Plus forte que la DDDS, plus vicieuse que le premier jour de l'hiver, plus déprimante qu'un paquet de nounours en guimauve vide, plus sournoise que le facteur qui dépose dans notre boîte aux lettres notre avis d'imposition, il y a la rentrée.

La rentrée. Rien que de lire ce mot, on a envie de se pendre. En plus, c'est un phénomène hyper sournois qui agit en trois temps pour trois fois plus de souffrance : le retour de vacances, le retour à la réalité et le retour au bureau. Et même si ça fait mal, il est important de bien comprendre ces trois étapes afin de mieux les appréhender.

Le retour de vacances
Premier coup de poignard. Les embouteillages sur l'autoroute puis sur le périphérique, l'angoisse de revoir le ciel gris, le quartier qui n'a pas changé, les travaux du tram qui n'ont pas avancé d'un pouce, le parking déprimant... Y'a pas à dire, la plage c'était quand même plus agréable à regarder ! Allez, on remonte les valises, on prend son courage à deux mains et on rentre à la maison.

On aurait vraiment mieux fait de ranger l'appartement avant le départ parce que retrouver tout ce bordel, ça n'aide pas vraiment à se dire home sweet home. Tiens, il y a eu une fuite d'eau dans la cuisine ? Génial. On défait les valises ? On commence à faire des machines ? Tristesse quand on retrouve du sable dans les chaussures et quand on sent l'odeur des vacances sur notre drap de bain. Ah, et puis il faut faire à manger aussi. On serait bien descendu à la petite crêperie du port mais ici il n'y a que le Kebab du coin qui est ouvert.

Allons vite nous coucher, si ça se trouve, quand on se réveillera demain matin on sera de nouveau à l'hôtel au bord de la mer comme la veille...

Le retour à la réalité
Evidemment, on se réveille le lendemain matin dans son lit. A la fenêtre, des nuages. Et dans le placard, il n'y a plus de café. On a envie de mourir mais on a un programme chargé : récupérer le courrier, faire les courses, finir les machines à laver et ranger. Bon, allons déjà voir la boîte aux lettres qui déborde de prospectus à la con avec toutes les promotions spéciales rentrée. Faut quand même faire gaffe à pas tout jeter car, au milieu de tous ces catalogues, il y a notre avis d'imposition qui se cache insidieusement. Super, la journée commence bien.

Passons sur la partie rangement et machine à laver, c'est assez dur comme ça.

Les courses, maintenant. Une véritable partie de plaisir. On a évidemment choisi LE jour où tout le monde est rentré. On se croirait en plein stand d'autos-tamponneuses mais on est chez Carrefour et les autos en question sont des poussettes soit des caddies qui se livrent une bataille sans merci. Les rayons ont été pillés, les promotions nous agressent, la climatisation fonctionne à plein régime, le petit Vincent est attendu par ses parents à l'accueil du magasin... Mon Dieu, sortez-nous de là ! Devant les rayons des fournitures scolaires, ceux qui ont des enfants maudissent cette interminable liste et ceux qui n'en ont pas se disent que le temps passe trop vite, se rappelant le temps où ils étaient encore enfants. Mais pas le temps de déprimer, la queue aux caisse nous attend.

Rentrer à la maison, remplir le réfrigérateur et les placards, se rendre compte qu'on a oublié le café... Bon tant pis, on n'a plus qu'à aller se vautrer dans le canapé devant la télé et profiter de nos derniers instants de liberté avant la reprise du travail demain.

Le retour au bureau
Le meilleur (ou plutôt le pire) pour la fin. Ce jour morne de septembre où l'on doit retourner au boulot alors qu'on aurait plutôt envie de rester sous sa couette faire la grasse mat'. Mais à vrai-dire, on a pas trop le choix et on est bien obligé de remettre son pantalon noir et sa chemise (non, non, lâchez immédiatement ce short !). On troque la serviette éponge contre la serviette en cuir et on y va.

En ce jour traumatisant, on reprend les transports en commun et on se rend compte à quel point les gens font toujours autant la gueule. Même bronzés. Un petit incident technique, un violoniste improbable, une dame qui prend toute la place à côté de nous, une bouteille vide qui roule sous nos pieds, un voyageur qui fait une tentative de suicide (on le comprendrait presque), une panne de signalisation... Quelle joie !

On arrive finalement à notre poste. Ah, la hantise d'ouvrir notre boîte email et de se demander ce qui a bien pu se passer en notre absence... François s'est-il bien occupé de suivre le dossier qu'on lui a laissé ? Josiane a-t-elle bien pensé à rappeler le client ? Oh la vache, 345 messages non-lus, on va sérieusement avoir besoin de caféine, là. Le problème, c'est que tous les collègues sont à la machine à café mais qu'on a VRAIMENT pas envie de les voir et de se taper le récit de leurs congés à la Tranche sur Mer ou de savoir dans quelle classe se retrouve le petit dernier. Mais pas le choix, c'est le prix à payer. Sourire (enfin, se forcer), mentir ("Tiens, tu as vachement maigri !"), être sociable ("Dis donc ça devait être chouette tes vacances, tu as une mine superbe !")... l'exercice est douloureux. Vite, vite, retourner à sa chaise et affronter sa pile d'emails. Impératif : de la musique dans un casque comme ça on s'évade... et on espère que personne ne viendra nous déranger.

Personne... sauf notre boss qu'il faudra bien aller voir à un moment ou l'autre. Angoisse et appréhension. Mais ça va bien se passer, on lui a rapporté un petit paquet de biscuits typiques de la région où on était... donc ça devrait aller. Enfin, on espère !

Bonne rentrée et bon courage à tous !

Rentrée_par_Natwood