Il y a un truc encore plus déprimant que de rentrer à Paris quand les vacances sont finies, c'est de débronzer. De se dire que, en quelques jours à peine, on sera de nouveau blanc comme un cul neige. Tout ce temps passé, étalé comme une crêpe sous un soleil de plomb entre 12 et 16 heures, à se tartiner copieusement de crème, à bien repositionner son maillot pour les marques... Tout ça pour rien. Le retour sur investissement le plus pourri de l'univers.

Et je parle même pas de l'aspect financier. La montagne d'argent dépensée pour acquérir le kit du parfait petit plagiste de la Grande Motte : 50 maillots de bain, 20 magazines, 10 flacons d'huile solaire, de l'après-soleil pour le corps, le visage et les cheveux, le tube de Biafine king size. Bref, la ruine. Un pourcentage non-négligeable de notre paye qui finit en une pauvre couche grasse sur notre épiderme brûlé.

Bronzer en vacances, c'est une véritable discipline olympique. Avec un public très attentif et un échauffement dans les règles. Mais sans coach. Et surtout sans médaille. La seule récompense qu'on obtient, c'est le regard jaloux de nos copines, le regard bienveillant de notre boss et le regard lubrique admiratif des hommes qu'on croise dans la rue. L'égo qui se regonfle encore plus vite qu'Usain Bolt quand il court son 100 mètres.

Quand on est bronzé, on est le roi du monde. Les dents paraissent plus blanches, le corps plus beau, on a l'air carrément plus en forme et, quand on est une nana, on a même plus besoin de se ravaler la façade avec trois couches de fond de teint. En fait, on a même plus besoin de se maquiller du tout tellement on irradie. Plus rien ne nous arrête, on a même plus peur de mettre des chaussures ouvertes et d'exposer à la face du monde nos orteils qu'on a plutôt l'habitude de planquer soigneusement en temps normal.

Quand on revient à Paris, on se trouve magnifique. On kiffe la vibes. Ce hâle est notre madeleine de Proust, le dernier truc qui nous rattache aux vacances. Sauf qu'à Paris, il pleut. Et c'est là que la descente aux enfers commence :

Jour +1 : ça va, on est au top de la bronzitude.
Jour +5 : la démarcation sur le ventre commence à s'estomper.
Jour +10 : une personne nous a dit qu'on avait bonne mine "comme si on revenait d'une balade en forêt". On a réussi à ne pas la frapper.
Jour +15 : les marques de tongs ont disparu. Celles des Ray-Ban aussi.
Jour +20 : on est raccord avec notre baignoire en faïence blanche.

Autant dire qu'on a un peu envie de mourir. Notre bonne humeur se fait la malle en même temps que nos couleurs. Plus on devient blanc, plus nos idées deviennent noires.

Alors bon, c'est vrai que les magazines féminins regorgent de conneries conseils pour entretenir notre hâle. Tous les ans c'est pareil, dans le numéro spécial rentrée/spécial mode, juste après les quinze mille pages de looks pour retourner bosser, il y a les sempiternelles astuces pour rester couleur caramel. Gélules, lotions hydratantes enrichies en autobronzant, cure de carottes, U.V, Terracotta et autres ruses inutiles puisque DE TOUTE MANIÈRE après l'été il y a inévitablement l'automne puis l'hiver, ce qui veut dire qu'il n'y aura plus de soleil pour nous. À moins, bien sûr, de partir sous peu à l'île Maurice. Ce qui n'est pas le cas. Du moins pour moi.

Et le même schéma se reproduit, invariablement, toutes les années. Fin août début septembre, on débronze, on déprime, on déchante. On est quand même débiles un peu bêtes de se laisser avoir à chaque fois. Et on le sait, en plus. Garder son bronzage d'été en hiver, c'est comme garder son amour de vacances quand c'est plus les vacances. Ça marche pas.

Alors, cette année, pour une fois, cessons de nous mentir. Oui, on va redevenir blancs, c'est comme ça et pas autrement.

bronzagenw