Je ne sais pas si on prend trop de bains, si on laisse trop de lumières allumées ou si on jette trop de papiers mais une chose est certaine : la planète est complètement détraquée. Vous vous souvenez la semaine dernière ? Lundi il faisait gris, on se pelait et il pleuvait à torrents. Deux jours après, c'était la canicule, un soleil de plomb et une chaleur à crever. En 48 heures, on était passés d'octobre à juillet. Neuf mois en deux jours, avouez que c'est pas vraiment naturel. Enfin cela dit, on était bien heureux de retrouver le soleil, l'astre annonciateur du retour des beaux jours. 

Les beaux jours, ces invités qu'on attend impatiemment mais qui prennent toujours leur temps.

Généralement, quand ils arrivent, on est prévenus. Ou pas. En fait, ils arrivent surtout quand on ne s'y attend pas, comme par hasard un jour où on a mis un pantalon bien épais, un pull bien moche chaud et un manteau qui pèse trois fois notre poids. On sort de chez nous le matin en constatant qu'il fait étonnement doux mais on est loin de se douter que, tout à l'heure, quand on ira déjeuner, il fera 30 degrés. 

Comme personne n’avait prévu cette soudaine embellie, les bureaux ne sont pas encore climatisés et la journée passe dans d’horribles conditions. À chaque collègue - passablement débraillée - qu’on croise, on n’a qu’un mot à la bouche : « Oh la la, mais qu’est-ce qu’il fait chaud, alors ! ». Et la personne de répondre : « Pourvu que ça dure ! ». Normal. On rêve tous de T-shirt et de sandales pour le lendemain, ce serait bête qu’il se remettre subitement à pleuvoir alors qu’on est en bermuda.

Quand les beaux jours reviennent, je suis toujours étonnée de voir que les gens ont l’étrange faculté d’être un jour en doudoune et le lendemain à poil en micro short. Moi quand j’étais petite, j’avais ce que ma mère appelait « les affaires d’hiver » et « les affaires d’été ». Et je ne pouvais mettre mes habits légers que quand on avait remonté les cartons de la cave. Pas avant.

Quand les beaux jours reviennent, les teintes estivales reviennent sur nos vêtements, éjectant allègrement le noir, le bleu marine, le gris et toutes les autres couleurs foncées qui ont le gros défaut d’absorber les rayons du soleil au lieu de les réfléchir. Les chemisettes refleurissent comme des pâquerettes sur les hommes et c’est pénible.

Quand les beaux jours reviennent, il y a plus pénible encore pour nous les nanas : le marathon de l’épilation et ses trois épreuves obligatoires que sont les jambes, les aisselles et le maillot. A cette épreuve, pas de médaille. Juste la souffrance. Et la tranquillité de s’habiller légèrement sans ressembler à un ours qui aurait hiberné trop longtemps.

Quand les beaux jours reviennent, on a tout à coup l’impression d’étouffer à Paris et on ne pense plus qu’à une chose : s’aérer. Faire un pique-nique aux Buttes Chaumont, boire un verre de rosé sur les rives de la Marne, dormir au Parc de Bercy, partir en week-end aux Sables d’Olonne, flâner au bois de Vincennes… le vert nous appelle et on a du mal à résister. Même une terrasse (à condition qu’elle soit bien exposée) devient un endroit salvateur.

Quand les beaux jours reviennent, du coup on a plus vraiment envie de se faire suer au boulot travailler et ça tombe plutôt bien car c’est la période où on doit solder ses jours de congés restants.

Quand les beaux jours reviennent, les linéaires de chez Monop se remplissent de nouveaux produits solaires. Nouvelles textures, nouveaux brevets, nouveaux actifs exclusifs… On se demande parfois comment les mecs de la communication font pour avoir chaque année un truc différent à annoncer.

Quand les beaux jours reviennent, on arbore en général le cuissot pâle. La bronzette devient donc un sport national. Dans les parcs ou sur les terrasses, les concours de visages en l’air sont organisés, les maillots de bain pointent leur nez sans aucun complexe sur les pelouses, on cherche désespérément un ami qui aurait ne serait-ce qu’un balcon…  La chasse du moindre rayon de soleil devient une quête du Graal et les disgracieuses marques de bretelles deviennent de précieux trophées.

Quand les beaux jours reviennent, on nous enjoint impérativement de nous mettre au régime. Et ça cadre moyen avec nos envies de Häagen Dazs à 8000 calories par pot.

Quand les beaux jours reviennent, c'est tous les jours la journée de la jupe pour les pervers aguerris dans le métro, le bus, dans les bars... partout en fait.

Quand les beaux jours reviennent, on s’imagine que c’est déjà les vacances, déjà l’été… et du coup chaque jour de pluie est une punition. Genre aujourd’hui, on se demande ce qu’on a fait pour avoir un temps aussi pourri.

Finalement, l’hiver c’était pas si mal en fait.