Chacun sa théorie. Pour Claude François, il fait toujours beau le lundi mais on peut jamais en profiter. Tout ça parce qu'on a une réunion, une présentation Powerpoint à boucler et un collègue à aider. Alors qu'on serait tellement mieux à cueillir du raisin et jouer dans les meules de foin. Le truc trop bête.

Ma théorie est différente : le lundi, il ne fait jamais beau. Pour la simple et bonne raison qu'on est lundi. Et que le lundi, c'est pourri. Même s'il fait 30 degrés dehors et qu'il n'y a pas un nuage, le lundi est toujours un jour gris.

Remontons aux sources de ce phénomène. Je vous ai déjà parlé de la DDDS, la déprime du dimanche soir. Eh bien le syndrome du lundi sans soleil en est la suite logique. Le dimanche soir, on est déprimé car on voudrait que le week-end dure encore un peu, on a pas envie de retourner travailler et de voir nos collègues, pas envie d'entendre la sonnerie stridente du réveil, pas envie de retrouver les transports en commun ou les bouchons de l'A86, pas envie de trier les 140 emails qu'on a reçus en deux jours. Pourquoi tant de haine ? On aspire juste à un peu de calme et de sérénité...

Mais l'ombre menaçante du méchant lundi plane sur notre dimanche soir et nous fait passer une soirée infecte suivie d'une nuit qui l'est tout autant.

Pas étonnant qu'on soit de mauvaise humeur le lendemain matin en se réveillant. Vous me direz que c'est comme ça tous les jours de la semaine et je suis d'accord avec vous. Mais le lundi c'est à part parce qu'on sort de deux jours de repos où le seul rythme que l'on était obligé de suivre était celui du corps. En deux jours, on a oublié le rythme effréné  de la semaine, on a pris des habitudes alimentaires, vestimentaires, langagières et comportementales honteuses pas très corporate, bref, on s'est laissé aller. Et le réveil à 7 heures du lundi matin est comme un cruel retour à la réalité après cette petite parenthèse de décontraction. Comme une voix grinçante qui vous rappelle que la recréation est terminée et qu'il va falloir vous dépêcher de sortir de votre lit si vous ne voulez pas être en retard. 

Pas vraiment le choix. Alors on sort de son lit et on réapprend à accomplir les gestes chiants du quotidien. On prend une douche rapide (on reste pas 15 ans sous le jet d'eau chaude à se détendre), on avale en vitesse un petit-déjeuner sain (on ne se gave pas de mini viennoiseries, vautré dans le canapé), on met une chemise et un pantalon sobres (pas de T.shirt Mickey), on se brosse les dents et on file direction l'open-space (à cette heure-ci, hier, on dormait encore).

En plus, c'est souvent le lundi qu'on a généralement pas de bol. On a confondu le gel douche avec le shampooing, il n'y a plus de lait au frigo, la chemise blanche qu'on voulait mettre est au linge sale, Sytadin nous annonce que le périph est bouché... Autant de petits éléments perturbateurs qui rendent le lundi encore plus affreux qu'il ne l'était déjà.

Qu'on se rassure, ce n'est qu'un début ! Car le programme de la journée ne nous laissera pas de répit.

On arrive au bureau aussi fatigué que s'il était 19 heures alors qu'il n'est que 9 heures. Sûrement un décalage horaire dont on ne nous aurait jamais parlé. Enfin 10 heures, ça fait beaucoup, on aurait pu nous prévenir, non ? Mais pas le temps pour ce genre de considérations, on est attendu en salle de réunion. La sacro-sainte réunion du lundi matin. La plus importante de la semaine et, comme par hasard, celle où on est le moins apte à décrypter un obscur tableau de chiffres. La vie est tellement mal faite...

On enchaîne avec le déjeuner d'équipe à 12 heures précises (alors qu'on a jamais faim avant 13 heures), puis la conférence téléphonique à 14 heures sans faute (alors qu'on rêve d'une sieste), un entretien avec le chef (comment fait-il pour être aussi en forme ?), un café avec une collègue qui revient d'un arrêt maladie, un dossier chiant comme la pluie à relire... Au secours !

On a beau se créer une petite bulle de détente dès qu'on a cinq minutes en regardant une vidéo sur YouTube ou en allant discuter avec l'assistante sympa de l'open-space voisin, rien n'y fait, on arrive pas à être de bonne humeur. Et même à 18h45, quand on a finalement terminé nos tâches de la journée, on est même pas heureux de rentrer chez nous. Parce qu'on sait que demain, on recommence. Et que ce petit resto indien qu'on a prévu, on pourra même pas l'apprécier. On devra pas rester tard parce qu'on se lève tôt demain. Finalement, la détente du soir n'est qu'un sursis. On voudrait juste être vendredi soir en fait.

Vous l'avez compris, le lundi est le jour le plus difficile de la semaine. Heureusement pour nous, le reste de la semaine est généralement moins hardcore. L'habitude et la résignation, sans doute.

Mais savez-vous qu'il existe un phénomène encore pire ? C'est de devoir travailler un lundi veille de jour férié alors que tous les gens autour de nous font le pont et profitent d'un week-end de quatre jours. De préférence quelque part à la campagne ou au bord de la mer. L'angoisse compte triple.

Alors bon courage à tous ceux qui travaillent !