Après s'être copieusement gavé pendant Roch Hachana, force est de constater que l'on ressemble plus à une boule au miel qu'à une branche de cèleri. Oui, c'est sûr que c'est plus appétissant mais un petit régime ne serait pas de trop, pas vrai ? Le problème avec les régimes, c'est qu'on n'a jamais envie de s'y mettre et qu’en plus, on aime pas se priver. C’est comme ça, c’est dans notre nature. Heureusement, D.ieu a pensé à tout en nous imposant une journée (25 heures plus exactement) de jeûne obligatoire : Yom Kippour.

Et Yom Kippour, c'est dans deux jours. En fait, ça commence demain soir à 19 heures.

Yom Kippour, c'est le jour du Grand Pardon. Le principe ? C'est un jour que l'on passe à la synagogue à demander pardon à D.ieu pour les fautes que l'on a commises. Attention, on ne parle que des offenses que l'on a faites à D.ieu. Pour celles que l'on a fait subir à des personnes (notre conjoint, notre collègue, notre concierge), il faut aller demander pardon individuellement à la personne concernée. Donc ça veut dire qu'il faut s'y prendre un peu à l'avance pour aller dire à notre collègue qu'on est désolé de lui avoir volé son rouleau de scotch il y a trois semaines. D'autant plus que les fautes envers les êtres humains sont considérées comme étant plus graves que celles envers D.ieu (oui, je sais, ça fait beaucoup pour un malheureux scotch, mais que voulez-vous ?).

La veille au soir, il est donc conseillé de manger un truc bien consistant histoire de pouvoir tenir le ventre vide le lendemain. Au diable les cinq fruits et légumes réglementaires, pensez féculents, graisses saturées et sucres. Prenez mon père, par exemple. Toutes les veilles de Kippour, il est chez sa mère (ma grand-mère, donc), dont la réputation de cuisinière n'est plus à faire. Pas étonnant qu'il ne souffre jamais de la faim le jour J avec les réserves qu'il fait ! Il a tout compris. Cela dit, il est aussi très important de boire. De l'eau ou autre chose (les alcooliques vont se jeter sur l'occasion), mais il faut s’hydrater. Parce qu'après l'heure, on n'a plus droit à la moindre petite goutte et ça, c'est encore plus difficile.

Mais ce n'est pas tout ! Il y a aussi quatre autres choses que l'on n'a pas le droit de faire. Si on résume toutes les actions interdites pendant Kippour, ça donne :

- interdiction de manger et de boire
(ça c'est bon, on a compris le concept)

- interdiction de se laver
(voilà qui ravit chaque année les écolos : la consommation d'eau baisse considérablement ! Oui, on pue, mais c'est pour la bonne cause)

- interdiction de se mettre de la crème, de l'huile, du parfum
(au cas où on aurait cru qu'on allait pouvoir feinter tout le monde et masquer notre puanteur sous des litres de J'adore de Dior, c'est raté)

- interdiction de porter des chaussures en cuir
(c'est con parce qu'on a que ça dans les placards... Allez, une paire de tongs Havaianas et c'est parti ! Comment ça on a pas de style ? En même temps, on a le ventre qui gargouille, la tête dans le sac, on est sale, on a mauvaise haleine... le style finalement, ce n'est qu'un détail, non ?)

- interdiction d'avoir des relations intimes
(de toute manière, vu l'état dans lequel on est, c'est même pas envisageable).

Et ces interdictions sont à ajouter à celles en vigueur pendant Chabbat (interdiction de toucher à l'électricité, porter, cuire des aliments, travailler, écrire). Concrètement, il ne nous reste pas grand chose à faire à part aller à la synagogue (à pieds, bien sûr) pour nous repentir.

Les plus fidèles s'y rendent dès la veille au soir puis tôt le matin le lendemain. Les gens plus flemmards (dont je ne fais bien évidemment pas partie) y vont dans l'après-midi après avoir fait une grasse matinée (on a le droit de se repentir dans ses rêves, non ?).

Plus l'heure avance, plus la synagogue se remplit et plus on a l'impression d'assister à une soirée organisée par Puff Daddy avec tous ces gens habillés en blanc. Mais si on met du blanc, c’est pas pour se la raconter ou pour donner l’illusion qu’on est encore bronzé. C'est juste parce que c'est la couleur qui symbolise le linceul. Pourquoi on s’habille en linceul ? Parce qu’on va se faire juger et que, de ce fait, on est proche de la mort. Oui, c’est gai. Mais c’est Kippour, pas la Foire du Trône. Alors on peut se permettre un peu d’austérité.

Plus l'heure avance, plus on a mal à la tête, faim ou soif (voire les trois). On a du mal à se concentrer sur nos fautes et nos offenses tellement on pense au dîner qui se rapproche. On devient presque des animaux, fantasmant quasiment sur les délicates courbes d'une bouteille d'Evian...

Plus l’heure avance, plus on repense à tous ces repas où on avait laissé la moitié de notre assiette et on regrette. Et même les choses que l'on déteste le plus en temps normal deviennent appétissantes. En fait on serait prêt à bouffer n'importe quoi. C'est moche, faut le reconnaître. Finalement, on a bien fait d'aller à la synagogue, parce que si on était resté à la maison on se serait tôt ou tard rué sur le frigo et mis la misère au pot de houmous ou au pot de Nutella. Ou aux deux. Mais pas en même temps (ça va pas ou quoi ?).

Plus l’heure avance, plus on en bave. Alors on a la possibilité de nous auto-feinter en sniffant un coing planté de clous de girofle. Eh oui, on en est réduit à ça, si c’est pas mallheureux…

Quand arrive le moment où c'est enfin fini, on entend un bruit qui fait peur aux non-initiés : le son du chofar (pour ceux qui ne connaissent pas, il y a Google). Ce bruit fort et loin d'être mélodieux signifie que le jeûne est terminé et que les portes du Ciel sont maintenant fermées. Donc, plus aucune demande de pardon ne parvient aux oreilles de D.ieu, c'est trop tard. Mais en général, si tout s'est bien passé, on est pardonné, D.ieu a effacé notre ardoise et nous a inscrit dans le Livre de la Vie.

Chouette ! Maintenant qu'on est blanc comme neige, on va pouvoir vite rentrer chez notre cousine et nous faire péter le ventre !

Comment ça la gourmandise est un péché ? Pas grave, on se fera pardonner l'année prochaine !