Les magazines féminins nous font parfois faire de drôles de choses, surtout dès qu’il s’agit de nos cheveux. Alors même que l’on vivait tranquillement avec notre dégradé mi-long sans histoire, voilà qu’on nous impose le port de la frange obligatoire.

La frange ? Ce mot nous replonge en enfance et évoque ce rideau de cheveux qui nous tombait dans les yeux et qu’on a porté des années durant jusqu’à nos 11 ans, jour où on a enfin eu le courage de dire stop à notre maman. Le calvaire de la repousse a duré des mois, à grands coups de serre-tête, barrettes, bandeaux et crises de nerfs. Autant dire que le jour où tous nos tifs avaient ENFIN tous la même longueur, on était soulagée comme après cinq exercices de maths d’un coup. Donc non, la frange c’est niet.

Sauf que. 

Un jour on décide de se faire faire une mèche. Même que ça nous plaît. Et puis on se dit « Et pourquoi pas une frange tant qu’à faire ? ». Et là, on change de vie. Quand on sort de chez le coiffeur, on passe devant une vitrine, on se regarde et on est perplexe, on ne sait pas si on se préfère avant ou maintenant. On redoute le moindre coup de vent qui pourrait tout foutre en l’air et nous faire ressembler à un plumeau dégarni. Une fois chez nous, on s’observe dans le miroir et c’est l’heure des constats.

Avec une frange, on ressemble à une gamine de 10 ans. 

Pour essayer de regagner les quelques années perdues en quelques coups de ciseaux, on envisage de mettre du mascara. Résultat : on a 12 ans. Même pas et demi. Il faut trouver autre chose.

Un coup d’eye liner plus tard, on ressemble à Audrey Hepburn. C’est toujours plus classe qu’Amy Winehouse.

Pour varier, on se fait une queue de cheval : on ressemble à une secrétaire médicale. 

On essaye de mettre nos lunettes à montures noires pour mieux voir : on ressemble à une maîtresse d’école. 

Un coup de rouge à lèvres plus tard et la maîtresse d’école s’est transformée en maîtresse tout court, voire en actrice de film X. On n’a plus qu’à attendre le passage du plombier.

Quand on retrouve sa famille, ses collègues ou ses amis, on attend des réactions. Quand les gens aiment, on est contente et on se dit qu’on a bien fait. Quand les gens n’aiment pas, on leur dit que ça repoussera. Quand ils ne disent rien, on se dit qu’ils n’aiment pas du tout mais qu’ils sont assez polis pour ne rien dire et ne pas nous vexer. On les maudit intérieurement. Notre mère adore et c’est bien normal : elle a l’impression que sa grande fille de 30 ans est redevenue sa petite poupée. Ce que pense Freud de la frange ? C’est dommage, on ne pourra pas lui demander.

Au quotidien, la frange est une véritable galère. Comment se nettoyer le visage sans se mettre de l’eau partout ? On peut bien la ramener en arrière avec moult accessoires mais, dès qu’on les enlève, notre frange a eu le temps de prendre une forme tout à fait disgracieuse. On est bonne pour se refaire un mini-brushing, comme si on était déjà pas assez à la bourre comme ça. Quand il s’agit de se tartiner la figure de crème, on est obligée de pencher la tête en avant pour pouvoir atteindre notre front. Se mettre du fard à paupières est une épreuve, le démaquiller est un défi. Heureusement qu’on est en hiver et qu’il n’y a pas de soleil, sinon on bronzerait avec la marque de la frange. Quand on se réveille le matin, on ressemble à un iroquois. Quand on est seule, ça va. Mais quand notre amoureux dort tranquillement à côté, on a intérêt à être debout avant lui pour aller se donner un coup de brosse à la salle de bains avant qu’il n’ouvre les yeux et se demande comment Cousin Machin a bien pu atterrir dans son lit. 

Puis les jours passent et on s’habitue tant bien que mal à sa frange. Parfois on a envie qu’elle disparaisse alors on la plaque rageusement en arrière et on retrouve avec surprise notre tête d’avant. Parfois on est contente qu’elle soit là et on appréhende la repousse. Parfois on l’oublie. Parfois on s’en  fout. Parfois on en arrive même à se dire qu’on serait mieux en blonde. Mais ça, c’est une autre histoire…