Il y a des choses qu'on n'a qu'en un seul et unique exemplaire dans la vie : un seul appartement - sauf quand on nage dans la thune - un seul conjoint - sauf quand on ne nage pas dans les scrupules - et une seule maman. Une maman, c'est la personne exceptionnelle qui a le courage de nous avoir dans son ventre pendant neuf mois, dans une poussette quelques années, dans ses bras en cas de gros chagrin et dans son cœur toute sa vie. Elle est plus belle que n'importe quelle autre femme même si elle a des rides au coin des yeux et c'est elle qui chante le mieux, même quand c'est faux. C'est elle qu'on appelle en premier en cas de grande joie ou de petit tracas, celle qui nous connaît mieux que personne et qui ne cessera jamais de nous aimer, même si on est la plus infâme des crapules. 
 
Mais il existe une sorte de mères bien particulière : ce sont les mères juives. 
 
Avant de développer et si vous deviez ne retenir qu'une chose, sachez juste qu'une mère juive est une mère - juive, fatalement - dont toutes les caractéristiques sont amplifiées, les bons côtés comme les mauvais. 
 
Concernant les bons côtés, il faut avant tout citer sa relation plus que particulière à l'alimentation. Pas la sienne, ça ça ne l'intéresse pas, pensez-vous ! Non, la vôtre ! Comment ça, vous n'avez plus faim ? Mais vous plaisantez ? Vous n'avez rien mangé ? Regardez-vous, la peau sur les os. Allez, elle vous prépare un Tupperware avec le reste du repas, vous le mangerez demain au bureau. Ah, et il y a aussi du gâteau pour votre petit-déjeuner. Et ça, elle l'a cuisiné hier, ça vous dit ? En fait, vous repartez toujours de chez elle avec dix kilos de bouffe dans un sac, c'est inévitable. Et encore, vous avez refusé la moitié de ce qu'elle voulait vous donner. 
 
Autres bons cotés : elle se souvient toujours des dates importantes, de vos rendez-vous, des anniversaires à souhaiter et des choses à ne pas oublier. Une mère juive, c'est mieux qu'un agenda Moleskine. Elle est toujours disponible quand vous ne savez pas où déjeuner le midi. Elle annule les dîners avec ses amis  pour vous. Elle tient sa machine à laver, son armoire à pharmacie et sa voiture à votre disposition. Elle répond à vos coups de fil même en réunion. Elle vous trouve magnifique. Elle cuisine mieux qu'Alain Ducasse. Elle ne voit pas vos défauts. Elle a de quoi vous rhabiller dans ses armoires. Vous passez avant tout, même avant elle.
 
Avec une telle description, la mère juive ressemble un peu à un produit miracle de téléachat et tout le monde voudrait en avoir une. Certes. Mais rassurez-vous, la mère juive reste un être humain. On ne va pas parler de défauts car parler en ces termes de sa maman serait insultant. Mais il est vrai qu'il y a des moments où on voudrait bien lui faire lire la définition du mot "Mesure" dans le dictionnaire. 
 
Qu'elle soit séfarade (c'est-à-dire originaire du bassin méditerranéen) ou ashkénaze (d'Europe de l'Est), la mère juive a un rapport très spécial au temps. Pas celui qu'il fait dehors, celui qui passe. Quand vous arrivez en retard chez elle, ce ne sont pas dix minutes qu'elle a attendues mais une éternité. Votre dernière conversation téléphonique n'a pas duré 2h30 - comme l’indique votre iPhone - pour elle ce n'était qu'une poignée de secondes. Quand elle croise un voisin bavard, elle vous fait signe d'accélérer le pas car avec lui, vous allez encore en avoir "pour des heures" (tout en sachant que c’est elle qui initie la conversation en général). Et puis le repas doit déjà avoir brûlé, elle s’est absentée si longtemps. 
 
Une mère juive n'est pas inquiète, elle est catastrophée. Elle n'est jamais tranquille, elle anticipe. Elle n'attend pas un coup de fil, elle le redoute. Elle n'espère pas, elle prie. Elle ne se met pas en colère, elle vous détruit. Elle ne sanglote pas, elle verse de quoi faire remonter le niveau de la Mer Morte à la surface de la terre. Elle arrête de vivre quand vous prenez l'avion, le TGV, la voiture ou même un Vélib. Elle ne se sent rassurée que lorsque vous êtes bien au chaud dans son canapé. Le reste du monde n'est qu'une gigantesque fosse aux lions. L'objectivité et le raisonnable sont des notions qui lui sont complètement inconnues.
 
Mais tout ça, c'est pour vous. Si elle est ainsi, c'est tout simplement parce que vous êtes ce qu'elle a de plus cher au monde et que s'il vous arrivait le moindre petit accident, elle en serait dévastée. Ses angoisses sont des preuves d'amour, rien de plus. Et puis avouez, la vie serait mortellement ennuyeuse sans son caractère si particulier, non ? Et, d'après vous, de qui tenez-vous ce sens aigu de l'exagération ? Sûrement pas de votre père. 
 
Alors à vous, les mères juives, et surtout à toi, ma maman juive à moi, je dis merci. Et surtout, ne changez pas !