Avez-vous remarqué à quel point il est difficile d’échapper au petit rhume sournois qui surgit au mois de novembre ? Eh oui, on a beau savoir que les températures chutent et qu’on est bientôt en hiver, chaque année c’est pareil, on se fait surprendre par cette maudite crève qui nous pourrit au minimum sept jours de notre vie. Mais comment est-ce possible ?

En fait c’est plutôt simple. L’été est derrière nous depuis longtemps mais, malgré ça, on a pas envie de ranger notre petit blouson en jean et nos pantalons légers. On aimerait croire qu’il ne va pas faire froid tout de suite, qu’on va pas être obligé de ressortir les bottes fourrées et les écharpes, on se dit qu’on va avoir des gentilles températures intermédiaires type 17 degrés avec un petit soleil timide mais présent qui viendra apporter un peu de chaleur à l’ensemble.

C’est vrai que ça pourrait être sympa.

Sauf qu’en réalité, force est de constater qu’on nage en plein rêve. Pourquoi ? Parce qu’on est en automne ! Et qu’en automne, il existe un paramètre très important à ne pas oublier : le vent. Le vent, ce souffle froid et maléfique qui s’engouffre dans la nuque même quand on a beaucoup de cheveux par-dessus, le responsable de notre crève d’automne.

Au début quand ça commence, ça a pas l’air méchant. On se mouche un peu plus que d’habitude et on a un peu mal à la gorge. Mais bon, c’est pas trop grave. On prend un paquet de mouchoirs dans notre sac, on achète des petites bouteilles d’Actimel chez Carrefour et on ressort un foulard du placard. Pourquoi se compliquer la vie ? Mais non, on n'est pas malade, on va très bien, voyons ! Incroyable comme notre entourage peut être hypocondriaque, parfois. Tout ça parce qu’on a éternué trois fois de suite…

Le problème, c’est que la situation ne s’arrange pas les jours suivants. Pire, elle s’aggrave.

Et c’est comme ça qu’un beau matin, on se réveille avec le front plus chaud qu’une baraque à frites, la gorge qui gratte et le nez qui produit plus que de raison. Voilà, c’est officiel : on est malade. Après avoir résisté aussi longtemps qu’on pouvait, on se résout finalement à aller rendre visite à notre médecin traitant.

Après avoir relu dix fois le magazine qui date d’il y a deux ans dans la salle d’attente pleine de microbes et de bactéries, on est invité à aller se faire ausculter, peser et examiner à moitié à poil dans un cabinet qui sent l’alcool à 90. On tire la langue avec un bâtonnet en bois dans la gorge, on se fait regarder les oreilles, on respire fort et on tousse pendant que le docteur écoute avec son stéthoscope tout froid… et finalement on apprend qu’on a une petite rhinopharyngite. Pas de gros truc qui donne droit à un arrêt maladie. Pas d’antibiotiques, pas de mise en quarantaine, juste quelques médicaments de base, on paye la consultation et on file à la pharmacie.

Quand on a beaucoup de chance, il y a de la queue à la pharmacie et du coup, on est coincé à l’entrée entre les portes automatiques, le pire endroit où le courant d’air de la rue côtoie la chaleur de la pharmacie. L’horreur. Quand on tend notre ordonnance au pharmacien, on se demande comment il fait pour déchiffrer l’écriture du médecin. On le voit entasser patiemment sur le comptoir un nombre certain de boîtes. Ensuite, il nous explique que ces cachets, il faut les prendre deux fois par jour pendant les repas, que ce sirop c’est pour la toux sèche et celui-ci, pour la toux grasse, les pastilles, quatre par jour, le Doliprane 1000, pas plus de trois fois par jour, le collutoire, trois fois par jour et le spray nasal (une invention du Diable, probablement), cinq fois par jour. Le tout pendant six jours, ça fera 18,57 euros s’il vous plaît. Oui, vous pouvez aussi prendre du Fervex si vous voulez mais c’est pas remboursé par la Sécu. Vous avez votre Carte Vitale ?

Une fois ce douloureux moment passé, on court se carapater à la maison faire un festin de médicaments le cœur et l’estomac en fête. Quelques minutes après, on a furieusement envie de dormir. Et les jours suivant aussi. En fait, pendant toute la durée de notre crève, on a tout le temps envie de dormir. Sauf qu’on peut pas parce qu’on a ce qui s’appelle un travail et qu’on doit vite aller en réunion.

Pendant les moments de calme où on peut enfin se reposer, confortablement lové sous la couette, on ne peut malheureusement pas s’endormir parce qu’on a le nez qui se bouche et se débouche à intervalles non réguliers. Narine gauche, narine droite… Respirer devient une mission. Et quand le nez nous laisse enfin tranquille, qu’on envisage de commencer sereinement sa nuit, il est déjà 4 heures du matin et c’est la gorge qui commence à faire des siennes. Quel cauchemar.

Mais de la même manière que les bonnes choses ont une fin, les mauvaises aussi et, après une semaine de traitement, on guérit et on retrouve peu à peu une vie normale. On vide nos poches pleines de mouchoirs, on redécouvre le plaisir de respirer normalement, l’espace situé entre notre nez et nos lèvres retrouve un aspect normal, on cesse notre aventure avec le paracétamol, on redécouvre le plaisir de manger autre chose que de la soupe, on ne parle plus avec la voix de Jeanne Moreau… bref, on revit.

Profitons de ce moment de trêve, l’hiver arrivera bientôt, apportant avec lui son lot de trachéites, de bronchites, de grippes, d’angines et de bronchiolites !