Ne commencez pas à chipoter alors que l'article n'a pas encore commencé, j'ai écrit « iPhone » mais ça marche aussi si vous avez un Samsung Galaxy Note. Ça marche si vous avez, comme une majorité de gens normaux, un téléphone intelligent. Autrement dit : un smartphone. Autrement dit : 140 grammes de drogue dure.

Oui, je parle bien de ce petit objet douillettement lové dans votre sac ou dans votre poche qui passe cependant le plus clair de son temps bien au chaud entre vos mains, souvent branché à un secteur car vous êtes toujours à court de batterie. L'iPhone a cela d'extraordinaire que c'est un appareil portable mais qui devient, par la force des choses, un téléphone filaire. La technologie, vous dites ? Votre vieux Nokia 3310, toujours vivant au fond de son tiroir, se marre doucement.

C'est l'un des principaux effets de la drogue : vous ne pouvez pas sortir de chez vous sans emporter un chargeur et un câble. Et si jamais vous oubliez votre précieux kit de survie, vous n'aurez de cesse de faire chier tout le monde demander autour de vous si quelqu'un peut vous dépanner, supplier le patron du bar de mettre votre iPhone à recharger, soudoyer le serveur du restaurant pour qu'il vous place à une table proche d'une prise de courant. En voyage en TGV, vous restez une heure aux toilettes pour faire remonter le niveau de la jauge. Sans parler de la crise de panique qui survient quand vous passez le seuil fatidique des 20% restants, des sueurs froides et de l'angoisse qui vous assaillent à l'idée que, comme par hasard, tout le monde va vous appeler juste au moment où vous ne serez pas joignable. D'ici à ce que votre mère s'inquiète et appelle la police pour signaler votre disparition, il n'y a qu'un pas. 

L'autre souci avec l'iPhone, c'est qu'il sait se rendre indispensable et qu'il en joue. Son but ? Faire de vous un ermite qui n'a besoin de rien ni personne pour vivre pleinement. D’ailleurs, pour bien montrer à votre entourage que vous ne pouvez rien faire sans lui, vos e-mails sont, par défaut, signés « Envoyé de mon iPhone ». Prétentieux, vous croyez ? En tout cas il est toujours là. Qui vous réveille le matin ? Les bras virils de votre mec ? Les câlins de votre chérie ? Non, lui. Qui vous dit à quelle heure passe le prochain bus ? Qui vous occupe pendant le trajet ? Encore lui. Qu'il s'agisse d’aller sur Facebook, de lire vos e-mails, d'écouter des chansons, d'envoyer des textos ou de prendre en douce une photo du look incertain de la nana assise en face de vous et de publier ça sur Twitter, le temps passe bien plus vite avec lui. Pendant les réunions chiantes comme la pluie, vous jouez à Candy Crush votre iPhone vous évite de mourir d'ennui devant d'interminables présentations PowerPoint. Pendant les pauses déjeuner, vous pouvez passer vos coups de fil dans votre coin au lieu d'aller à la cantine avec vos collègues qui mangent la bouche ouverte. Vous avez oublié votre montre, il vous donne l’heure. Il fait de la lumière quand vous êtes dans l’obscurité. Quand vous sortez le soir, son GPS vous est bien utile pour ne pas vous perdre sur le chemin du ciné, d'ailleurs vous avez réservé votre place avec l'application UGC direct. Et si vous avez oublié l'adresse du restaurant où vous avez prévu d'aller, son navigateur internet vous vient aussitôt en aide, si tant est que votre quête désespérée de WiFI ait réussi. Mais ça, c'est une autre histoire.

Et c'est peut-être pour l'une de toutes ces raisons que l'iPhone est un de vos biens les plus précieux.

Déjà, pour l'acheter, vous avez payé un rein surtout si vous êtes chez Free. Une fois cette dépense substantielle passée, vous pensiez être tiré d'affaire mais c'était sans compter sur le pouvoir du marketing et de la paranoïa réunis. Un deuxième chargeur pour le bureau, un troisième pour la voiture et un quatrième parce qu'on ne sait jamais, une assurance anti-vol, anti-bris, anti-érosion, des coques, des protections et des housses-chaussettes, une station d'accueil, un repose-téléphone, un MacBook Pro parce que c’est plus pratique qu’un PC pour la synchronisation et j'arrête là la liste des achats, votre salaire mensuel y est déjà largement passé.

Votre iPhone est finalement comme votre enfant. Vous le chérissez, vous lui achetez plein de gadgets, vous lui apprenez à ne pas faire de vilaines fautes (quand l’option Auto-correct vous fait écrire n’importe quoi), vous suivez pas à pas son évolution à coup de mises à jour logicielles incessantes, vous veillez sur lui, vous l'enchaînez presque à vous quand vous êtes dans le métro et redoutez plus que tout d'en être séparé, privé de vos photos, de vos messages, de vos numéros, de vos notes... bref, de toutes ces choses qui représentent votre vie.

Voilà, c'était le mot que je cherchais : votre vie. Votre iPhone, c'est votre vie. Et c’est donc normal que vous y teniez. Par contre allez vite le rebrancher car le temps de lire ce post, vous avez perdu 8% de batterie.

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