Un hôpital c’est un peu comme un centre des impôts : moins on y va, mieux on se porte. Seulement voilà, il arrive des moments dans la vie où on n’a pas vraiment le choix. Le hasard, la malchance et l’imprudence s’associent en une dangereuse alliance et on se retrouve en petits morceaux aux urgences de Saint-Antoine.

Les urgences, comme leur nom l’indique, c’est l’endroit où les pompiers nous emmènent quand ça urge. Et, selon l’infaillible loi de Murphy, il y a toujours du monde. La première chose qu’on nous fait une fois qu’on a attendu un temps passablement long, c’est un interrogatoire : circonstances de l’accident, numéro de carte Vitale, qui est la personne à prévenir (généralement elle est juste à côté de nous en train de nous tenir la main), antécédents, groupe sanguin, allergies et tout un tas d’autres choses auxquelles on n’est parfois pas en mesure de répondre. Une fois tous ces renseignements recueillis, arrive le moment où une infirmière nous dit LA phrase que l’on va entendre trente fois par jour : « Attention, je pique ». Non, elle ne s’apprête pas à nous faire sentir la repousse de trois semaines de poils sur ses jambes, elle va juste nous piquer avec une aiguille. Pour nous prélever du sang, nous injecter des antalgiques et nous mettre une perfusion pleine de calmants et de nutriments. A partir de ce moment, avec la perfusion, on redevient un bébé avec un cordon ombilical. Puis on a droit à des radios, des scanners et plein d’examens, le tout à bord d’un brancard tout confort et sous une chemise de nuit que Cristina Cordula ne trouverait absolument pas moderne, ma chérie.

Après avoir vu un professeur qui a établi un diagnostic plutôt inquiétant, on passe des urgences à la réanimation. La réanimation, c’est la section surveillance rapprochée, un lieu où on est sous contrôle 24 heures sur 24. On a des électrodes collées sur tout le corps reliées à une grosse machine derrière nous, un appareil qui prend automatiquement notre tension toutes les 20 minutes, une pompe à morphine qu’on peut presser à l’envi en cas de douleur, une sonnette pour appeler les infirmiers quand la morphine ne suffit plus et même une sonde. En réanimation, il n’y a pas une seconde de silence. Ça fait bip bip de partout et on a des visites minimum toutes les deux heures : pour une prise de sang, pour la fréquence cardiaque, pour gérer une crise de tachycardie et autres vérifications de routine. Même à deux heures du matin. Du coup, c’est le bordel dans nos cycles de sommeil.

Après avoir vu un médecin qui a jugé que notre état s’améliorait, on quitte la réanimation pour rejoindre une chambre d’hospitalisation classique. Et là, on déchante. Après s’être fait bichonner et avoir été le centre d’attention de tout le personnel, on se retrouve simple patient parmi une multitude d’autres malades. La chute est rude. Alors qu’un infirmier en réa mettait exactement 15 secondes chrono pour arriver après notre coup de sonnette, ici l’aide soignante est là au moins 10 minutes plus tard. Autant dire que notre saignement de nez a le temps de recouvrir le bas de notre visage et le haut de notre superbe chemise de nuit Hôpitaux de Paris. On n’a plus d’électrodes, plus de prises de sang trois fois par jour, plus de pompe à morphine mais il nous reste encore notre précieuse perfusion. Et on peut demander de la morphine à notre infirmière préférée. On s'ennuie alors on lit et on dort beaucoup. Peu à peu, on se remet à manger normalement sans vomir, on arrive à se tenir en position assise. Et la montagne de chocolats et bonbons sur notre table de nuit grossit au fur et à mesure des visites de nos proches sans qu'on n'y touche.

A l’hôpital, il faut faire attention aux couleurs des vêtements des gens qui vont et viennent dans notre chambre pour comprendre qui est qui. En blanc, ce sont les aides soignants. En vert, ce sont les infirmiers. En bleu, ce sont les internes. Et en bleu marine, ce sont les médecins, les vrais, les durs, ceux qui passent leur journée au bloc et viennent nous rendre des visites éclair le soir à 21 heures, juste le temps de nous demander si nos intestins sont toujours pleins (bon appétit) et de soulever notre chemise de nuit pour nous palper le ventre alors qu’on est pudique comme pas deux. De toute manière la pudeur, à un moment, il faut oublier. Quand on est hospitalisé, faible et dépendant, notre corps ne nous appartient plus. Que ce soit pendant la toilette, les examens ou les déplacements du lit au brancard, en 15 jours tout le personnel de l’hôpital a vu notre séant. Au début, on tente maladroitement de se couvrir avec un drap mais, au bout de quelques jours, on renonce devant l'absurdité de la chose car on finit toujours à poil. Et puis on se rend compte que tout le monde s'en fout. 

Sauf qu’un jour, on nous laisse sortir et là, il va bien falloir remettre des vêtements. On rentre gentiment en ambulance pour une longue période de convalescence avec, sous le bras, trois kilos de prescriptions pour des médicaments et des examens à venir. Donc l’hôpital, même quand on le quitte, on sait qu’on y reviendra très bientôt et que ce n'est pas demain qu'on va pouvoir se remettre debout sur ses deux jambes.

La prochaine fois, c'est promis, on fera plus attention quand on traversera la route.