Ce n’est pas facile d'être une fille.

Quand on est petites, nos parents nous font croire au prince charmant et aux contes de fées. Quand arrive l'adolescence et qu'on comprend qu'ils se sont bien foutus de notre gueule que ce n'était pas vrai, on rêve devant les yeux de Drazik dans Hartley Coeurs à Vif ou ceux de Dylan dans Beverly Hills. Puis on devient soi-disant adulte et on fait genre qu'on arrête de croire au romantisme et à toutes ces choses qui n'existent pas. Mais c'est faux. En réalité, on continue à rêver notre vie devant les comédies romantiques.

Les comédies romantiques, ces pansements de l'âme au goût de guimauve, de sucre, de fraise et de chocolat fondant qui ont l'incroyable capacité de nous faire croire que la vie peut parfois être belle et encore plus rose que dans la chanson d'Edith Piaf. Des films plus ou moins réussis, souvent américains, qui mettent en scène des gens supposés être ordinaires mais à qui il arrive des choses extraordinaires. Et avec à chaque fois un point commun de taille : on sait comment ça commence et on sait comment ça finit... mais on ne sait pas ce qu'il y aura au milieu. Et c'est pour ça qu'on y va, même si la bande-annonce nous a déjà raconté la moitié du film.

Les comédies romantiques sont géniales parce qu'elles ne sont qu'une succession de premières fois. Forcément, ça évite de s'ennuyer.

La première rencontre

Généralement, c'est une scène qui arrive au bout de dix minutes, juste le temps de planter le décor avant. La rencontre se fait souvent de manière insolite, dans un endroit incongru et dans un contexte complètement décalé. Le héros qui a des fossettes magnifiques et un sourire à se damner - et un postérieur incroyable - tombe sur l'héroïne qui a des cheveux magnifiques et un sourire à se damner - et un décolleté incroyable - par le plus grand des hasards. Et là, c'est le coup de foudre. Direct. On arrête de respirer et on trouve qu'ils sont tellement beaux tous les deux avec leurs grands yeux bleus écarquillés et le vent qui leur souffle dans le visage. C'est là que le compositeur intervient et intègre la chanson ou la musique la plus adaptée pour provoquer dans la salle entière émoi et battements de cœur massifs. Le but du jeu est de nous faire croire que c'est NOUS qui tombons amoureuses. Et force est de croire que ça marche. 

Le premier baiser

Bon, ils ne s'embrassent pas tout de suite, hein. On n’embrasse pas les inconnus, c'est bien connu. Ils vont dîner même s'il n'est que 14 heures, se promener à Central Park, faire les boutiques... Et à chaque fois, il leur arrive des trucs incroyables : jamais de salade coincée dans les dents, tous les bancs sont libres au parc, ils ne passent pas à la caisse après leur monstrueux shopping, l'héroïne n'a pas de sac à main et pourtant ça ne la gêne pas, le héros sort un iPad alors que son jean n'a pas de poches. Et le tout sous un soleil radieux. Au terme d'une journée merveilleuse, au moment où ils doivent se séparer et rentrer chacun chez eux, il se met à pleuvoir. Ils sont là, tous les deux face-à-face à se regarder sans savoir quoi faire, comme s'ils attendaient qu'une bonne âme leur apporte un parapluie. Le mascara de l'héroïne ne coule pas, les cheveux du héros ne bougent pas, les gouttes ruissellent sur eux de manière parfaitement orchestrée... Et c'est là qu'ils s'embrassent. Musique romantique de circonstance. C'est généralement à ce moment qu'on broie la main de la personne qui est assise à côté de nous.

La première fois qu'ils font l'amour

Non mais vous croyez vraiment que je vais vous parler de ça ? Bande d'obsédés.

La première embrouille

Alors que tout se passe à merveille entre nos deux tourtereaux, survient un événement inattendu, un méchant quiproquo qui fait que le mec croit que la nana le trompe avec quelqu'un d'autre - ou inversement. Alors qu'en fait c'est juste son ex ! Lui ne le sait pas mais nous, spectatrices, sommes au courant. A ce moment, on est très énervées parce qu'on voit bien que tout va mal et qu'en plus on vient de finir notre seau de pop corn. Le héros se réfugie chez son meilleur pote et l'héroïne chez sa mère, l'occasion pour le réalisateur de nous faire découvrir des galeries de seconds rôles savoureux et de nous faire rire un peu, alors même qu'on avait envie de hurler que c'était vraiment injuste cette situation. Généralement, le temps à la fenêtre et la musique dans le salon sont maussades et nostalgiques. Question de cohérence.

Les premières retrouvailles

Finalement, après quelques jours, le quiproquo est démêlé et les deux amoureux se retrouvent, fous de joie. La scène se passe généralement sur une plage - déserte, bien entendu, c'est pas la Grande Motte en plein mois d'août - et ils courent dans les bras l'un de l'autre au ralenti sur un air de violon intense et mélodique. C'est à ce moment qu'il lui dit qu'il l'aime, les yeux humides, et qu'elle lui dit qu’elle aussi, elle l'aime. Et que c'est merveilleux et qu'ils ne veulent plus jamais se quitter. Et qu'ils s'aimeront toujours. Oui, on veut du superlatif, sinon ce n'est pas pareil. En principe, il en profite pour la demander en mariage. En principe, elle accepte. On accepte avec elle, juste avant de nous moucher bruyamment parce que qu'est-ce que c'est vraiment beau, tout de même. On a à peine le temps de sécher nos larmes de Madeleine que c'est déjà le générique de fin.

Et quand on sort du ciné, on n'a qu'une seule envie : que l'amour nous tombe dessus, nous aussi.

 

Romantique Natae