On connaît tous la pyramide de Maslow qui représente de manière hiérarchique les besoins de l'être humain : d'abord les besoins physiologiques, puis le besoin de sécurité, le besoin d'appartenance, le besoin d'estime et enfin le besoin de s'accomplir. Ce que ce brave homme ignorait, le jour où il a mis au point ce schéma, c'est que la donne allait changer un jour et qu'un besoin encore plus nécessaire à notre survie allait arriver et foutre en l'air son beau dessin. Plus fort que le besoin de boire de l'eau en pleine canicule, plus important que le besoin de faire pipi après s'être retenu des heures plus urgent que le besoin de manger après Yom Kippour, il y a le besoin d'avoir du WiFI.

Le WiFI. Ce mot magique qui est la contraction de Wireless Fidelity, ces quatre lettres indispensables à notre vie, ce petit logo qui nous plonge dans le désespoir quand il disparaît des écrans de nos iPhones et qui ramène la joie et l'espoir dans nos coeurs sitôt qu'il réapparaît. Le WiFI est notre meilleur ami, on pourrait même se mettre en couple à vie avec lui pour être sûr qu'il ne nous quitte jamais. Malheureusement pour nous, il nous fait très régulièrement d'intolérables infidélités et se fait porter pâle, nous laissant avec ses remplaçants 4G, 3G, Edge ou - pire encore - "Réseau Indisponible". Et c'est dur.

Le WiFI est une sorte de graal des temps modernes dont nous sommes en quête permanente. Avant, quand on allait passer la soirée chez des amis, la première question qu'on posait en arrivant, c'était "Où est le frigo ?" (pour ranger les bouteilles), ou bien "Où sont les toilettes ?" (parce qu'on a une vessie de la taille d'un pois chiche), ou encore "Où est le balcon ?" (pour aller s'en griller une). Aujourd'hui, on a à peine dit bonjour au maître des lieux qu'on lui demande le mot de passe pour se connecter à son réseau WiFI. Quand on part en vacances à l'étranger, on choisit l'hôtel où on séjournera pas seulement parce qu'il est beau, proche de la plage ou qu'il propose un bon petit-dèj. On regarde D'ABORD s'il y a du WiFI gratuit partout (et pas seulement dans le hall). On prend l'habitude d'aller squatter chez Mc Do ou Starbucks qui proposent quasiment toujours un WiFI gratuit... Comme quoi la mondialisation, ça a du bon. Même au restaurant, après avoir commandé son plat, on ose demander au serveur le code pour accéder au réseau. Même chose dans les bars. Il est très important, dans tous ces cas de figure, d'être entouré de personnes aussi malades connectées que nous sous peine de passer pour un drogué en manque.

Sans WiFI, on a l'impression que notre iPhone n'a plus de raison d'être, on se sent vulnérable, incapable de faire quoi que ce soit à part passer des appels inutiles. La rue de Paris dans laquelle on marche se transforme en île déserte et on se sent encore plus fragile qu'un aventurier de Koh Lanta sans totem d'immunité. Plus qu'un besoin, plus qu'une quête, plus qu'un lien avec le monde, le WiFI est un maître qui a remis au goût du jour un certain esclavagisme.

Et le pire, c'est qu'on en redemande.

Mais tout ça pour quoi ? Pour synchroniser nos données, pour éviter de payer l'équivalent d'un rein en hors-forfait, pour faire des check-in Foursquare, pour naviguer plus vite, pour tweeter des bêtises, poster des photos sur Instagram, espionner la vie des autres sur Facebook, jouer à Flappy Birds, lire nos 46 notifications sur WhatsApp ? Il n'est donc aucunement question de vie ou de mort mais il semble évident que nous ne pouvons décemment pas survivre sans faire tout ça. C'est bien ce que je disais au début : Maslow n'a rien compris.