Si vous faites partie du pourcentage non négligeable de la population francilienne qui se fait prendre en otage emprunte les transports en commun tous les matins, vous avez sans doute pu, comme moi, vous livrer à de minis études sociologiques sur la faune sous-terraine. N’est-ce pas passionnant ? Peu importe si vous avez oublié votre livre ou si vous n’avez pas de musique à écouter, il y a toujours des gens à observer. Tous différents, ils sont pourtant faciles à classer dans plusieurs catégories.

Passons en revue ces passagers du quotidien.

Il y a le jeune cadre dynamique
On se demande pourquoi il prend le métro, on le verrait tellement mieux au volant d’une petite Audi TT noire. Costard impeccablement repassé, chemise immaculée, nœud de cravate parfait, chaussures bien cirées (faites gaffe à pas lui marcher dessus). On dirait qu’il sort d’une pub pour Façonnable. Question hygiène, ne cherchez pas à débusquer une odeur de transpiration ou une mauvaise haleine, vous n’en trouverez pas. Il sent bon. Mélange d’after-shave et de dentifrice. Et il est rasé de près. Attaché case dans la main gauche, smartphone dans la main droite, il a l’air occupé. Alors chut, ne le dérangez pas !

Il y a la nana « avant/après »
Elle entre dans la rame et s’installe en face de vous. Un manteau commun, un sac rempli à ras-bord de choses inutiles, des cernes et des traits tirés : on sent qu’elle aurait bien voulu dormir une heure de plus. Mais bon, elle n’attire pas spécialement votre attention. Là où vous commencez à la regarder, c’est quand elle sort une petite trousse. Sa caverne d’Ali Baba contenant toutes ses lotions et potions. Elle commence par une bonne dose d’anticernes qu’elle applique consciencieusement et là, on dirait qu’elle a fini sa nuit. Un gros pinceau pour balayer son visage de poudre : on dirait qu’elle revient d’un week-end à Djerba. Le meilleur moment, c’est quand elle sort son mascara et qu’elle commence à se faire les cils. Vous priez secrètement pour qu’elle se loupe (ça serait rigolo) mais non, elle maîtrise le goupillon à la perfection. Un coup d’eye-liner, du rouge à lèvres : et voilà, vous avez en face de vous une autre femme. En quelques stations, elle se sera métamorphosée sous vos yeux. Et vous, vous aurez eu un tutoriel de maquillage gratuit.

Il  y a la famille de Steve Jobs
iPhone, iPod, iPad… Parfois même les trois en même temps. Entre la jeune femme sérieuse qui consulte ses e-mails professionnels sur son iPhone, l’étudiant casqué qui écoute un morceau de musique à fond sur son iPod et le mec qui n’a peur de rien qui regarde un film sur son iPad, c’est une catégorie surreprésentée. Différents modèles, différentes couleurs, différentes générations de produits, la pomme est partout dans les wagons. Que ce soit avec les classiques petits écouteurs blancs ou avec de gros casques colorés qui deviennent presque des accessoires pour cheveux (ou pour crâne), beaucoup de passagers effectuent leur voyage en musique histoire de ne pas entendre que le conducteur vient d’annoncer une panne de signalisation. Attention à l’overdose de décibels.

Il y a les collègues qui se retrouvent par hasard
Tout va bien, vous êtes en train de somnoler dans le silence presque parfait d’une rame paisible lorsque soudain, une personne fait irruption et votre voisin de strapontin se rend compte que c’est son collègue d’open space. Et là c’est parti pour une conversation mortellement ennuyeuse sur la réunion de cet après-midi, sur cette pétasse de Pénélope qui n’a toujours pas envoyé la note de frais et que de toute manière celle-là, il serait temps qu’elle prenne sa retraite. Et puis t’as entendu, maintenant ils vont rendre le café payant. Moi si c’est comme ça, j’apporte ma cafetière, rien à foutre. Et puis t’as vu le boss qui se barre ? Je sais pas combien il va toucher d’indemnités mais ça doit être beau… Et ainsi de suite pendant un nombre plus ou moins élevé de stations. Le métro est un endroit privilégié pour se dire tout haut ce qu’on ne peut pas se dire au bureau. Estimez-vous heureux que ces deux personnes ne travaillent pas avec vous !

Il y a les collégiens
Oui, il y a parfois des voyageurs plus jeunes que d’autres. Alors que vous avez eu la chance de ne commencer à prendre le métro quotidiennement que très tardivement, certains collégiens sont obligés de se taper quinze stations et un changement avant d’arriver au bahut. Cartable deux fois plus gros qu’eux, carnet de correspondance qui dépasse, petits yeux endormis, leçons revues à la va-vite sur un siège, angoisse potentielle à l’approche imminente d’un contrôle, un petit paquet de Prince de Lu avalé en vitesse pour ne pas tomber en hypoglycémie… Pas facile. Espérons pour eux qu’ils auront une bonne note à leur prochaine interro surprise.

Il y a les requins
Âge, sexe et catégorie socioprofessionnelle indifférents, il y a TOUJOURS une personne à l’affût d’une place libre. En pleine heure de pointe, au moment où les places assises coûtent cher, elle est là, prête à bondir dès qu’un siège se libère. On la reconnaît facilement. Elle est la première à rentrer dans la rame, le regard qui furète dans tous les sens. Elle se faufile agilement entre les autres passagers et va directement s’insérer dans la rangée entre les deux blocs de places à quatre. Légèrement nerveuse, elle guette le défilement des stations, attendant fébrilement Châtelet, Gare de Lyon, République, Denfert-Rochereau ou tout autre point de croisement entre différentes lignes où il devrait y avoir du mouvement. Une véritable stratégie de Sioux en milieu urbain.

Il y a les couples
Quand il y a de la place, ils sont assis à côté. Quand il n’y en a pas, la fille est sur les genoux de son mec. Quand il n’y a vraiment pas de place, ils se collent l’un à l’autre en se regardant tendrement dans le blanc des yeux. Très proches (trop ?), ils se parlent exclusivement en murmures et rient bêtement à des choses qu’ils sont seuls à savoir. Quand vous n’avez pas de chance, ils se galochent. Quand vous n’avez VRAIMENT pas de chance, ils se galochent et ça fait un bruit sale de coquillettes à la sauce tomate qu’on mélange. Non, vous n’êtes pas frustré ou aigri, pas du tout. C’est juste que le métro n’est pas l’endroit le plus approprié pour les exercices de languistique. Mais que voulez-vous, l’amour est plus fort que tout !

Il y a les vieux
Ceux qui s’offusquent que vous ne leur cédiez pas votre place - vous êtes malpoli - ou ceux qui se plaignent parce que vous leur avez cédé votre place - ils ont l’air si vieux que ça pour que vous leur fassiez la charité ? Mais qu’est-ce qu’ils font donc dans le métro aux heures de pointe ? Ils ont une réunion ou quoi ? Enfin, ils ne sont pas trop nombreux, ils préfèrent en général prendre le bus.

Il y a les touristes
Qui parlent fort et qui prennent de la place avec leurs grosses valises. Ah... Paris, ville Lumière !

Il y a les musiciens de toutes sortes
Bon trajet messieurs-dames, merci pour la musique.

Et puis il y a vous
La seule personne normale au milieu de ce troupeau humain.