais il est très difficile de garder une taille de guêpe en plein décembre. Même quand on est une bille en maths, on comprend cette simple équation à deux inconnues : gouffre amoureux + absence de free hugs ou de consolant humain = besoin de trouver du réconfort. Et le réconfort est comme la vérité : ailleurs. Souvent au fond d'un pot de Nutella. Ou d'un paquet de Pepito. Mais jamais dans une soupe de légumes ou dans un filet de cabillaud vapeur. Ça serait trop beau. Je ne parle même pas des empiffrages en règle pendant les fêtes de fin d'année. Pas de probabilités qui tiennent ou de statistiques à deux balles : en hiver, on prend du poids. Et c'est vachement plus dur d'avoir confiance en soi avec un ventre qui déborde du jean taille basse comme un muffin de son moule. CQFD

Vous l'aurez compris, draguer en hiver est impossible. Deux solutions s'offrent alors à nous pour passer ces longs mois au chaud. La première est de prospecter en plein été, quand on est belle, mince et bronzée, et de réussir à garder sa proie, sous la couette ou ailleurs, jusqu'au retour des beaux jours. La deuxième technique consiste à attendre patiemment le mois d'avril pour la nouvelle saison de chasse. Et quand rien ne marche, on a plus qu'à s'acheter une Hello Kitty géante. Ça ne changera rien mais au moins, on pourra lui faire des câlins.