Avez-vous déjà entendu parler d’Hamman ? Pas le hammam, le bain de vapeur, Hamman. Non ? Alors nous allons découvrir qui il était. Et pour ce faire, partons en voyage en Perse environ quatre ou cinq siècles avant l’ère chrétienne. En ces temps très reculés, le pays était dirigé par un roi un peu mégalomane : Assuérus de Perse. Il s'estimait être le plus puissant des monarques puisqu'il régnait sur cent vingt-sept provinces. Et comme ce n’était pas la modestie qui l’étouffait, il adorait étaler sa grande richesse aux yeux de tous et organiser des banquets gargantuesques encore plus bling bling que les soirées de Cathy et David Guetta à Ibiza. C’est dire.

Lors d'un de ces incroyables dîners, il demanda à sa femme, la reine Vasthi, de venir. Pour quelle raison, sans doute pour l’exhiber, la montrer à tout le monde et se vanter encore plus. Mais le fait est qu’elle refusa catégoriquement car elle estimait que son mari n’était pas le souverain du pays. Insulte suprême ! Du coup, Assuérus, vexé, la chassa. Le souci, c’est qu’il ne pouvait pas rester tout seul. Alors il se chercha une nouvelle épouse. Comme Meetic n’existait pas encore à l’époque, il envoya ses hommes prospecter afin qu’ils lui ramènent des femmes potentielles. Parmi toutes celles qu’il vit, il eut le coup de cœur pour une belle brune : Esther. Au milieu de toutes les pintades maquillées comme des camions volés et décorées comme des arbres de Noël, Esther, avec sa robe blanche toute simple et ses cheveux épargnés par le lisseur Babyliss, se détachait clairement du lot. Il jeta donc son dévolu sur elle. 

Pour le mariage, une grande fête eut lieu au palais, Esther devint la nouvelle reine. Le roi était très content. C’était une épouse douce et agréable et il était très amoureux d’elle. Mais il ignorait qu’elle était juive. Esther gardait cette particularité pour elle. C’était son secret. Il n’y avait que son cousin et tuteur Mardochée - sa seule famille - qui était au courant. Mardochée, puisqu'on parle de lui, surprit un jour de manière fortuite une conversation entre deux des domestiques du roi. De quoi parlaient-ils ? D’assassiner le roi. Mardochée, qui était un homme bon, en avertit Esther qui prévint le roi qui fit aussitôt pendre les infâmes comploteurs. 

Mais, vous vous en doutez, il n’y avait pas que ces deux-là qui étaient mal intentionnés dans cette histoire. Dans le rôle de l’ennemi en chef, il y avait Hamman. C'était le conseiller du roi et, accessoirement, il haïssait les Juifs. Vu que son travail consistait à dire ce qu’il devait faire au roi, il en profitait allègrement pour lui insuffler ses ignobles idées. Un jour, il obtint du roi un décret qui ordonnait l’extermination de tous les Juifs du royaume. Il était tellement sadique qu’il poussa même le vice jusqu’à tirer au sort la date de l’exécution. C’est de là que vient le nom Pourim, c'est un nom qui veut dire les sorts en hébreu. Le roi, très influençable, accepta donc et fit envoyer des édits dans toutes les provinces de son royaume. Mardochée apprit la nouvelle. On imagine qu’il n’était pas spécialement heureux d’apprendre sa mort prochaine alors il alla vite trouver la Reine Esther pour lui raconter cette horrible nouvelle et lui demanda de faire quelque chose.

Esther demanda alors à Mardochée de jeûner pendant trois jours. Elle demanda à ce que tous les Juifs du royaume le fassent également. Elle s’engagea à jeûner, elle aussi, et promit d’aller parler au roi, dût-elle en périr. Conformément à ce qu’elle avait indiqué, Esther, ses servantes, Mardochée et tous les Juifs de Perse jeûnèrent pendant trois jours. Le soir du troisième jour, Esther alla voir son mari le roi et lui dit qu’elle avait quelque chose à lui demander. Et elle l’invita à un festin qu’elle donnait. Parce que c’est bien connu, le plus court chemin pour atteindre le cœur d’un homme, c’est son estomac. Elle demanda aussi à ce qu’Hamman vînt. Pendant le festin, le roi, qui était très curieux, demanda à Esther quelle était sa requête. Et comme il aurait fait n’importe quoi pour elle, il lui dit que même si elle lui demandait la moitié du royaume, il la lui accorderait. Etait-il très saoul ou juste très amoureux ? En tout cas, il était prêt à lui donner beaucoup. Et là, Esther demanda au roi de bien vouloir assister au banquet qu’elle donnerait le lendemain soir en son honneur, et que, à ce moment, elle lui exposerait sa demande. Le roi accepta, bien entendu. En même temps, il n’avait pas vraiment le choix.

Il alla se coucher dans son lit mais ne parvint pas à trouver le sommeil, l’esprit agité par cette histoire. Afin de penser un peu à autre chose, il demanda à ses serviteurs de lui apporter le livre des annales : les Chroniques. Il s'agissait d'une sorte de répertoire rapportant tous les faits marquants qui étaient survenus dans la ville. Il demanda qu’on lui en lise quelques paragraphes. Les serviteurs s’exécutèrent et c’est à ce moment qu'il prit connaissance de l'épisode de la tentative d'assassinat. Il apprit que Mardochée lui avait sauvé la vie. Il demanda alors à ses serviteurs ce que le brave homme avait reçu comme récompense pour ce formidable geste et on lui répondit qu’il n’avait rien eu. Même pas un Pépito.

C’est à ce moment précis qu’Hamman arriva chez le roi. L'infâme comploteur avait en tête de lui montrer une potence qu’il avait préparée pour Mardochée et de le faire pendre le lendemain. En effet, Hamman ne pouvait pas supporter Mardochée car celui-ci refusait toujours de se prosterner devant lui. Mais, avant même qu’il n’ait pu exposer son sinistre plan au roi, celui-ci lui demanda conseil : « À ton avis, mon cher et fidèle conseiller, que faut-il faire pour un homme que le roi veut honorer ? » Oui, Assuérus parlait de lui à la troisième personne du singulier. Hamman réfléchit à toute vitesse et se dit en lui-même que le roi parlait forcément de lui. Après tout, qui d’autre aurait-il voulu honorer ? Il était bien loin de s’imaginer que le roi pensait à Mardochée. Se voyant déjà en haut de l’affiche, il prépara soigneusement une réponse à la hauteur de ses rêves et dit au roi qu’il fallait couvrir cet homme des habits royaux, le faire monter sur le cheval du roi et le promener dans toute la ville en disant « C’est ainsi que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer ». Il s’y croyait déjà mais sa rêverie fut de courte durée car Assuérus lui dit aussitôt « Très bien, alors fais cela pour Mardochée, le Juif qui est devant ma porte ». Double coup de poing dans les côtes. Mais Hamman n’avait pas le choix, il avait creusé sa tombe tout seul. Alors il mit à exécution sa proposition, la mort dans l’âme et l’égo réduit à l’état de ballon de baudruche dégonflé. 

Mais peu après, il était l’heure d’aller dîner chez la Reine Esther qui avait encore préparé un fabuleux repas. Le roi et Hamman s’y rendirent, l’estomac dans les talons. De nouveau, le roi demanda à sa femme quelle était donc sa requête. Et cette fois-ci, elle lui révéla son secret et lui demanda de lui accorder la vie, à elle et son peuple, car elle savait qu’ils étaient tous condamnés à être anéantis. Car l’ennemi était sans pitié. Furieux que quelqu’un veuille faire du mal à sa femme, le roi lui demanda immédiatement qui était cet ennemi et Esther lui répondit sans hésiter que c’était Hamman, là, juste à côté. Ledit Hamman était précisément en train de se chier dessus. Assuérus, très en colère, sortit dans le jardin se calmer les nerfs. Pendant ce temps, Hamman resta avec Esther pour lui demander grâce car il savait bien qu'il n'avait plus aucune chance. 

Quand le roi revint, on lui montra la potence qu’Hamman avait préparée pour Mardochée. Assuérus fut indigné de voir que quelqu’un voulait pendre le brave homme qui lui avait sauvé les miches. Et comme ce vilain personnage s’avérait aussi être celui qui voulait tuer sa femme, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder la jarre et le roi ordonna que l’on pende sur-le-champ Hamman à cette potence. Ce qui fut fait. On pourrait terminer à ce moment-là mais il ne faut pas oublier le sombre projet d’extermination massive des juifs d’Hamman qui, lui, n’était pas mort. Esther n’était pas tranquille, elle savait qu’Hamman avait envoyé partout dans le royaume des édits indiquant qu’il fallait tuer tous les Juifs. Alors, désespérée, elle se jeta aux pieds de son mari, implora sa grâce et demanda à ce que ce massacre soit évité. Assuérus accepta et le peuple d’Esther fut épargné. Ce fut un immense soulagement.

Vous connaissez à présent l'histoire et vous demandez maintenant pourquoi la fête de Pourim est synonyme de Carnaval. La raison est simple : le prénom Esther signifie Je me cacherai. Cette signification renvoie à trois éléments : le premier, c'est l'absence d'intervention de D.ieu dans le récit. Vous avez remarqué qu'Il n'apparaît à aucun moment. Le deuxième, c'est qu'Esther cache son identité au roi. Elle ne lui dit pas qu'elle est juive. Enfin, le troisième renvoie à la tradition de se déguiser à Pourim. En efft, on se cache derrière un masque.  Voilà pourquoi Pourim est synonyme de carnaval !