Attention, on a dit "burger", pas "hamburger". Et cette petite syllabe en moins fait toute la différence. On ne parle pas de saloperie nourriture de chez Mac Do, on parle de gastronomie bobo. Fans de Ronald et de menus Maxi Best Of, passez votre chemin. Ou restez si vous voulez, j'accepte tout le monde.

Si aujourd'hui je veux parler de burger, c'est parce que c'est devenu un incontournable, un véritable phénomène de société culinaire. D'ailleurs, n'entendez-vous pas dans les conversations "J'ai super faim, on pourrait aller se faire un beurgueur" ? Alors que le mot hamburger évoquait jusqu'à il n'y a pas si longtemps un sandwich industriel calorique et peu onéreux souvent accompagné de frites et arrosé de Coca, les choses ont bien changé aujourd'hui. Le burger n'est plus cette chose molle et insipide qui fait culpabiliser, c'est devenu la star des brasseries, le chouchou des nouveaux restos et un véritable dieu auquel de nombreux établissements vouent un culte.

Allez dans n'importe quel bistrot parisien, n'importe quel troquet et regardez le menu. Au milieu du traditionnel steak tartare et de l'irremplaçable pavé de saumon à l'aneth, juste avant la tarte Tatin ou le moelleux au chocolat et sa boule de glace vanille, un petit nouveau a fait son apparition : le burger maison. Et faites le test en emmenant vos collègues lors de votre prochaine pause-déjeuner : tout le monde commandera un burger. Avec des haricots pour mesdames, parce que quand même ça fait beaucoup de calories si on prend des frites. Eh oui, le burger est venu, a vu et a vaincu. Il a su imposer sa présence et n'est pas près de retourner à la case fast food.

Mais quelle différence entre le sandwich estampillé malbouffe et celui qu'on vous sert en terrasse à Saint-Germain des Prés accompagné d'un petit verre de rouge (sic) ? Un pain maison, plutôt dodu, pas forcément parsemé de sésame. Un steak bien plus épais que ce qu'on connaît. Et surtout, des ingrédients qui changent : pas de Toastinette mais un Cheddar anglais 35 mois d'affinage ou une fourme d'Ambert. Pas de salade Iceberg qui croque sous la dent mais une roquette de chez le primeur bio du marché d'à côté, une batavia ou une chicorée bien poivrée. Les oignons sont confits, les tomates sont séchées et parfumées d'une huile d'olive à l'origan, la rondelle de cornichon a été marinée dans une préparation à l'estragon, la moutarde est AOC, la mayonnaise est maison... On peut aussi avoir des variantes avec du bacon, de l'avocat, du Tofu, du homard, de la truffe, des champignons, du foie gras de la cervelle d'agneau. Aucun rapport, donc.

Côté accompagnements, on a le choix entre des vraies frites assaisonnées à la fleur de sel de Guérande, du coleslaw ou même de la salade pour se donner un semblant de bonne conscience. Quand l'assiette d'ogre arrive à table, plus personne ne parle. Et en moins de quinze minutes, l'affaire est pliée. C'était hyper bon, rassasiant et pas chimique du tout. Et c'est bien normal. Vous auriez eu les boules d'avoir payé 20€ pour un truc dégueu, non ? Mais sortons un peu du bistrot si vous le voulez bien.

De Big Fernand à Paris New York en passant par Le Fil Rouge Café, de plus en plus de restaurants déclinant le burger sous toutes ses formes fleurissent pour le plus grand bonheur de nos papilles gustatives et de nos jeans bientôt trop petits. On pourrait croire que c'est un marché de niche et que tout miser sur le burger serait une erreur mais pas du tout. Toutes ces enseignes connaissent un succès fou et font des petits un peu partout.

Pourquoi cet engouement ? C'est simple : les portions microscopiques aux prix astronomiques nous ont lassés. Sortir du restaurant avec un creux dans l'estomac, c'est frustrant. Et puis on n'a qu'une vie, à la fin. Autant en profiter. Et pour cela, rien ne vaut un plat bien régressif, réconfortant, gros et gras avec plein de sauce partout. Et si ça peut faire plaisir à la personne en face de nous qui est un peu maniaque, on a toujours la possibilité de manger avec des couverts. Même si, avouons-le, c'est un peu étrange. 

Et après ? Attendons-nous à la prochaine tendance culinaire chic et choc qui va révolutionner les cartes des restaurants : le poulet frit sous toutes ses formes, version élégante et moderne des nuggets. Vous êtes prévenus.