Voilà une notion tout à fait singulière, le genre de phénomène qui débarque un jour sans que personne ne sache ce que c'est, qui s'installe sans que personne ne s'en rende compte et qui devient omniprésent sans que personne n'ait rien demandé. La detox, quand la mode a commencé à pointer le bout de sa feuille de menthe, on n'en avait jamais entendu parler. Desintox on savait, on lisait Voici assez régulièrement pour savoir de quoi il s'agissait. Intox aussi, toujours en lisant Voici. Mais detox ? Inconnu au bataillon.

Evidemment, les permiers à nous en parler étaient les fayots du premier rang en matière de branchitude et de nouvelles tendances émergentes en provenance des Etats-Unis. Comprendre : les magazines féminins type Elle et les versions dérivées sur le Net. Car oui, à l'époque, les blogueuses mode, beauté et lifestyle étaient encore terrées chez elles, condamnées à écrire des articles non-sponsorisés. 

Un jour, donc, un jour normal où l'on avait commencé la journée avec une bonne grosse tartine de Nutella (vous m'excuserez, je n'aime pas le beurre), on est tombée sur un article qui nous parlait de la detox. Detox comme détoxication, ce phénomène révolutionnaire qui permettait de devenir super bonnasse nettoyer son pauvre petit organisme fragilisé par notre mode de vie de personne soumise en permanence aux diktats de la société de consommation. Car oui, c'est bien joli de tester toutes les nouvelles cantines à la mode qui proposent des frites maison et d'enchaîner les apéros mais c'est mal pour notre corps qui se retrouve du coup victime d'excès (de mauvaises choses), de carences (de bonnes choses) et qui, de fait, kiffe moyennement la vibes. La detox était une nouvelle manière de faire un grand nettoyage de printemps de l'intérieur et, par conséquent, d'être en harmonie avec soi-même en affichant un corps sain (l'esprit sain n'étant pas compris dans le programme).

Parce qu'il faut bien savoir une chose : si on est fatigué, malade, de mauvaise humeur, si on a une peau de merde, des cheveux plats, des règles douloureuses, le ventre gonflé des flatulences chroniques et un sommeil agité, c'est normal : c'est parce que notre organisme est dégueu. Et la réponse toute simple à nos innombrables troubles, eh bien c'est la detox, chers amis. Débarrassez-vous des mauvaises toxines qui encrassent vos artères et vos organes, vous verrez comme vous irez mieux après.

Concrètement, on nous a dit : commencez par faire une monodiète. Comprendre : bouffez le même aliment et rien que cet aliment pendant trois jours, ça va purifier vos intestins. Alors évidemment, il ne s'agissait pas de choisir une monodiète à base de frites ou de croissants aux amandes. On nous parlait de raisin, de soupe aux choux, de pamplemousse. T'as faim ? Mange une pomme. Et si t'as encore faim, tu peux prendre encore une pomme. Mais ne te gave pas trop, au dîner y'a des pommes. Trois jours comme ça. Trois jours pendant que les autres mangent des naans au fromage chez l'Indien. Ah oui, et puis il faut boire. Beaucoup. Et de l'eau exclusivement, pas du Coca ou du nectar multivitaminé 45 fruits. De l'eau et des pommes, donc. L'alimentation d'un hamster, si on résume. Il manquait plus qu'on nous prescrive de faire de la roue.

Après, on nous a dit de nous metttre aux jus de légumes. Gros changement puisque la variété était de nouveau au menu. Mais bon, toujours pas de frites. Alors que pour nous, un jus était forcément orange, rose, jaune, ou de toute autre couleur faisant partie de la palette des couchers de soleil, on a découvert l'émergence des jus vert, violet, beige, kaki, marron ou de toute autre couleur faisant partie de la palette des trucs qu'on trouve à nos pieds en forêt après la pluie. C'est ainsi qu'on a commencé à boire des mixtures à base de brocoli, céleri, épinard, chou, salsifi et herbes aromatiques (fallait tout de même que ça ait un peu de goût, à défaut de mettre du Ketchup). Et on avait encore le droit de boire de l'eau. Rien n'est trop beau.

Pendant tout ce temps, les sucres lents, les protéines, les glucides, on pouvait tout simplement se brosser avec. Et, chose absurde, puisqu'on devait éliminer, il fallait également faire du sport. Autant dire qu'on perdait de l'énergie sans jamais en récupérer. La logique dans toute sa splendeur. C'était Dukan qui se marrait bien avec ses kilos de viande.

Un jour, on a eu le droit de recommencer à manger pour de vrai. Mais attention, toujours pas de frites. Par contre du pain de seigle, du surimi, du blanc de dinde, de l'oeuf (mais sans le jaune), du poisson, des haricots, de la soupe (mais sans les croûtons), des bâtonnets de crudités, des fruits (dans le cas où on aurait pas déjà cané d'une indigestion de pommes - voir plus haut). Et il fallait toujours boire. Des jus, des smoothies, des infusions miracles, des thés magiques. Et puis on pouvait aussi se préparer sa propre detox water. La detox water. Traduction : tu crois que tu vas maigrir mais en fait tu passes juste ta vie aux toilettes. C'est sympa à faire, on découpe des fruits, des légumes, on les met dans une belle bouteille en verre, on met de l'eau, ça passe la nuit au frais et le lendemain on se délecte d'une eau délicieusement aromatisée tout au long de la journée. 

Finalement, la detox, c'est une mode qui dure le temps qu'une autre la remplace mais force est de constater qu'elle a pas l'air de vouloir bouger. La detox c'est des hashtags populaires sur Instagram, des photos qui donnent de l'inspiration pour la vie mais de la motivation pour trois jours maxi... Et une envie de frites qui, décidément, ne voudra jamais passer.

 

IMG_0988