Je vous ai déjà parlé de l'anglais en entreprise, ce fléau linguistique qui sévissait au bureau et qui ne cessait de prendre de l'ampleur. C'est une réalité, c'est dur à supporter, mais on n'a pas vraiment le choix. Eh bien sachez que le cadre dynamique, jeune ou moins jeune, n'est pas le seul à maîtriser cet insupportable langage. Une autre espèce d'êtres humains est également atteinte de cet incurable syndrome : ce sont les rédactrices mode et beauté des magazines féminins.

Vous pouvez, si le cœur vous en dit, ouvrir votre hebdomadaire préféré à l'une des rubriques précédemment mentionnées et vous constaterez à quel point les journalistes qui traitent ces sujets aiment parler anglais. Ou plutôt à quel point elles aiment glisser des mots en anglais dans des phrases en français, tels de petits accessoires en diamants dans une belle chevelure : inutiles et tape-à-l'œil. Alors, vous trouvez ?

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Page 17 : Soin - Redonnez un côté healthy et sunkissed à votre peau desséchée par le froid
Page 24 : Hairstyle - La chevelure wayvy en trois étapes so easy
Page 35 : Tendances - Exit le bling, le casual c'est chic !

Et ce ne sont là que des titres. Je crois que le plus horripilant est encore de lire des paragraphes entiers, émaillés d'anglicismes, de barbarismes et de néologismes en tous genres. C'est un vrai massacre quand on lit des phrases comme : "Une crème fondante utilisée par tous les make-up artists dans les backstages de la Fashion Week ! Sa texture chewy apportera tout de suite à votre épiderme un touché pulpy et un glow incroyable" ou encore : "Son apparition en denim sur le red carpet a étonné tous les people, heureusement qu'une touche de glitter sur son sac rendait son look girly à souhait". Sérieusement, mesdames, vous l'avez obtenu où votre diplôme de journaliste ? Chez Jean-Claude VanDamme ? Ou vous aviez juste un doute sur l'orthographe d'un mot ?

Parce qu'en plus de rendre la phrase ridicule et pompeuse - voire incompréhensible parce qu'on n'est pas toutes bilingues, hein - eh bien ça fait pauvre, tous ces mots. Ça fait nana qui manque de vocabulaire et qui, pour planquer ses carences lexicales, fait sans aucun complexe des emprunts à long-terme à la langue de Shakespeare. Ça fait mauvaise élève qui a de bonnes idées en rédaction mais qui a des 1/10 en dictée (le 1 c'est parce qu'elle a écrit son nom + prénom et la date correctement).

En plus, si on essaye d'appliquer ce non-style rédactionnel à d'autres rubriques, force est de constater que l'effet est encore plus grotesque.

Imaginez un instant une fiche cuisine : "Vous pouvez twister cette recette en ajoutant à votre velouté une pointe de crème fraîche, cela le rendra encore plus creamy".
On a encore moins faim.

Forme : "Votre body manque de sexy ? Rien de tel qu'un peu de sport outdoor pour raffermir tout ça !"
On préfère rester à l'intérieur.

Absurdité ultime, l'horoscope : "Vous êtes un peu grumpy en ce moment mais ne vous découragez pas. Venus va entrer dans votre signe à partir du 23... Alors restez dans un mood positif !"
On a encore moins envie d'y croire.

Sans pour autant passer pour une fille old school vieux-jeu ni commencer à nous crêper le chignon (ou le bun, comme elles disent), je voudrais juste que nos amies rédactrices soient un peu plus respectueuses de notre belle langue française et qu'elles arrêtent avec leur fâcheuse manie de mettre du punchy, du groovy, du trendy et du glossy partout.

Si je vous le demande avec un grand smile, vous acceptez ?