Des devoirs, on en a tous fait quand on était à l’école. C’était chiant, c’était long et en plus nos parents nous surveillaient pour vérifier qu’on les avait bien faits. Le lendemain, deuxième vérification par la maîtresse et son regard sévère. Arrive l’âge adulte et on se retrouve avec d’autres devoirs comme voter ou payer ses impôts. Mais il existe un autre type de devoir : le devoir de mémoire.

Se souvenir des moments heureux, c’est facile. Mais ça l’est beaucoup moins dès qu’il s’agit d'événements funestes, d’atrocités et d’actes barbares. Qu’ils aient eu lieu il y a quelques décennies, quelques années, quelques mois, quelques jours plus tôt, qu’il s’agisse de la Shoah, de la tuerie de Toulouse ou du meurtre d’Ilan Halimi, s’en rappeler c’est ne plus vouloir les revivre. Plus jamais.

Lundi dernier, nous avons rendu hommage aux 6 millions de Juifs qui ont péri pendant la Seconde Guerre mondiale, victimes des nazis et de leurs collaborateurs. Nous ne pouvons pas oublier cet épisode douloureux qui fait partie de l’Histoire de notre pays et de l'humanité.

Hier, le film 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi est sorti au cinéma.

À cette occasion, de nombreuses personnes sur la toile revendiquent ostensiblement leur volonté de ne pas aller voir ce film sous prétexte qu'il est trop violent, que ça ne sert à rien d’en rajouter une couche et qu’elles n’ont pas envie de ressentir ce genre d’émotions. Après tout, à quoi ça sert, hein ? Il y a tellement d’autres films à aller voir.

Refuser d'aller voir ce film, c’est pourtant refuser de se souvenir, refuser d’accepter l'inacceptable ou tout simplement refuser d’affronter la réalité en face. Kidnapping, rançon, chantage, torture et meurtre sont les ingrédients récurrents des films de fiction que nous allons parfois voir sur grand écran. On n’a aucun problème à payer sa place de cinéma et à acheter un seau de pop corn. Des enquêtes policières plus ou moins scabreuses, il y en a toutes les semaines sur le petit écran. Mais là, il s’agit d’une affaire bien réelle qui a eu lieu il n’y a même pas dix ans. Qui a eu lieu ici, en France, en banlieue parisienne, dans une cité, à quelques kilomètres de chez nous, de chez vous. Alors là c’est différent. On ne veut pas voir de sang et de larmes, on ne veut pas voir de torture, on ne veut pas voir la douleur d’une famille. On préfère regarder Plus belle la vie.

Pourquoi refuser de se remémorer ? Se voiler sciemment la face alors que les faits sont là, devant nous, représentés à l’écran par des acteurs de chair et de sang est trop dur à supporter, c’est ça ? On a peur de se confronter à ce qu’il s’est vraiment passé ? Fermer les yeux n’est pas une solution. S’enfouir ainsi la tête dans le sable en attendant que le film ne soit plus projeté est même un manquement à son devoir citoyen. Oui, il faut le faire. Oui, c’est important. Parce qu’on ne peut plus accepter que ce genre d’horreur se reproduise encore. Ce meurtre est l’affaire de tous et ne doit jamais tomber dans l’oubli. 

Nous n’avons pas de parents ou de maîtresse d’école derrière nous pour nous obliger à nous acquitter de ce devoir de mémoire et pourtant nous devons aller au cinéma. Qu’on le veuille ou non. Qu’on soit mère ou non. Qu’on soit Juif ou non. Ce film est une expérience forte et difficile que nous devons vivre afin de ne pas oublier. Car le cinéma sert aussi à ça.

Nous n’avons pas de parents ou de maîtresse d’école derrière nous mais aujourd’hui nous avons autre chose : nous avons une conscience.